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Festival des films du monde : les employés quittent le navire et abandonnent Serge Losique

Plusieurs employés quittent le navire à quelques jours de l’ouverture

Le président du Festival des films du monde, Serge Losique, affirme qu’il prépare déjà la 41e reprise de l’événement qui traverse présentement une nouvelle épreuve.
Photo d’archives, Agence QMI, Philippe-Olivier contant Le président du Festival des films du monde, Serge Losique, affirme qu’il prépare déjà la 41e reprise de l’événement qui traverse présentement une nouvelle épreuve.

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Le bateau du FFM est-il en train de couler pour de bon? À la veille de la soirée d’ouverture de l’événement, la majorité des employés du Festival des films du monde ont décidé de quitter le navire et de démissionner en bloc. Malgré cette nouvelle crise, le grand manitou du FFM, Serge Losique, assure que son festival survivra.

«Le FFM est là pour rester. J’ai même déjà commencé à préparer la 41e édition pour l’an prochain et ce sera une grande fête», a lancé un Serge Losique visiblement irrité, rencontré mardi dans les bureaux du FFM.

Serge Losique a beau essayer de se montrer rassurant, son FFM semble plus que jamais prendre l’eau. Lundi soir, une nouvelle tuile s’est abattue sur son festival alors que la majorité de ses employés lui ont annoncé qu’ils démissionnaient.

Dans une lettre qu’ils ont fait parvenir au Journal, ces employés ont expliqué que cette décision était due à «l’incertitude financière du festival et à l’impossibilité de concrétiser les réservations des infrastructures ou encore d’honorer les traites».

Joint mardi, un employé a décrit la situation actuelle dans les bureaux du FFM de «chaos total». Au bout du rouleau, les employés se sont réunis lundi et ont décidé de voter à savoir s’ils souhaitaient rester en poste pour la quarantième édition du festival. Une dizaine sur la quinzaine d’employés réguliers de l’événement ont alors décidé de partir. Seulement quelques salariés ont choisi de rester aux côtés de Losique.

Logistique

Après ces démissions, il ne reste plus personne à la programmation, aux accréditations, à l’hébergement et aux transports, indique cet employé:

«Dans ces conditions, ce sera très difficile d’organiser un festival. Notre but n’était pas de saboter le festival. On y a cru pendant longtemps et on voulait que ça fonctionne malgré les problèmes financiers du festival. Mais d’un point de vue moral, c’était rendu impossible de travailler dans ces conditions. À cause du manque de fonds, on ne pouvait plus rien assurer aux invités du festival.»

Selon les employés démissionnaires, Serge Losique a mal réagi à leur décision:

«Il a essayé de nous faire la leçon, de façon condescendante, raconte le même employé. C’est un monsieur qui a beaucoup de mérite pour tout ce qu’il a fait pour Montréal avec son festival. Mais je crois qu’il n’a plus les capacités pour gérer un festival. Il va certainement essayer de faire en sorte que son festival ait lieu quand même cette année, mais ça risque d’être catastrophique.»

Voici la lettre des employés du FFM :

C’est avec regret que nous vous informons qu’une grande partie de l’équipe du Festival des Films du Monde de Montréal a décidé de mettre un terme à sa participation dans l’organisation de la 40ème édition. Cette décision est due à l’incertitude financière du festival et à l’impossibilité de concrétiser les réservations des infrastructures ou encore à honorer les traites. L’ensemble des services ne peut exercer ses fonctions. N’ayant pas la permission de prendre les décisions qui s’imposent, le Festival est désormais hors de notre contrôle. À l’approche du festival, l’équipe a travaillé sans relâche afin de trouver des solutions mais a pris la décision de ne plus soutenir un encadrement défaillant en la personne du président du Festival.

Nous n’accorderons aucune entrevue.

Les invités inquiets

Le climat d’incertitude qui règne autour de la présentation du 40e FFM inquiète plusieurs invités du festival, a appris Le Journal.

À la veille de la soirée d’ouverture, plusieurs des artistes et producteurs qui doivent venir présenter des films à Montréal se questionnent au sujet de la situation chaotique qui entoure l’organisation du festival ces jours-ci.

Certains d’entre eux ont tenté d’obtenir des éclaircissements de la part des organisateurs mais n’ont pas obtenu de réponse, selon des sources bien informées.

L’actrice française Isabelle Adjani et l’acteur américain Willem Dafoe font partie des invités les plus connus attendus au festival cette année.

Équipe laissée à elle-même

L’équipe du film québécois Embrasse-moi comme tu m’aimes – qui sera présenté en ouverture du festival demain soir – a admis quant à elle avoir été laissée à elle même pour l’organisation de sa soirée de première. «On n’a pas eu beaucoup de collaboration du festival alors on a tout fait nous même, explique le distributeur du film, Andrew Noble [Filmoption], joint mardi.

«On s’est occupé des invitations et du communiqué de presse alors que ce sont des choses que le festival doit normalement faire. J’ai même engagé un projectionniste, au cas où. Je peux donc assurer que la première aura lieu coûte que coûte.»

Et les billets ?

Autre signe que tout ne tourne pas rond cette année au FFM, la vente de billets est constamment reportée depuis quelques jours. Elle devait débuter samedi passé, mais elle a été repoussée à mardi, puis à aujourd’hui. Aucun catalogue ni programme ne sera imprimé cette année, ce qui ne plaira certainement pas à la clientèle du festival.

Aussi, selon Serge Losique, les projections des films du FFM auront lieu cette année au Cinéma Impérial et au Cineplex Forum. Or, chez Cineplex, on ne confirme pas cette information.

Problèmes financiers

Les problèmes financiers du FFM ne datent pas de mardi. Le festival a perdu l’appui des institutions financières (SODEC, Téléfilm) depuis quelques années. L’an passé, une vingtaine d’employés avaient porté plainte à la Commission des normes du travail pour salaires impayés. Ils avaient finalement été payés quelques mois plus tard.

Questionné sur le sujet mardi, le maire Denis Coderre s’est dit désolé de voir que le FFM est de nouveau pris dans la tourmente:

«Il y avait des choses, ce n’est pas pour rien que la SODEC a lâché le FFM, dit-il. On voulait recevoir la documentation et tout ça. Il y a eu un certain entêtement... Je respecte ça, j’aime beaucoup M. Losique, il a apporté beaucoup dans le monde du cinéma. Malheureusement, la sortie est ratée. Je lui souhaite le meilleur.»