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La nouvelle prison de Sept-Îles mal située?

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La toute nouvelle prison de Sept-Îles, complétée au coût de 91 millions $, est construite à quelques centaines de mètres de trois bases importantes d’hélicoptères. Des spécialistes de l’industrie aéronautique se demandent si le choix de cet emplacement, par le ministère de la Sécurité publique, n’accroît pas le risque d’évasion par la voie des airs.

Le centre de détention provincial, qui accueillera 55 détenus, est construit le long du boulevard Vigneault, dans le parc industriel de Sept-Îles. Il n’est pas encore ouvert.

Il suffit de parcourir 750 mètres vers le nord pour aboutir aux installations de la compagnie Héli-Inter, une importante compagnie d’hélicoptères de la Côte-Nord. Le terrain de l’entreprise compte à lui seul huit héliports.

Juste derrière se trouvent les terrains d’une autre compagnie d’hélicoptère, Héli-Boréal. Et un peu plus à l’est, Hydro-Québec possède aussi un héliport pour ses propres opérations.

Les décollages et atterrissages d’hélicoptères sont donc très nombreux dans cette zone du parc industriel depuis des années. L’une des compagnies y est installée depuis 1989. L’autre, depuis 2008.

«Et voilà qu’on se retrouve à voler carrément à côté de la prison chaque jour», a lancé un spécialiste de l’industrie, qui se demande bien pourquoi le ministère de la Sécurité publique a choisi précisément cet emplacement.

«Ce n’est pas comme s’il n’y avait pas de terrain à Sept-Îles», a-t-il ajouté sous le couvert de l’anonymat.

«Quand le gouvernement a annoncé la construction de la prison en 2013, on a appelé le ministère de la Sécurité publique pour leur dire: "Hey! On a des hélicos juste l’autre bord, nous autres. On n’a jamais eu de retour d’appel"», a affirmé un autre spécialiste joint par TVA Nouvelles.

Pourtant, le Québec a connu deux évasions spectaculaires par hélicoptère ces dernières années.

En mars 2013, deux suspects ont pris en otage en plein vol un jeune pilote d’hélicoptère, l’obligeant à se poser sur le toit de la prison de Saint-Jérôme. L’appareil était resté là durant six longues minutes sans qu’aucun agent correction n’intervienne. Le Robinson R44 était reparti avec deux détenus suspendus à une corde.

Puis, en juin 2014, un autre hélicoptère était parvenu à se poser dans la cour de la prison d’Orsainville, à Québec. Trois détenus s’étaient évadés.

Le rapport d’enquête qui avait suivi ces deux événements blâmait sévèrement le ministère de la Sécurité publique. L’auteur du rapport, Me Michel Bouchard, soulignait que les responsables des centres de détention provinciaux ne semblaient pas prendre au sérieux la possibilité d’une autre évasion par hélicoptère.

Le rapport, remis à la ministre Lise Thériault en août 2014, mentionnait d’ailleurs qu’aucune mesure particulière n’avait été envisagée pour la nouvelle prison de Sept-Îles, alors en construction. «Au moment de notre rencontre le 11 juillet 2014 avec le directeur de la gestion immobilière au ministère de la Sécurité publique, aucun plan ou devis se rattachant à ces constructions nouvelles ne comportaient d'indications relatives au risque d'évasion par hélicoptère», peut-on lire dans le rapport.

Compte tenu de l’emplacement particulier de cette nouvelle prison, des mesures anti-évasion ont-elles été ajoutées depuis? Et si oui, à quel coût? En fin d’après-midi, le ministère de la Sécurité publique n’avait toujours pas répondu aux questions de TVA Nouvelles.