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Plusieurs patients ne viennent pas à leur premier rendez-vous

Les médecins déplorent la situation alors qu’on tente de réduire la liste d’attente

Doc de famille
Photo Héloïse Archambault Médecin de famille depuis trois ans, Marie-Ève Boulais déplore que des patients ne se présentent pas à leur rendez-vous, ce qui lui fait perdre un temps précieux qu’elle pourrait consacrer à d’autres patients.

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Alors que près d’un demi-million de Québécois sont inscrits au guichet d’attente pour avoir un médecin de famille, les omnipraticiens déplorent une hausse du nombre de nouveaux patients qui ne se présentent pas à leur premier rendez-vous.

On les appelle les no-show. Ils ont un rendez-vous avec un médecin de famille, mais ils ne s’y présentent pas. Et comme ils n’avertissent pas de leur absence, le médecin ne peut pas voir un autre malade.

Patients du guichet

«Il y a tellement de médecins qui m’en ont parlé récemment que je ne peux pas ignorer ça», réagit le Dr Louis Godin, président de la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec (FMOQ).

Voilà un certain temps que la FMOQ observe une hausse du nombre de no-show chez les nouveaux patients du Guichet d’accès à un médecin de famille (GAMF).

«Nous sommes très préoccupés par ce phénomène, qui est effectivement de plus en plus signalé par nos membres et qui semble s’être accentué», a récemment écrit le Dr Godin.

À Saint-Lambert, la Dre Marie-Ève Boulais estime qu’entre 7 et 10 % des gens font faux-bond sans prévenir. Et le taux augmente avec les nouveaux patients du Guichet.

«C’est une préoccupation, parce que ça représente une grande partie de nos rendez-vous. Ça nous fait perdre de la productivité et ça nous empêche de voir d’autres patients.»

Pourtant, elle assure que tout est en place pour permettre aux patients d’annuler à l’avance (courriel, boîte vocale).

«On fait de l’accès adapté, les rendez-vous sont donnés deux semaines d’avance.»

Évaluer l’ampleur du problème

Rappelons que les omnipraticiens se sont engagés à prendre en charge tous les Québécois d’ici 2018. En date du 29 août dernier, 494 913 patients attendaient au GAMF, indi­que le ministère de la Santé (MSSS).

«La pression est grande pour vider le Guichet, dit le Dr Godin. Mais quand vous avez un rendez-vous et que vous n’y allez pas, c’est clair que vous prenez la place de quel­qu’un d’autre. C’est une responsabilité partagée avec le patient.»

Pour l’instant, la FMOQ est incapable de mesurer l’ampleur du problème. Or, on souhaiterait justement créer un code d’acte pour compiler ces données à l’automne.

Par ailleurs, la FMOQ assure que l’objectif n’est pas de compenser la perte financière des médecins. «Le but n’est pas de blâmer les gens non plus. Mais on veut voir s’il y a vraiment un problème et quelle est son ampleur», dit le Dr Godin.

Le MSSS ne détient aucune statistique sur les no-show. À l’automne, le GAMF ajoutera la catégorie «refus du patient» pour ceux qui ne se présentent pas à leur premier rendez-vous. Ils seront alors remis sur la liste d’attente.

Le médecin peut facturer l’annulation 

Les médecins de famil­le peuvent facturer des frais aux patients qui n’annulent pas leur rendez-vous à l’avance, mais plusieurs n’osent pas le faire.

«Comme médecin, ça colore assez mal la relation avec le patient. Ça ne vaut pas la peine de facturer et d’avoir des problè­mes», dit le Dr Pierre-François Gladu, qui pense que peu d’omnipraticiens appliquent cette option.

«J’ai un certain malai­se, avoue aussi la Dre Josée Bouchard, qui travaille à Pohénégamook. Les gens savent que le système de santé est gratuit. Moindrement qu’on leur charge des frais, ce n’est pas évident.»

Facturer 30 $ ?

La Fédération des médecins omnipraticiens du Québec (FMOQ) suggère aux médecins un tarif de 30 $ pour les patients qui ne respectent pas leur rendez-vous.

Or, on explique que le patient doit avoir été informé de la politique et du montant, et qu’il faut permet­tre l’annulation à 24 heures d’avis.

Les cas d’urgence majeure doivent aussi être exemptés du paiement.

De son côté, la Dre Bouchard avertit les patients à deux reprises avant de penser à facturer des frais d’annulation.

De toute façon, les patients ne paient souvent pas la facture.

«En général, on les avise et ils comprennent», dit-elle.

Elle estime que, chaque jour, au moins un patient ne se présente pas à son rendez-vous sans l’avoir annulé.