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Huard, Legault, Dolan et cie vont-ils disparaître?

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Il y a de bonnes chances pour que mes petits-enfants et, surtout, mes arrière-petits-enfants n’aient pas la moindre idée de qui furent Patrick Huard, Claude Legault ou Xavier Dolan. Ils ne verront sans doute jamais Bon cop, bad cop, 19-2 ou Mommy. Si, par hasard, ils voient quelques-uns des longs-métrages qui font la renommée de nos cinéastes actuels, ils le devront à coup sûr à ce drôle d’animal qu’est Éléphant, la mémoire du cinéma québécois.

Suite à une idée lumineuse de Pierre Karl Péladeau et au soutien indéfectible de Québecor (plus de 8 millions $ investis jusqu’ici), environ 250 films québécois ont été restaurés et numérisés. Ces films sont à disposition sur Illico et sur iTunes dans des dizaines de pays. À moins d’un cataclysme, ils devraient l’être encore dans un siècle, peut-être plus.

De tous les arts, le cinéma est le plus onéreux. C’est aussi le plus difficile à sauvegarder. On joue Molière et Shakespeare depuis des siècles. On interprète la musique de Mozart ou de Beethoven sans arrêt et on réédite pour presque rien un roman ou un recueil de poèmes écrit il y a des lustres. Fixé sur pellicule, le pauvre long-métrage est appelé à disparaître. Même dans les meilleures conditions, son espérance de vie n’est pas plus longue que la vôtre ou la mienne.

COURSE CONTRE LA MONTRE

Comme les premiers films ont vu le jour au début du siècle dernier – vers 1930 chez nous –, inutile de préciser que la plupart sont retournés en poussière. Aux États-Unis, la Mecque du cinéma, il reste 20 % des films réalisés avant 1920 et au plus la moitié de ceux produits avant 1950. Depuis l’avènement du numérique, on a entrepris une course contre la montre pour transformer en fichiers informati­ques le plus grand nombre possible de films, les sauvant ainsi d’une mort certaine.

Aux États-Unis, c’est l’Academy Film Archive, filiale de l’Académie des Oscars, qui a pour mission de redonner vie aux films à l’agonie. On en sauve une soixantaine par an, mais des centaines disparaîtront à jamais. Pour Éléphant, c’est Marie-José Raymond et Claude Fournier, mon frère jumeau, qui sont investis du salut de nos films en perdition. D’après leurs estimations, il en resterait 800 à sauver, ce qui représente une tâche colossale et un coût de 15 à 25 mil­lions $.

LE NUMÉRIQUE NE RÈGLE PAS TOUT

Jusqu’à ces dernières années, nous traitions notre patrimoine audiovisuel comme quantité négligeable. Il ne reste presque rien des meilleures émissions de Radio-Canada et encore moins de celles de TVA. Les séries qu’on n’a pas détruites sont conservées sur ruban dans des conditions à faire dresser les cheveux sur la tête d’un archiviste.

Aujourd’hui, presque tout est produit en numérique. Cela ne signifie nullement que films et séries sont éternels. Pour espérer qu’ils le soient, les fichiers doivent être mis à jour au moins tous les trois ou quatre ans, ce que ni nos producteurs ni nos diffuseurs ne font. Au cas où le plastique serait plus durable qu’un fichier informatique, on transfère encore sur pellicule plusieurs des vieux films qu’on numérise.

Malheureusement, la préservation de nos œuvres audiovisuelles est loin d’être le premier souci de nos diffuseurs et de nos producteurs. Ce n’est pas sur eux que Patrick Huard, Claude Legault, Xavier Dolan et compagnie doivent compter pour traverser le temps!

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