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La croix perdue du mont Royal (1643)

La croix est plus belle de loin que de près. Elle n’est en réalité qu’un paquet de tiges de métal mises ensemble. Mais son but est d’être vue à distance. Surtout la nuit. Ce symbole illus­tre bien Montréal sur les cartes postales.
Photos courtoisie des Archives municipales de Montréal La croix est plus belle de loin que de près. Elle n’est en réalité qu’un paquet de tiges de métal mises ensemble. Mais son but est d’être vue à distance. Surtout la nuit. Ce symbole illus­tre bien Montréal sur les cartes postales.

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Certains maniaques de la laïcité aimeraient la démolir ! Pourtant, la croix du mont Royal est un repère montréalais essentiel, autant géographiquement que symboliquement.

En 1643, un an après la fondation de Ville-Marie, le sieur de Maisonneuve ne pouvait pas s’imaginer que la lourde croix de bois qu’il montait lui-même avec ses hommes jusqu’en haut du mont Royal deviendrait un jour un emblème de la ville.

Que serait la nuit montréalaise sans ce repère lumineux visible d’à peu près partout?
Photos courtoisie des Archives municipales de Montréal
Que serait la nuit montréalaise sans ce repère lumineux visible d’à peu près partout?

Rappelons qu’à l’époque les terres qui séparent le Vieux-Port de la montagne, qui semblait loin au nord, n’étaient que de la brousse. L’actuel centre-ville restait à défricher. Pas de route. Quelques sentiers peut-être. Transporter cette croix a dû être un calvaire! Et tel était le but. C’était une péni­tence que les Montréalistes s’imposaient pour honorer une promesse faite à la Vierge Marie pour qu’elle arrête une inondation qui menaçait Ville-Marie. Ce vœu exaucé, le fondateur de Montréal et les siens n’avaient plus qu’à prier tout en hissant la structure de bois, que les intempéries ont d’ailleurs rapidement détrui­te...

Au début du 20e siècle, seuls quelques historiens et religieux se souvenaient encore de cette croix, mais elle ne devait jamais être oubliée puisqu’en 1924, après une souscription populaire rassemblant plus de 100 000 bénévoles, la Socié­té Saint-Jean-Baptiste fit ériger la grande structure métallique illuminée que nous voyons encore aujourd’hui. Lorsqu’un pape meurt, celle-ci se teinte de pourpre: vision impressionnante!

Maire anticlérical

Plus personne ou presque ne se souvient qu’au 19e siècle, sous Honoré Beaugrand, ce maire anticlérical de Montréal, des militants catho­liques envisageaient d’installer au sommet de la montagne, non pas une simple croix, mais une titanesque statue de bronze de la Vierge Marie! C’était pour remercier la mère de Jésus que de Maisonneuve avait hissé la première croix depuis longtemps perdue; les partisans de Mgr Bourget, cet homme d’État, chef de l’Église du Canada, rêvaient d’une Marie qui dominerait la ville et que tout Montréal, cette ville pécheresse, serait obligée de voir en permanence. Tout comme le Christ rédempteur de Rio de Janei­ro, qui en impose avec ses 100 pieds de hauteur... La Vierge du mont Royal devait mesu­rer 200 pieds, soit le double!

Ce vitrail de la basilique Notre-Dame montre de Maisonneuve et ses hommes en train de hisser une grande croix de bois jusqu’au sommet du Mont-Royal. Cet événement 
jamais oublié nous a valu beaucoup plus tard la croix que nous connaissons aujour­d’hui.
Photo Louis-Philippe Messier
Ce vitrail de la basilique Notre-Dame montre de Maisonneuve et ses hommes en train de hisser une grande croix de bois jusqu’au sommet du Mont-Royal. Cet événement jamais oublié nous a valu beaucoup plus tard la croix que nous connaissons aujour­d’hui.

C’est le sculpteur réputé Louis-Philippe Hébert qui devait produire cette Marie plus imposante que la Statue de la Liberté (qui n’atteint que 151 pieds si l’on ne compte pas le socle). Mais le maire moderniste qu’était Honoré Beaugrand ne voulant rien entendre, les catholiques ont dû se contenter de cette croix à laquelle, à quelques excités près, nous tous sommes attachés même si nous n’avons pas forcément la foi. Enfin, cette croix, pourtant si belle vue de loin, offre un piteux spectacle vue de près. Elle est toute en métal. La croix perdue de Maisonneuve était sûrement plus pittoresque... Reste que la structure actuelle vient rappeler la vieille promesse faite à Marie pour qu’elle sauve la ville qui, après tout, portait alors encore son nom!

- Avec la collaboration de Louis-Philippe Messier