/opinion/blogs/columnists
Navigation

Un dur mois d’août pour TransCanada

From the Files - State of the Union
REUTERS

Coup d'oeil sur cet article

La direction de TransCanada doit avoir trouvé les derniers jours un peu difficiles. Hier, un sit-in forçait l’Office national de l’énergie (ONÉ) à suspendre ses audiences sur le controversé projet de pipeline Énergie Est. En même temps, les journaux diffusaient des informations selon lesquelles le maire de Montréal, représentant de la Communauté métropolitaine de Montréal (CMM), s’était officiellement opposé au projet tel que présenté.

Denis Coderre en a profité au passage pour traiter le processus de consultation de l’ONÉ de « mascarade ».  Il faut dire que deux des trois commissaires responsables de prendre une décision sur l’avenir du pipeline Énergie Est ont demandé une rencontre avec Jean Charest, alors représentant de TransCanada. Ce fait continue d’affecter la crédibilité du processus d’audience de l’ONÉ.  

Pire encore, Radio-Canada a révélé, hier aussi, que des milliers de raccords dans le réseau de pipelines de TransCanada ont une faible résistance aux ruptures. Ce serait d’ailleurs un problème de matériel de ce type qui aurait causé le déversement de Buffalo Creek en Alberta. Bref, la semaine commence sur le mauvais pied pour la compagnie pétrolière. 

Néanmoins, la bataille autour du projet Énergie Est demeure, du point de vue de TransCanada, une guerre médiatique et réglementaire de longue haleine. Rappelons que, normalement, l’ONÉ devrait transmettre au gouvernement ses recommandations sur l’acceptabilité du projet TransCanada Est uniquement en mars 2018.

Par contre, bien que peu relayée au Québec, la nouvelle qui fait le plus mal à TransCanada et à l’ensemble de l’industrie pétrolière liée aux sables bitumineux est certainement celle qui provient de l’Agence internationale de l’énergie. En effet, elle a abaissé ses prévisions de croissance de la demande de pétrole pour 2017, et ce, de près de 200 000 barils par jour. Il s’agit d’une baisse de 14 % par rapport aux précédentes prévisions de croissance.

Pourquoi la baisse des prévisions fait mal?

Alors que le prix du pétrole peine à se maintenir à 45 $US le baril depuis la crise de la surabondance de l’offre des dernières années, le développement du pétrole des sables bitumineux nécessite un prix d’au moins 60 $US par baril pour être rentable. Le pétrole des sables bitumineux est l’un des plus couteux à produire au monde. Par conséquence, il n’est rentable que lorsque nous sommes en situation de pénurie énergétique, ce qui exerce une pression à la hausse sur le prix du pétrole.

Or, nous vivons présentement la situation inverse. Pire, tout semble indiquer que la construction de nouveaux projets de sables bitumineux ajoutera environ 600 000 barils à la production quotidienne, ce qui ne fera que participer à la surabondance de l’offre. Bref, l’Alberta sera aux prises avec des surplus de pétrole impossibles à vendre à profit. Dans ces conditions, une baisse des prévisions de demande indique que même si le pétrole de l’Alberta rejoignait les eaux internationales, il demeurerait bien moins compétitif que le pétrole déjà disponible internationalement.   

Des alternatives écologiques moins couteuses

Ajoutons qu’internationalement de plus en plus d’industries à haute consommation énergétique se tournent vers le gaz naturel liquéfié (GNL), moins couteux et rarement assujetti aux taxes. Le GNL bénéficie d’un vernis vert, car il serait jusqu’à 25 % moins polluant que les autres carburants. Bien qu’il ne soit pas particulièrement écologique, le GNL donne l’occasion aux grandes entreprises de se vanter d’initiatives vertes tout en réduisant leurs coûts énergétiques. 

Par ailleurs, et malgré les réticences qu’on peut avoir, il est indéniable que l’automobile électrique finira par avoir un effet sur les ventes mondiales de pétrole d’ici 10 ans. Bref, l’avenir ne semble pas très rose pour le pétrole des sables bitumineux. Non seulement il est polluant, mais il est plus couteux que les autres formes d’énergie fossile. À moyen et long terme, cette situation est insoutenable.