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Les «bébés Tinder»

De plus en plus de familles sont fondées grâce à l’application de rencontres

couple Tinder
Photo Chantal Poirier De plus en plus de jeunes comme Jessica Dapsence et Patric Lavoie trouvent un partenaire sérieux et ­forment des familles grâce à Tinder.

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Jessica Dapsence et Patric Lavoie filent le parfait bonheur depuis leur rencontre sur l’application Tinder il y a 10 mois. Ils attendent aujourd’hui leur premier «bébé Tinder».

«On brise le préjugé que ce n’est que pour des coups d’un soir, mais jusqu’à il n’y a pas si longtemps, plusieurs nous disaient que c’était impossible que ça dure un couple Tinder», raconte Jessica Dapsence, 29 ans, qui confie avoir déjà hésité à révéler à son entourage comment elle a rencontré son copain.

L’histoire de ce couple n’est pourtant pas si inusitée. De plus en plus de jeunes gens trouvent un partenaire sérieux et forment même des familles grâce à cette application pourtant reconnue pour favoriser les rencontres sans lendemain.

Une application «superficielle»

La popularité de Tinder est notamment due à la simplicité de son fonctionnement. Sur l’écran de votre téléphone mobile, vous faites défiler les photos d’utilisateurs qui sont situés près de vous, dans un rayon prédéterminé. Si la photo qui s’affiche à l’écran vous plaît, vous la glissez vers la droite. Si elle ne vous plaît pas, vous la glissez vers la gauche. Lorsque deux personnes se plaisent mutuellement, elles peuvent entrer en contact, discuter et décider de se rencontrer, ou pas.

L’application traîne donc la réputation de favoriser les rencontres superficielles, uniquement basées sur l’apparence physique.

Mais parmi tous les utilisateurs de Tinder, on trouve quelques romantiques qui, eux, cherchent l’âme sœur.

C’était notamment le cas de Cindy Lemieux, 24 ans, et Marc-André Cadieux, 25 ans. Tous deux cherchaient une relation sérieuse lorsqu’ils se sont inscrits sur Tinder.

Deux ans après leur rencontre, ils sont les parents de la petite Elya, qui vient tout juste d’avoir six mois.

«Je ne vais jamais cacher à ma fille qu’on s’est rencontré sur Tinder. Marc-André et moi, on est un couple, point final. L’application n’a été que la façon de se rencontrer, mais le reste on l’a bâti en apprenant à se connaître», souligne Cindy Lemieux,

Sans attentes

Les couples rencontrés par Le Journal l’avouent tout de même, c’est sans attentes qu’ils se sont inscrits sur cette application de rencontre.

«Une amie m’avait parlé de l’application. Je me suis inscrite pour passer le temps parce qu’il arrive un moment dans la vie où tu te tiens toujours avec le même cercle d’amis et tu ne rencontres plus de nouvelles personnes», mentionne Alexandra Girard.

La jeune femme de 20 ans a rencontré Jean-François Thériault, 23 ans, sur Tinder en juin 2015. Après quelques conversations virtuelles, ils ont décidé de se rencontrer en personne.

«Les choses sont allées vite une fois qu’on a commencé à se voir. Ç’a cliqué tout de suite et comme on habitait loin l’un de l’autre, on a décidé de déménager ensemble», explique Jean-François Thériault, qui sera bientôt l’heureux papa de Liliane, le premier enfant du couple.

Jugés

Les préjugés sont toutefois nombreux lorsqu’on se rencontre sur une application réputée pour les histoires d’un soir. «Ça ne pourra pas durer», «c’est superficiel», «c’est juste basé sur l’apparence», «impossible de former un couple sérieux» ne sont que quelques-unes des phrases qu’on entend régulièrement au sujet de Tinder.

«Les gens te jugent, mais de l’autre côté on dirait qu’ils oublient qu’on est en 2016. Tout le monde passe son temps sur les réseaux sociaux», fait valoir Jean-François Thériault.

Les trois couples assurent être unis et prêts à briser les préjugés maintenant qu’ils sont parents de leur premier «bébé Tinder».

Tinder en chiffres

  • 1,4 milliard de profils vus par jour
  • 26 millions de «matchs» depuis 2012
  • 196 : nombre de pays où Tinder est disponible

Source : Tinder

Inséparables après leur première rencontre

couple Tinder
Photo Améli Pineda

Alexandra Girard

  • 20 ans
  • Belœil
  • Animalière

Jean-François Thériault

  • 23 ans
  • Sainte-Julienne
  • Étudiant

Premier échange Tinder : juin 2015

Rencontre : une semaine plus tard

Déménagement : juillet 2015

Enfant : Liliane, qui doit naître en septembre


Alexandra Girard et Jean-François Thériault sont devenus inséparables après leur premier rendez-vous.

Un mois seulement après s’être rencontrés, Alexandra Girard propose à son nouvel amoureux de déménager avec elle.

«On habitait à 80 km l’un de l’autre et je déménageais, alors on s’est dit qu’on ne voulait pas avoir de regrets», explique la jeune femme.

Sauter dans le vide peut faire peur à bien des gens, mais les deux tourtereaux n’ont pas peur de l’engagement.

«C’est certain que parfois on nous juge un peu, mais en 2016, ça serait se mentir de dire qu’internet ne fait pas partie de notre quotidien. Je ne vois pas pourquoi les gens trouvent ça «malaisant» de rencontrer quelqu’un sur une application, ça fait partie de notre génération», dit Jean-François Thériault.

Le jeune couple a reçu le passage de la cigogne plus tôt que prévu.

«On adore les enfants tous les deux, alors c’est une belle surprise et on est heureux de ce qui nous arrive», dit Jean-François Thériault, qui est papa d’un garçon de trois ans, né d’une union précédente.

Inscrite à son insu, elle rencontre l’âme sœur

couple Tinder
Photo Chantal Poirier

Jessica ­Dapsence

  • 29 ans
  • Chambly
  • Chargé de projet

Patric Lavoie

  • 28 ans
  • Laval
  • Plâtrier

Premier échange Tinder : novembre 2015

Rencontre : une semaine plus tard

Déménagement : janvier 2016

Enfant : Charli, qui doit naître en août


Inscrite à son insu par une amie qui était intriguée par Tinder, Jessica Dapsence n’aurait jamais imaginé rencontrer l’homme de sa vie, Patric Lavoie, sur une application.

«Je trouvais que Tinder, ça faisait catalogue. Tu n’as que des photos et tu fais défiler les profils en te basant sur une photo pour rencontrer quelqu’un», explique Jessica Dapsence, qui comme plusieurs avait un préjugé envers l’application.

Si ça n’avait pas été du tour que lui a joué son amie, elle n’aurait sans doute jamais connu celui avec qui elle partage sa vie.

«Mon amie me taquine parce qu’aujourd’hui, je suis en couple, on vient d’acheter le terrain pour notre future maison et on attend notre premier bébé alors qu’elle est toujours célibataire», dit Jessica Dapsence.

Parfois accusé d’être allé trop rapidement dans sa relation, le couple dit avoir appris à se connaître dans son quotidien.

«Les gens disent que c’est vite, mais vite par rapport à quoi? Il y a des couples qui attendent cinq ans avant de déménager ensemble et qui après quelques semaines se séparent», souligne Patric Lavoie.

Le plâtrier s’était lui aussi inscrit sous l’influence d’un ami.

«Je travaille dans la construction, un milieu qui est très masculin. Je me suis inscrit sans attentes, mais c’est certain que je cherchais quelque chose de sérieux. Je ne voulais pas rencontrer quelqu’un juste pour une histoire d’un soir», raconte Patric Lavoie.

Inscrite à son insu par une amie qui était intriguée par Tinder, Jessica Dapsence n’aurait jamais imaginé rencontrer l’homme de sa vie, Patric Lavoie, sur une application.

«Je trouvais que Tinder, ça faisait catalogue. Tu n’as que des photos et tu fais défiler les profils en te basant sur une photo pour rencontrer quelqu’un», explique Jessica Dapsence, qui comme plusieurs avait un préjugé envers l’application.

Si ça n’avait pas été du tour que lui a joué son amie, elle n’aurait sans doute jamais connu celui avec qui elle partage sa vie.

«Mon amie me taquine parce qu’aujourd’hui, je suis en couple, on vient d’acheter le terrain pour notre future maison et on attend notre premier bébé alors qu’elle est toujours célibataire», dit Jessica Dapsence.

Parfois accusé d’être allé trop rapidement dans sa relation, le couple dit avoir appris à se connaître dans son quotidien.

«Les gens disent que c’est vite, mais vite par rapport à quoi? Il y a des couples qui attendent cinq ans avant de déménager ensemble et qui après quelques semaines se séparent», souligne Patric Lavoie.

Le plâtrier s’était lui aussi inscrit sous l’influence d’un ami.

«Je travaille dans la construction, un milieu qui est très masculin. Je me suis inscrit sans attentes, mais c’est certain que je cherchais quelque chose de sérieux. Je ne voulais pas rencontrer quelqu’un juste pour une histoire d’un soir», raconte Patric Lavoie.

Tinder brise les frontières

couple Tinder
Photo Pierre-Paul Poulin

Cindy Lemieux

  • 24 ans
  • Valleyfield
  • Infirmière

Marc-André Cadieux

  • 25 ans
  • Saint-Bernandin (Ontario)
  • Plombier

Premier échange Tinder : juin 2014

Rencontre : une semaine plus tard

Déménagement : janvier 2015

Enfant : Elya Cadieux, 6 mois


Elle devant sa Mazdaspeed et lui en torse nu à la plage, les photos choisies par Cindy Lemieux et Marc-André ont rapidement suscité leur intérêt mutuel.

«Je n’avais pas de description sur mon profil, j’avais juste mis des photos et dernièrement, il m’a avoué que c’est une photo avec ma voiture qui l’a intrigué», raconte Cindy Lemieux.

Le futur couple s’est donné rendez-vous après plusieurs échanges par textos en août 2014.

«C’était comme si on se connaissait depuis toujours. On a jasé de tout et de rien. On s’est vu au spa et après on était allé marcher dans le Vieux-Montréal», se souvient Marc-André Cadieux. Six mois plus tard, Marc-André Cadieux, qui est originaire de Saint-Bernandin, décide de traverser la frontière ontarienne et de s’installer au Québec avec son amoureuse.

Le couple, qui forme aujourd’hui une famille avec Elya, leur «bébé Tinder», n’a pas honte de s’être rencontré sur l’application.

«On est un couple point final. La sœur de Marc-André a connu son mari sur internet, mon frère a connu sa copine sur un site de rencontre, alors pour nous ce n’est pas quelque chose d’étrange», souligne Cindy Lemieux.

Trouver l’amour sur son téléphone

Malgré le mal qu’on peut en dire, Tinder a permis à plusieurs de trouver l’amour. Aux États-Unis, un tiers des couples qui se sont mariés l’an dernier se sont connus sur des applications de rencontres.

L’instantanéité des échanges que permet une application comme Tinder explique que de plus en plus de gens les utilisent pour trouver l’âme sœur, explique Taha Yasseri, chercheur à l’Oxford Internet ­Institue.

«Contrairement aux sites de rencontre en ligne, les interactions sur ces ­applications se font en temps réel, selon l'emplacement des utilisateurs et en ­permettant des échanges avec des gens qui se trouvent proches l’un de l’autre», dit M. Yasseri.

Avec la chercheuse Jennie Zhang, il a publié l’étude «Qu’est-ce qui arrive après avoir glissé à droite», qui révèle qu’aujourd’hui le tiers des mariages célébrés aux États-Unis sont issus d’une rencontre sur une application comme Tinder.

L’étude a analysé 2 millions de conversations, contenant 19 millions de messages échangés entre 400 000 hétérosexuels.