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Le départ des Jésuites (1760)

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Les jésuites ont été nos plus vaillants aventuriers, longtemps avant l’éclosion du commerce. Les coureurs des bois étaient attirés par l’aventure et motivés par le goût de l’argent. Les missionnaires, eux, mettaient leur vie en péril pour Dieu et souvent pour rien... Certains finirent scalpés, brûlés, bouillis vifs, et parfois mangés... comme Jean de Brébeuf.

Les jésuites furent la première organisation que visèrent les Anglais triomphants après la guerre de Sept Ans: ils chassèrent cet ordre papiste qui a marqué notre histoire, pour le meilleur et le pire. Jamais les jésuites n’auraient toléré qu’une immigration protestante française ou francophone vienne compromettre le statut résolument catholique de la colonie. Alors que leur utopie d’une nouvelle Jérusalem en Amérique s’évanouissait déjà au profit du commerce, de plus en plus intense et payant, les jésuites ont vu leur influence diminuer pendant tout le xviiie siècle. Ironiquement, c’est la Grande Paix de 1701 qui réduit leur importance dans la colonie. Pendant les guerres contre les Amérindiens, les jésuites faisaient office d’interprètes, de négociateurs, de «traits d’union», etc. Paradoxalement, eux qui voulaient de longue date la paix entre les Indiens et les Européens vont se trouver marginalisés par celle-ci, car elle se déroulera sous le signe, non pas de la croix, mais du négoce.

Influence des jésuites

Mais ce que l’on ne dira jamais assez, c’est que les jésuites ont été à l’origine de Montréal en tant que projet. Alors qu’il fréquente le collège jésuite de La Flèche, en France, Jérôme Le Royer de la Dauversière, qui a pour «camarade» un certain René Descartes, un autre brillant élève des jésuites, entend les récits des premiers missionnaires et a l’idée d’envoyer de Maisonneuve et Jeanne Mance jeter les bases de Ville-Marie. Ce projet consistant à fonder sur une terre neuve un peuple catholique neuf issu du mélange des sangs est on ne peut plus jésuite. Bref, notre ville est, à l’origine, un rêve de jésuite! En confisquant les biens de cet ordre papiste incompatible avec le pouvoir royal britannique protestant, les Anglais arrachent de ce qui devient leur «province» ce qui en était le ferment spirituel. Désormais, le commerce sera la priorité du gouvernement, son obsession et son but. Quand les jésuites auront le droit de revenir au Canada, ils fonderont nos grandes écoles d’élite, comme le collège Jean-de-Brébeuf.

L’arrachement à l’influence jésuite après la Conquête nous a intellectuellement diminués pendant longtemps. Une partie de l’anti-intellectualisme des Québécois vient peut-être de là. Le catholicisme auquel nous avons eu droit pendant la Revanche des berceaux n’était plus intrépide ni chargé d’intelligence... malgré l’immense effort de rattrapage effectué par des jésuites à leur retour — car ils reviendront — près d’un siècle plus tard.

Martyre de Brébeuf : Les jésuites ont payé le prix fort pour leur foi. Bien souvent, ils finissaient brûlés ou bouillis vifs. Cette image du martyre de Jean de Brébeuf et des siens nous rappelle que ces exécutions n’étaient pas des parties de plaisir, mais des supplices qui n’avaient rien à envier à ceux qui se pratiquaient pendant l’Antiquité ou le Moyen Âge en Europe.  
  
Photo courtoisie des Archives municipales de Montréal
Martyre de Brébeuf : Les jésuites ont payé le prix fort pour leur foi. Bien souvent, ils finissaient brûlés ou bouillis vifs. Cette image du martyre de Jean de Brébeuf et des siens nous rappelle que ces exécutions n’étaient pas des parties de plaisir, mais des supplices qui n’avaient rien à envier à ceux qui se pratiquaient pendant l’Antiquité ou le Moyen Âge en Europe.  

 

Aventuriers spirituels : Cette représentation du père Jogues en train d’essayer de convaincre des Iroquois de se convertir au christianisme montre le côté quasiment suicidaire de ces missions où les jésuites désarmés et seuls étaient vulnérables.
Photo courtoisie des Archives municipales de Montréal
Aventuriers spirituels : Cette représentation du père Jogues en train d’essayer de convaincre des Iroquois de se convertir au christianisme montre le côté quasiment suicidaire de ces missions où les jésuites désarmés et seuls étaient vulnérables.

 

Portrait : Jean de Brébeuf, ce nom qui est aujourd’hui celui d’une école prisée par l’élite, appartenait à un ordre religieux controversé, la Compagnie de Jésus, qui est à l’origine de Montréal puisque ce sont ses missionnaires qui ont inspiré le projet de Ville-Marie au jeune de la Dauversière, qui a recruté de Maisonneuve pour cette mission d’une témérité suicidaire.
Photo courtoisie des Archives municipales de Montréal
Portrait : Jean de Brébeuf, ce nom qui est aujourd’hui celui d’une école prisée par l’élite, appartenait à un ordre religieux controversé, la Compagnie de Jésus, qui est à l’origine de Montréal puisque ce sont ses missionnaires qui ont inspiré le projet de Ville-Marie au jeune de la Dauversière, qui a recruté de Maisonneuve pour cette mission d’une témérité suicidaire.

- Avec la collaboration de Louis-Philippe Messier