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Une troisième pour Lamaze

«Cette médaille de bronze est plus gratifiante parce que je n’étais pas le favori»

Éric Lamaze
Photo Pierre-Paul Poulin Éric Lamaze

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RIO DE JANEIRO | Éric Lamaze a procuré au Canada sa 20e médaille des Jeux, soit une de plus que l’objectif fixé par la délégation, lorsqu’il a mené sa monture Fine Lady 5 vers la troisième position au concours de saut d’obstacles individuel vendredi après-midi.

Pour le cavalier de 48 ans originaire de Montréal et athlète canadien le plus âgé aux Jeux, il s’agit d’une troisième médaille olympique, après l’or récolté au concours individuel des Jeux de 2008 et l’argent obtenu au concours par équipes à ces mêmes Jeux.

La compétition disputée sous un soleil de plomb au centre équestre s’est terminée par un barrage impliquant six compétiteurs qui avaient jusque-là réalisé des parcours sans faute.

Lamaze et sa jument de 13 ans n’avaient fait tomber aucune barre depuis le début des compétitions à Deodoro, ni lors du concours par équipes ni lors du concours individuel, jusqu’à ce qu’ils en accrochent une dans l’avant-dernier saut.

Du bronze plus gratifiant

La victoire est allée au Britannique Nick Skelton, qui est devenu, à 58 ans, le champion olympique le plus âgé de l’histoire en sport équestre.

«J’aurais aimé gagner une autre médaille d’or, mais Fine Lady 5 commençait à être fatiguée après avoir dû participer à trois épreuves au cours de la même journée», a raconté Lamaze, qui a aidé le Canada à terminer au quatrième rang du concours par équipes, plus tôt cette semaine.

«Je ne peux pas être déçu de cette troisième position. Si j’étais le favori en 2008 à Hong Kong [les épreuves équestres des Jeux de Pékin s’étaient déroulées là-bas] avec mon réputé cheval Hickstead, c’était bien différent ici avec une jument méconnue.

«Il a fallu que je l’amène progressivement à effectuer de si bons sauts, car c’était surtout un cheval qui excellait dans des épreuves de vitesse», a-t-il expliqué.

«L’an dernier, je ne pensais même pas me retrouver aux Jeux avec elle. Ça rend cette conquête de la médaille de bronze gratifiante.

«On a beau remporter des Grands Prix à travers le monde, rien n’équivaut à une médaille olympique, parce que ça vous suit pour le reste de votre vie», a souligné Lamaze.

Au rendez-vous en 2020

Il entend bien être au prochain rendez-vous olympique en 2020, à Tokyo.

«Si je peux avoir un bon cheval, j’y serai, a-t-il affirmé. Après tout, si Ian Millar, âgé de 69 ans, envisage de participer à ces Jeux en 2020, je ne vois pas pourquoi je n’irais pas!»

Lamaze a surmonté plusieurs obstacles au cours de sa carrière, et pas juste sur les parcours équestres.

On peut rappeler qu’il a été privé de participer à deux éditions de Jeux olympiques après avoir échoué à des tests antidopage, lui qui avait des problèmes de consommation de cocaïne.

Une enfance très difficile

Lamaze, pour ceux qui ne l’auraient jamais lu ou entendu, a eu une enfance difficile à Montréal.

Sa mère a été emprisonnée pour trafic de drogue et il n’a jamais connu son père. Il a été élevé par sa grand-mère, qui était alcoolique.

Il a abandonné l’école à 15 ans et c’est le monde de l’équitation qui a été sa bouée de sauvetage, jusqu’à ce qu’il sombre à son tour dans l’enfer de la drogue.

Lamaze ne veut plus parler de son passé et on le comprend. Il vit au présent et il fait la fierté du Canada en sport équestre.

Une mort tragique

L’une des pires épreuves de sa vie a été la mort tragique de sa monture Hickstead, lors d’une Coupe du monde disputée en 2011, en Italie.

À la fin d’un excellent parcours, son étalon était tombé raide mort, victime d’une rupture de l’aorte. Hickstead était resté debout pendant quelques secondes, question de permettre à Lamaze de descendre sans se blesser.

Les cavaliers développent avec leur cheval une relation qu’on peut qualifier d’amicale.

Il fallait voir Lamaze parler de façon élogieuse de Fine Lady 5 après avoir paradé sur le podium à Rio pour comprendre que les liens sont forts.

♦ Lamaze s’est dit bien attristé de l’annulation, en raison de problèmes financiers, des Jeux équestres mondiaux prévus en 2018 à Bromont. «C’est vraiment dommage, parce que j’aurais aimé concourir dans la région de Montréal», a dit celui qui vit en Floride ainsi qu’à Schomberg, en Ontario.