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Jeanne Mance fonde l’Hôtel-Dieu (1644)

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En 1642, la carte de Montréal n’est pas très compliquée... Il n’y a qu’une seule maison. La soixantaine de Montréalistes vivaient dans une résidence commune qui faisait penser aux fameuses maisons longues des Iroquois, alors si redoutés par les colons. Le premier hôpital de Montréal fut fondé en 1644. C’était presque une cabane. Jeanne Mance était alors la femme forte de Montréal et elle soignait tout le monde sans discrimination, colons comme Amérindiens.

Moi qui déteste qu’on réécrive l’histoire pour la mettre au goût du jour, je dois avouer que j’ai applaudi à la suggestion de faire officiellement de Jeanne Mance la «cofondatrice» de Montréal tant son rôle fut prédominant.

Comment vous expliquer toute son importance? Non seulement Montréal a été la première ville d’Amérique du Nord à avoir, aussi rapidement après sa fondation, un hôpital en bonne et due forme, mais, pour de nombreuses tribus amérindiennes alliées aux Français, la «ville» de Montréal était aussi en soi un hôpital.

Les victimes de tortures des guerres amérindiennes, notamment ceux qui s’étaient fait scalper, venaient en effet chercher les bons soins de Jeanne Mance. L’Hôtel-Dieu de Montréal fut la première «industrie» de la ville, si l’on peut dire.

Rappelons que 30 000 Hurons venaient de se faire massacrer ou chasser par les Iroquois des rives du grand lac qui porte aujourd’hui leur nom. De nombreux patients de Jeanne Mance faisaient partie des rescapés.

Guérir par la prière

La santé fut pour ainsi dire une des vocations originelles de Ville-Marie. Et l’on peut dire que c’est devenu une obsession pour toute la nation par la suite. Notez que le seul saint catholique québécois, le Frère André, était un thaumaturge, un «guérisseur» par la prière.

Quelle est l’attraction touristique numéro un de Montréal? L’oratoire Saint-Joseph, ce lieu bâti à la demande du Frère André, où les malades (comme au temps de Jeanne Mance) viennent encore à Montréal dans l’espoir d’une guérison.

C’est l’assurance maladie et la laïcisation des soins infirmiers – plus que le rapport Parent, qui a laïcisé l’école – qui ont fait s’effondrer l’Église au Québec.

Les téléthons organisés pour guérir des mala­des étaient presque une religion dans les années 1980 et 1990. En 2003, Jean Charest fit de «Notre priorité, c’est la santé» un mantra électoral efficace. Des médecins, ce nouveau clergé, dirigent maintenant le Québec. Jeanne Mance, qui avait à cœur de propager la foi autant que la santé, serait probablement déçue de voir que près de quatre siècles après elle, on a totalement détaché l’une de l’autre. Pendant longtemps, la grande fierté des familles, c’était qu’un de ses enfants devienne prêtre. Signe des temps, maintenant on veut des médecins!

Ce «portrait» de Jeanne Mance est imaginaire. Le dessinateur Aegidius Fauteux (1876-1941) n’a bien sûr jamais vu la fameuse grande dame.
Photo courtoisie des Archives municipales de Montréal
Ce «portrait» de Jeanne Mance est imaginaire. Le dessinateur Aegidius Fauteux (1876-1941) n’a bien sûr jamais vu la fameuse grande dame.

 

Ne négligeons pas l’importance de l’argent, même à cette époque de foi ardente où l’on se targuait souvent de mépriser les avoirs terrestres. Sans la donation de 20 000 livres de Mme de Bullion (bienfaitrice qui restait anonyme par modestie) pour fonder un hôpital à Ville-Marie, l’œuvre de Jeanne Mance n’aurait pas vu le jour.
Photo courtoisie des Archives municipales de Montréal
Ne négligeons pas l’importance de l’argent, même à cette époque de foi ardente où l’on se targuait souvent de mépriser les avoirs terrestres. Sans la donation de 20 000 livres de Mme de Bullion (bienfaitrice qui restait anonyme par modestie) pour fonder un hôpital à Ville-Marie, l’œuvre de Jeanne Mance n’aurait pas vu le jour.

 

Comme le montre cette carte de la ville de 1645 à 1652, le Montréal de l’époque de Jeanne Mance est beaucoup plus petit que la moyenne des villages amérindiens... Peu de municipalités aussi minuscules avaient leur propre hôpital: bien sûr, Jeanne Mance avait pour mission de soigner non seulement les habitants, mais quiconque se présentait, dont de très nombreux Amérindiens.
Photo courtoisie des Archives municipales de Montréal
Comme le montre cette carte de la ville de 1645 à 1652, le Montréal de l’époque de Jeanne Mance est beaucoup plus petit que la moyenne des villages amérindiens... Peu de municipalités aussi minuscules avaient leur propre hôpital: bien sûr, Jeanne Mance avait pour mission de soigner non seulement les habitants, mais quiconque se présentait, dont de très nombreux Amérindiens.

 

Les hommes et les femmes logeaient bien sûr dans des dortoirs différents, l’un consacré à saint Joseph et l’autre à sainte Marie.
Photo courtoisie des Archives municipales de Montréal
Les hommes et les femmes logeaient bien sûr dans des dortoirs différents, l’un consacré à saint Joseph et l’autre à sainte Marie.

 

- Avec la collaboration de Louis-Philippe Messier