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La radio de la gogauche

Encourager l’expression publique d’opinions différentes et divergentes constitue la seule garantie contre le totalitarisme

Jet Set.Déversement d'humoristes au Club Soda.
Ghyslain Lavoie

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Il m’arrive de me demander si les patrons d’Ici Radio-Canada Première écoutent la radio dont ils sont responsables? Savent-ils qu’un épais brouillard idéologique flotte dans les studios de la société d’État?

J’ai déjà promis à un collègue de ne plus utiliser l’expression gogauche parce que cela suggère le mépris. Je n’ai rien contre la gauche. Ou la droite. Ou le centre. Une société libre et intellectuellement agile dépend d’une multitude de points de vue et de débats vigoureux entre leurs défenseurs. Sinon, c’est le sur-place assuré.

Je dois briser ma promesse. Le mot gogauche décrit parfaitement les propos qui dominent présentement les ondes de Radio-Canada Première.

Opinions multiples svp

Encourager l’expression publique d’opinions différentes et divergentes constitue la seule garantie contre le totalitarisme. Qui d’autre qu’un diffuseur public pour faire cet important travail citoyen?

De plus, c’est la loi. La politique canadienne de radiodiffusion demande à Radio-Canada «dans la mesure du possible, d’offrir au public l’occasion de prendre connaissance d’opinions divergentes sur des sujets qui l’intéressent».

S’il ne s’agissait pas de la radio d’État, financée par nos impôts, je garderais cette réflexion pour mes soirées entre amis.

Les médias privés ont le droit de choisir une ligne éditoriale qui plaît à leurs cibles. La plupart se cantonnent au centre, sauf à Québec, où l’on aime des radios qui font bing bang boom. Rien de mal à cela.

D’où l’importance d’un diffuseur d’État pour niveler le terrain de l’information. Tous les Canadiens ont le droit de se reconnaître sur les ondes du diffuseur public. Tous les Canadiens devraient pouvoir trouver leur compte à Radio-Canada. Or, cette dernière, côté radio surtout, agit comme si elle était la voix officielle d’une gauche victimaire réprimée partout ailleurs.

Et parce que l’argent provient du Trésor public, et que les actionnaires – nous – ne sont pas trop regardants, elle vit dans le luxe même avec des cotes d’écoute faméliques.

Quelques exemples

Cette semaine, à Médium Large, tous les participants à une table ronde, dont l’humoriste Guillaume Wagner, le Mike Ward de la gogauche, sur la proposition de Martine Ouellet de nationaliser l’internet, étaient d’accord avec cette idée pour le moins extrême. Personne pour préciser qu’internet, c’est fédéral. Personne pour rappeler que de mettre un moyen de communication aussi puissant entre les mains de l’État nous placerait dans la même ligue que la Chine ou la Turquie.

Selon la chroniqueuse Aurélie Lanctôt, c’est une idée d’une «formidable audace» qui protégerait l’accès à internet.

À l’émission matinale, le nouveau chroniqueur Guillaume Wagner – encore lui – a décrété que les gens qui s’opposent au burkini sont des «jambons», se moquant au passage de «Nicole de Repentigny» – représentante du peuple idiot – non sans nous avoir d’abord parlé de ses problèmes de constipation matinale. Il a été chaudement applaudi par l’équipe.

Que dire de La soirée est encore jeune, ce cirque radiophonique du week-end où l’on vomit en direct sur tout ce qui est non conforme au catéchisme syndicalo-gauchiste? J’aurais presque peur d’aller m’asseoir dans la salle.

Depuis que j’ai été varlopée en ondes pour avoir dit que ce ne serait pas une bonne idée si tout le monde gagnait le même salaire – pas exactement une idée d’extrême droite –, je suis persona non grata à la radio de Radio-Canada. Être pigiste, c’est ça. Je ne me plains pas.

Je me désole seulement qu’une grande institution comme Radio-Canada choisisse de s’emprisonner dans une idéologie, cet espace mental sécuritaire où l’on se réfugie quand on a peur de penser par soi-même.

 

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