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Balancée entre deux écoles

Pour sa première rentrée, une fillette de 5 ans a dû changer trois fois d’établissement

Clara Lalonde
Photo Lindsay-Anne Prévost Sophie Ricard et Jean-François Lalonde avec leur fille Clara devant l’école Notre-Dame-du-Perpétuel-Secours.

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Clara Lalonde a vécu tout un cauchemar lors de sa rentrée à la maternelle. La fillette a été balancée entre deux écoles de Ville-Émard trois fois en l’espace de 72 heures.

Clara, qui rêvait de son entrée à l’école depuis l’âge de trois ans, n’a pas pu vivre le grand jour. La direction de l’école montréalaise a appelé ses parents le matin même pour leur dire qu’il y avait trop d’élèves inscrits et que la fillette de 5 ans devait rester chez elle.

«Depuis 6 h le matin, Clara avait son sac sur le dos tellement elle avait hâte de commencer sa première journée d’école», témoigne la mère de la fillette, Sophie Ricard.

De lundi à mercredi, la jeune fille s’est fait balancer de multiples fois entre Notre-Dame-du-Perpétuel-Secours et Cœur-Immaculé-de-Marie avant de trouver sa place à la deuxième école.

«À la rencontre d’accueil, ils nous disent de créer un sentiment d’appartenance entre l’enfant et l’école, remarque la mère. Et en une journée, ils démolissent tout le travail qui a été fait!»

Les parents sont fâchés contre la mauvaise organisation de la direction.

Dyspraxie sévère

Pourtant, Clara était inscrite à l’école maternelle de Notre-Dame-du-Perpétuel-Secours depuis le mois de mai.

C’était en plus l’école parfaite pour elle. Atteinte de dyspraxie sévère, une maladie qui affecte la coordination des gestes et le langage, la jeune fille allait pouvoir profiter amplement de leur service d’orthophonie.

«Quand je vais revenir de mon congé de maternité, je vais devoir prendre une journée de congé par semaine pour reconduire Clara à Notre-Dame-du-Perpétuel-Secours parce que ce sont les seuls à offrir le service d’orthophonie», désespère la mère, qui a accouché il y a trois mois d’une petite fille.

Quand elle a su que sa fille était transférée d’école, Sophie a dû courir les magasins grandes surfaces avec son bébé dans les bras pour trouver les effets scolaires manquants.

«Les écoles ne demandaient pas la même chose, note Mme Ricard. Mais il ne restait plus rien nulle part! J’ai fait tous les magasins possibles en 24 heures!»

Traumatisme

Les nuits qui ont suivi ont été difficiles pour Clara.

«Elle se réveille en me demandant à quelle école elle va, raconte sa mère. Elle me dit qu’elle a mal dans son cœur et qu’elle a de la peine.» La fillette a bégayé plus qu’à l’habitude à cause de l’anxiété.

Elle craignait de ne pas se faire d’amis puisqu’elle avait manqué les premiers jours. Mais jeudi, Clara a finalement rencontré un ami. Il a en plus le même problème de langage qu’elle.

Plusieurs jours d’incertitude

Vendredi 26 août

  • Le directeur de Notre-Dame-du-Perpétuel-Secours appelle la famille Lalonde. Il dit qu’il se peut qu’il n’y ait plus de place pour Clara à l’école, mais de se présenter quand même à la rentrée comme prévu.

Lundi 29 août

  • 7h30: la direction de l’école appelle et dit à la famille de ne pas se présenter, car il n’y a officiellement pas de place pour Clara. La direction précise que la famille ne saura que tard dans la soirée où Clara sera transférée pour le lendemain.
  • 22h: la direction appelle pour dire que Clara ira à l’école Cœur-Immaculé-de-Marie, située deux kilomètres plus loin.

Mardi 30 août

  • La famille se présente à Cœur-Immaculé-de-Marie. Clara arrive en classe une heure après tous les autres élèves, car l’école doit débloquer son dossier.

Mercredi 31 août

  • 8h: Clara se rend à Cœur-Immaculé-de-Marie, comme prévu.
  • 8h45: Sophie Ricard reçoit un appel de la direction de Notre-Dame-du-Perpétuel-Secours. Une place s’est finalement libérée pour Clara. La mère s’empresse d’aller chercher sa fille.
  • 9h30: À leur arrivée devant Notre-Dame-du-Perpétuel-Secours, la famille est surprise de voir le directeur de l’école les attendre devant la porte. Celui-ci leur annonce que, finalement, il n’y a plus de place de disponible.
  • 10h45: Clara retourne à Cœur-Immaculé-de-Marie.

Cinquantaine de cas à Montréal

Seulement 49 des 37 000 enfants au primaire se sont retrouvés dans la même situation que Clara Lalonde à la Commission scolaire de Montréal (CSDM), affirme le porte-parole de l’institution, Alain Perron.

C’est mieux que l’an dernier, dit-il. Le nombre de déplacements s’élevait à 150 élèves.

La CSDM dit qu’elle fait son possible pour éviter de transférer les enfants à la dernière minute.

«Mais le principal problème est que les parents ne nous avisent pas quand ils emménagent», affirme M. Perron. Un centre d’inscription a été mis en place cet été pour atténuer le problème.

Préséance

Clara a été confrontée au fait que les inscriptions sont gérées par ordre de priorité.

Les élèves qui habitent sur le territoire de l’école et ceux qui ont des frères et sœurs au sein de l’établissement ont priorité sur les élèves qui n’en ont pas, même si ces derniers se sont inscrits en premier.

La commissaire responsable du Sud-Ouest de Montréal, Violaine Cousineau, parle du cas de Clara comme d’un «mauvais concours de circonstances».

Selon elle, ça a été compliqué, car un autre enfant était censé partir de la première école, mais il a finalement décidé de rester. «Le directeur espérait trouver une place à Clara à la dernière minute», dit-elle.