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Le voile chez les policières québécoises?

Le voile chez les policières québécoises?

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Remontons un peu dans le temps : il y a quelques années, on célébrait le rapport Bouchard-Taylor car on y voyait (à tort, à mon avis, mais c'est autre chose) un exemple de modération et de sagesse politique. C'était en son nom qu'on s'opposait à la Charte des valeurs du PQ. Et dans ce rapport, on vantait surtout une proposition : l'interdiction des signes religieux ostentatoires chez les employés de l'État en fonction d'autorité (parmi ceux-là, les policiers) – alors que le PQ, lui, voulait les proscrire chez tous les employés de l’État.

Mais à quoi assistons-nous depuis quelques jours ? À la diabolisation de ceux qui voudraient interdire le voile islamique chez les policières. C’est le cas de la CAQ, qui s’y oppose, et qui se fait accuser par le PLQ d’intolérance  - la CAQ, nous dit Jean-Marc Fournier, serait «allergique à la différence». Et sur les médias sociaux, comme il se doit, l’opposition au port de signes religieux ostentatoires chez les policiers est tournée en dérision au nom de la célébration de la différence.

Puisque la police fédérale a décidé de se rallier au voile islamique donc nous devrions tous faire pareil – nous subissons encore une fois la canadianisation de nos débats publics. La colonisation mentale du Québec par le Canada de 1982 se confirme. Le SPVM se montre ouvert, la SQ entend juger au cas par cas – c’est-à-dire qu’elle ne s’y oppose pas en principe. Et d'un coup, le rapport Bouchard-Taylor devient un rapport radical, dont les propositions pourtant timorées deviennent irrecevables. D’ici peu, c’est la simple idée d’une interdiction des signes religieux ostentatoires chez qui que ce soit qui sera jugée inadmissible.

Les critères médiatiques et politiques permettant de distinguer une position «modérée» et une position «radicale» sont encore en train de s'aligner sur le dogme multiculturaliste. La modération d'hier devient l'extrémisme d'aujourd'hui. Ce qui passait encore il y a quelques mois pour le bon sens passe désormais pour une position politique rétrograde, moralement condamnable. Les politiciens et les chroniqueurs qui veulent avoir l'air modérés et respectables devront tôt ou tard s'aligner sur ces nouveaux critères idéologiques.

Le parti diversitaire triomphe en orwellisant le langage comme jamais. Il fabrique des extrémistes artificiels en normalisant sous le signe de la modération et de la différence des idées qui hier encore, étaient sévèrement critiquées. Il ne faut pas oublier qu'au moment des dernières élections fédérales, les partisans du serment de citoyenneté en niqab passaient pour les démocrates exemplaires et ceux qui s'y opposaient, pour des populistes réactionnaires hostiles aux valeurs de liberté.