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La saga RONA

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Pourquoi la direction d’Inves­tissement Québec a-t-elle décidé de liquider son bloc d’actions de RONA sans même réaliser un profit acceptable, et ce, bien avant l’alléchante offre d’achat de Lowe’s? Et pourquoi la direction de la Caisse de dépôt et placement Québec a-t-elle décidé de laisser tomber ce fleuron québécois de la rénovation entre les mains de la multinationale américaine Lowe’s?

Comme on le sait, les deux sociétés d’État avaient acquis, en 2012, des gros blocs d’actions de RONA dans le but de bloquer l’offre publique d’achat qu’avait lancée Lowe’s à l’époque. L’intervention d’Investissement Québec et de la Caisse avait été sollicitée par l’ancien gouvernement Charest.

Bien qu’on ne puisse pas revenir en arrière sur la récente vente de RONA à Lowe’s, les questions portant sur les vraies raisons qui ont poussé nos deux sociétés d’État à liquider leurs blocs d’actions de RONA méritent d’être élucidées.

DAOUST

Voilà pourquoi le gouvernement de Philippe Couil­lard doit accepter de faire témoigner, lors des audiences publiques de jeudi prochain, les personnes-clés susceptibles de faire la lumière sur la liquidation des actions de RONA par nos deux sociétés d’État.

Les partis d’opposition, PQ, CAQ et QS, réclament notamment la présence du ministre démissionnaire Jacques Daoust, qui était ministre de l’Économie à l’époque, et de son ancien chef de cabinet, Pierre Ouel­let. Le témoignage des dirigeants d’Investis­sement Québec est également capital.

Pour les partis d’opposition, il semble aller de soi que l’on fasse également témoigner l’ancien président et chef de la direction de RONA, Robert Dutton. Ce dernier en a long à dire sur la façon dont le dossier a été maladroitement traité, selon lui, par les responsables du dossier RONA sous le gouvernement Couil­lard.

SABIA

Pour ma part, je crois essentiel de faire témoigner lors des audiences le président-directeur général de la Caisse, Michael Sabia.

Pourquoi? Parce que n’eût été sa décision de céder le gros bloc d’actions de RONA que la Caisse détenait, la haute direction de Lowe’s y aurait sans doute pensé à deux fois avant de déposer son offre d’achat de 3,2 milliards de dollars, le 3 février 2016.

Sachez que, le 12 janvier 2016, la haute direction de la Caisse «a été informée que Lowe’s voulait obtenir son aval à l’égard de l’opération proposée puisque la Caisse était le plus important actionnaire de RONA», rapporte-t-on dans le plan d’arrangement de l’offre de Lowe’s.

«Entre le 13 jan­vier et le 2 février 2016, M. Chevrier [président du conseil de RONA] et M. Michael Sabia, président et chef de la direction de la Caisse, ont discuté à plusieurs reprises des conditions, au terme desquelles la Caisse serait prête à appuyer l’opération proposée, et, le 2 février 2016, des représentants de la Caisse ont fait savoir qu’ils seraient prêts à publier un communiqué de presse appuyant l’opération une fois que celle-ci aurait été annoncée.»

Ce qui fut fait le 3 février 2016. Et RONA devint alors une filiale de l’américaine Lowe’s.