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Le cri de désespoir de Zachary Richard

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Depuis toujours, j’aime d’instinct les Acadiens. Qu’ils soient de Bouctouche, Caraquet, Moncton, Halifax ou des Îles-de-la-Madeleine. Les fréquenter m’a fait comprendre que tout cousins que nous soyons, Québécois et Acadiens ne sont pas frères de lait. Une effroyable tragédie nous différencie: l’ordre de déportation du gouverneur Charles Lawrence en 1755. Les familles furent séparées et de 8000 à 10 000 hommes, femmes et enfants, furent dispersés aux quatre coins de l’Amérique. En juin dernier, le gouvernement d’Ottawa a reconnu le génocide des Arméniens par les Turcs, mais il n’a pas encore prononcé le mot pour ce cruel nettoyage­­ ethnique survenu chez nous.

Dimanche, à 20 h, syntonisez UNIS TV pour voir le documentaire Zachary Richard, toujours batailleur. Ce film sans prétention ramène le chanteur sur les terres que peuplaient ses ancêtres à Beauséjour, Beaubassin, Chignectou, Port-Royal et d’autres lieux des Maritimes. En conclusion, on le retrouve en Louisiane, où il habite, au milieu d’une fête cajun.

À chaque endroit qu’il visite, Richard s’entretient avec des auteurs, des historiens, des généalogistes ou de simples citoyens qui œuvrent pour conserver le souvenir de leurs ancêtres, forcés de quitter leurs terres à la pointe du fusil.

UN CRI DÉCHIRANT

Tout au long du film réalisé par Phil Comeau, de Moncton, Zachary­­ Richard, curieux, pensif et nostalgique, laisse échapper des réflexions qui illustrent bien sa quête d’identité. Des pauvres gens qui vont être déportés, il dit «qu’ils sont envoyés au vent». D’un ancêtre ayant succombé avant de s’embarquer sur l’un des bateaux anglais, il raconte «qu’il est mort d’un cœur cassé». Devant­­ les terres ancestrales qui s’étendent à perte de vue, il lance un cri de désespoir. «No!» crie-t-il d’une voix déchirante comme s’il pouvait, à plus de deux siècles de distance, changer le cours de l’histoire.

Séquence tout aussi étonnante, l’historien Paul Surette explique à Richard qu’Évangéline, le célèbre poème d’Henry Longfellow, a fait un tort immense aux Acadiens. Le poème a enfermé les descendants des Acadiens dans un carcan de victimes plutôt que de les inciter à résister et à se battre.

UNE CHANSON POUR LAWRENCE

La visite de la petite église anglicane St. Paul de Halifax avec l’activiste acadienne Céleste Godin arrache les larmes. Dans cette église où repose le gouverneur Lawrence, Zachary Richard, au bout de sa voix, entonne a cappella sa chanson Réveille. Après l’avoir terminée, il regarde la crypte et d’un ton vengeur à l’intention de Lawrence, il dit: «J’espère que tu l’as aimée!» Les yeux mouillés et se tenant affectueusement par la taille, lui et Céleste Godin sortent lentement de l’église.

Ce film émouvant m’a fait comprendre une fois de plus ce que répète­­ inlassablement mon amie Antonine Maillet: «L’Acadie ne mourra jamais parce qu’elle vit dans le cœur de tous les Acadiens!»

Ce genre de documentaire, qui fait partie intégrante du mandat de Radio-Canada, ne sera pas diffusé à la SRC. Pourtant, Zachary Richard, toujours batailleur «reflète la globalité canadienne et rend compte de la diversité régionale du pays tant au plan national qu’au niveau régional tout en répondant aux besoins particuliers des régions». C’est le deuxième alinéa du mandat du diffuseur public­­. Si elle a lu son mandat, l’actuelle direction en a oublié depuis­­ longtemps l’essentiel.

TÉLÉPENSÉE DU JOUR

Lorsque Charles Aznavour a chanté à Montréal pour la première fois, l’édifice le plus élevé de la métropole était celui de la Sun Life!