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Paralysé à 14 jours d’être père

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Un homme de 23 ans de Beauharnois s’estime chanceux de serrer son fils dans ses bras, alors qu’il est devenu paraplégique en plongeant dans la baie Saint-François seulement 14 jours avant d’être père.

«Quand je le vois, je me dis que je peux combattre n’importe quoi, et je vais réussir pour ma femme et mon enfant», confie, plein d’espoir, Alexandre Thibault, confiné à son lit de l’Institut de réadaptation Gingras-Lindsay-de-Montréal.

La vie du jeune homme a basculé le 15 juillet, quand il a plongé, tête première, dans seulement deux pieds d’eau. L’une de ses vertèbres s’est fracturée et il est resté paralysé dans l’eau.

Il se trouvait sur un terrain privé, loué avec des amis, pour regarder les Régates de Valleyfield. Lorsqu’un orage a interrompu les courses, il a décidé de sauter à l’eau, ignorant toutefois sa profondeur.

«C’était au bout d’un quai de 12 pieds, il y avait des bateaux autour et on ne voyait pas le fond», explique-t-il, assurant qu’il n’était pas en état d’ébriété au moment du drame.

Toujours conscient, mais incapable de bouger, il a craint de se noyer. Heureusement, un ami l’a retourné dans l’eau en attendant l’arrivée des secours.

Contractions

Alors enceinte de 36 semaines, sa conjointe Cynthia Primeau a eu des contractions à cause du stress. «J’avais peur d’aller le voir, peur qu’il soit mort», se rappelle celle qui partage sa vie depuis sept ans.

Transporté à l’hôpital Sacré-Coeur, les médecins ont fusionné les vertèbres C4, C5 et C6, puis ajouté une plaque de métal entre elles et la moelle épinière pour éviter de l’endommager davantage.

Il a encore au moins trois mois de réadaptation devant lui.

Si Alexandre Thibault a retrouvé l’usage de ses bras, ses doigts restent toujours immobiles et il ne ressent rien du torse jusqu’aux orteils. Il ignore s’il pourra un jour marcher à nouveau.

«Je trouve ça difficile, dit-il la gorge nouée, mais j’essaie de ne pas trop y penser.»

Malgré tout, le couple a pu vivre ensemble la naissance de leur fils Logan le 29 juillet.

«C’était rassurant qu’il soit là, puisque c’est peut-être le seul qu’on va avoir», souligne Cynthia Primeau.

Accouchement

Elle a été transférée au même hôpital que son conjoint pour l’accouchement.

Lorsque le bébé était prêt à sortir, des infirmiers sont allés chercher le futur père, qui ne peut pas rester plus de deux heures par jour dans un fauteuil roulant.

Même si l’arrivée de son fils le comble de joie, Alexandre Thibault reste rongé par le doute. «Est-ce que je pourrai être un vrai père et changer des couches, par exemple?» laisse-t-il tomber.

Sa conjointe a, quant à elle, trouvé difficile de rentrer seule à la maison avec le nouveau-né, mais chaque jour, son fils et elle rendent visite au nouveau papa.

Le couple sait que tous leurs projets d’avenir sont maintenant en suspens.

Ils vivent depuis seulement un an dans une maison qu’ils ont fait construire à Beauharnois. Ils ignorent s’ils pourront l’adapter au fauteuil roulant ou s’ils devront déménager.

Alexandre Thibault sait cependant qu’il devra sans doute faire une croix sur son métier de monteur de ligne pour Hydro-Québec.

«Ça me déchire, car j’adorais mon travail. Jamais je n’y suis allé à reculons», dit-il.

C’est en raison de toutes ces incertitudes sur ce que leur réserve l’avenir que des amis du couple ont lancé une collecte de fonds sur le site Gofundme.com.

Ils espèrent amasser 30 000 $ pour aider les nouveaux parents à payer pour des médicaments et des séances de réadaptation, mais surtout, pour qu’ils aient l’esprit tranquille.

Pour l’instant, Alexandre Thibault et Cynthia Primeau vivent au jour le jour et profitent ensemble des moments qu’ils ont passé bien près de perdre.

Une douzaine d’accidents de plongeon chaque été

Malgré des années de sensibilisation, une douzaine de plongeurs restent paralysés encore chaque été au Québec, déplore le directeur général de la Société de sauvetage, Raynald Hawkins.

«Ils plongent dans des endroits inconnus, des piscines hors terre ou d’une falaise», énumère-t-il.

Surtout, dans huit cas sur 10, ce sont des hommes qui sont victimes de tels accidents et ils sont presque toujours âgés de 15 à 25 ans.

«Ça m’attriste toujours de voir que ça arrive à des gens dans la fleur de l’âge, qui ont la vie devant eux», dit-il.

M. Hawkins frissonne chaque fois qu’il voit des vidéos de pirouettes et backflips dans des piscines, qui foisonnent sur YouTube, notamment.

«Ça confirme qu’il faut continuer d’éduquer les jeunes», poursuit celui qui n’est toutefois pas prêt à dire que le message ne passe pas.

Deuil à vivre

N’empêche, même s’il y a un deuil à vivre, une paralysie n’est pas une condamnation, soutient le directeur général de Moelle épinière et motricité Québec, Walter Zelaya.

Selon lui, le jeune père de famille devenu paraplégique après un plongeon en eau peu profonde dans la baie Saint-François a tout pour devenir un excellent père.

«Sa vie va changer, c’est certain, mais même s’il ne pourra pas jouer au soccer avec son fils, d’autres activités, même physiques, en fauteuil roulant ne manquent pas», dit-il, citant notamment la sénatrice et ancienne championne olympique Chantale Petitclerc en exemple.

«Quand un enfant voit son parent, il ne fait pas de différence et le fauteuil devient simplement une partie intégrante de son parent», poursuit M. Zelaya.