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Le réflexe d’interdire

Le réflexe d’interdire

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En France, c’est l’été des règlements interdisant le port du burkini !

Mais les interdictions visent aussi bien d’autres choses.  Par exemple, la Commune de Bressolles a pris un Arrêté interdisant l’implantation de « Pokemons » sur son territoire!

Plus près de nous, les décideurs municipaux jonglent avec l’idée d’interdire les pitbulls ou d’autres  catégories de chiens.

Le réflexe d’interdire est souvent présent chez les décideurs.

Quelque chose agace, des gens sont inquiets, on interdit !

Interdire, c’est facile : il n’y a qu’à écrire dans un règlement ou dans une loi que « c’est interdit » !

A court terme, l’interdiction génère un certain confort. Elle permet au décideur de se positionner comme ayant la « ferme » volonté de « faire quelque chose ».

Car c’est souvent de cela qu’il s’agit :  on attend des autorités qu’elles « fassent quelque chose » à l’égard de ce qui angoisse les uns ou indispose les autres.

Dans la société comme la nôtre ou l’on court continuellement après le risque zéro, la tentation est forte  d’utiliser les pouvoirs d’interdire comme une sorte d’assurance contre les dangers, réels ou appréhendés.

Lorsqu’est adopté un règlement qui interdit, on peut être porté à croire que le péril contre lequel on veut être protégé va enfin disparaître !

Autant l’interdiction est facile à proclamer autant elle est difficile à appliquer, à faire respecter en pratique.

C’est bien là tout le paradoxe.  L’interdiction par la loi ou le règlement est un outil rudimentaire.  Il procure souvent une fausse certitude, une sécurité factice.

Édicter un interdit efficace est pourtant une tâche redoutable.  Il faut identifier au nom de quoi, de quel mal il est légitime ou rationnel d’interdire.

Il faut aussi prendre la peine d’identifier les différentes approches possibles afin de conjurer le mal que l’on souhaite éradiquer. Parfois, ce n’est pas l’interdiction qui constitue la mesure la plus efficace.

Dans la plupart des pays démocratiques, il y a d’importantes limites aux pouvoirs des autorités d’édicter certaines interdictions.  Interdire sans prendre la peine de se demander par quel raisonnement la mesure est compatible avec les droits fondamentaux tels qu’ils sont compris ici relève de l’irresponsabilité.

L’interdiction est une technique de règlementation : elle peut engendrer des résultats intéressants dans la régulation des comportements. Mais elle doit être précédée d’une analyse rigoureuse de la situation et du contexte dans lequel elle est destinée à s’appliquer.

Interdire demande des efforts.  À moins de s’en tenir à de la règlementation symbolique, il faut identifier comment on va s’y prendre pour faire effectivement respecter l’interdit.

Quels moyens seront mis à la disposition de ceux qui auront à faire respecter le règlement ?

S’agissant des moyens à mettre en place cela suppose habituellement plus que de simplement écrire un interdit : il faut consacrer des ressources pour détecter les contrevenants, s’assurer de documenter les comportements de ceux qui sont en infraction.

À défaut de se livrer à une analyse préalable des raisons pour lesquelles on cherche à décréter une mesure d’interdiction, on s’expose à contribuer à la multiplication des règlements qui, sitôt passé l’épiphénomène d’actualité qui en a motivé la mise en place sont aussitôt rangés aux oubliettes !

En somme, comme outil de relations publiques, l’interdiction peut livrer des résultats à court-terme.

C’est à long terme qu’il peut se révéler futile si on n’a pas soigneusement anticipé ses conditions de mise en œuvre.