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L’ÉTS interdit l’alcool pour ses activités d’initiations

Une étudiante avait été harcelée sexuellement lors des initiations de l’an dernier

Félix-Antoine Tremblay, étudiant à l’ÉTS et ex-membre de l’association étudiante, ne participe pas aux initiations en raison de la culture de consommation d’alcool et des chansons qui encouragent le viol.
photo Dominique scali Félix-Antoine Tremblay, étudiant à l’ÉTS et ex-membre de l’association étudiante, ne participe pas aux initiations en raison de la culture de consommation d’alcool et des chansons qui encouragent le viol.

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Après qu’une étudiante de l’École de technologie supérieure eut dénoncé le harcèlement sexuel subi lors des initiations en 2015, l’établissement devient la première université montréalaise à interdire l’alcool lors de ses activités d’intégration.

La direction de l’École de technologie supérieure (ÉTS) a confirmé au Journal qu’elle voulait revoir en profondeur ses activités pour la rentrée 2017 et que d’ici là, les initiations se feront à sec. 

L’école interdit donc la vente et la consommation d’alcool pour les Olympiades prévues demain au parc Jean-Drapeau. L’ÉTS se dissocie aussi du Rallye des bars et a interdit que la soirée Rock and Dance se tienne sur le campus.

L’an dernier, au cours des Olympiades, une étudiante avait été victime de harcèlement sexuel. En mai, Kimberley Marin avait expliqué au Devoir que cinq garçons l’avaient immobilisée. «Je me débattais, mais ils ont déchiré mon t-shirt et arraché ma jupe. Je me suis ramassée avec le bikini à moitié baissé, la craque de fesses à l’air, et ils sont tous partis en courant en trouvant ça drôle», disait-elle. L’étudiante avait porté plainte, mais disait ne pas avoir été prise au sérieux par l’université. Elle n’a pas rappelé le Journal, hier.

Responsabilités

«L’École s’est traîné les pieds, mais aujourd’hui elle prend ses responsabilités», a estimé François Brissette, le président de l’Association des professeurs de l’ÉTS. 

«Nous savons que la surconsommation d’alcool peut engendrer des comportements répréhensibles, comme ceux qui se sont produits effectivement aux Olympiades organisées par les étudiants en septembre 2015, où l’événement malheureux est arrivé», expliqué Antoine Landry, directeur des communications.

«Comme nous n’avons pas eu l’assurance de l’Association étudiante qu’un contrôle adéquat serait mis en place [cette année], nous avons pris cette décision de ne pas faire de demande de permis d’alcool [pour les activités prévues]», a-t-il ajouté.

Grogne étudiante

L’Association étudiante n’a pas voulu commenter. Elle a annoncé sur sa page Facebook hier que les activités étaient remplacées par une seule soirée dans un bar du centre-ville de Motnréal ce soir.

«Il y a une partie de la communauté étudiante qui est extrêmement en colère par rapport à la décision de la direction. Ça les fâche», a expliqué l’étudiant en génie construction Félix-Antoine Tremblay et ex-exécutant à l’Association étudiante.

— Avec la collaboration de Dominique Scali

 

Moins d’alcool et plus de sensibilisation

 

Plus que jamais, les universités québécoises disent avoir à cœur de sensibiliser les étudiants face à l’abus d’alcool lors des initiations et au harcèlement sexuel.

À l’Université McGill cette année, il n’y a plus de large tente vendant de la bière sur le campus lors des activités d’intégration.

«On s’en va vers des initiations sans alcool sur le campus», dit Christopher Buddle, doyen aux affaires étudiantes à McGill. Nous avons aussi décidé d’être proactifs contre la violence sexuelle.»

 Ainsi tous les étudiants ont visionné une vidéo sur le consentement lors de la journée d’orientation. Les représentants des associations ont aussi reçu une formation pour savoir comment intervenir auprès des victimes.

«Sans oui, c’est non»

 Au cours des quatre dernières années, les universités ont instauré des formations obligatoires pour les associations sur l’encadrement des initiations avec un volet sur le harcèlement sexuel.

«Il y a un vaste mouvement de sensibilisation qui s’est installé depuis peu dans les universités au Québec et au Canada. Par exemple, la campagne québécoise «Sans oui, c’est non» soutenue par l’ÉTS et par la grande majorité des universités québécoises», a précisé Antoine Landry, directeur des communications à l’ÉTS.

 C’est le cas pour HEC, l’UQAM, l’UdeM, Concordia, McGill et l’Université Laval, notamment. Il est même obligatoire cette année pour les associations de cette dernière université de parler de la campagne «Sans oui, c’est non» pendant les initiations.

Problème plus profond

 Mais aucune n’a été aussi loin que l’ÉTS en interdisant l’alcool. 

Si plusieurs étudiants ont salué sur les réseaux sociaux la décision de l’École de technologie supérieure, certains ont toutefois souligné que l’interdiction ne s’attaquait pas à la racine du problème concernant le harcèlement sexuel.

«Ça ne règle pas vraiment le problème. S’il y a une fête ailleurs [que sur le campus], où beaucoup plus d’alcool est consommé...[...] s’il y a un nouveau scandale, ce sera uniquement la faute de l’Association étudiante [et non de la direction]» illustre Félix-Antoine Tremblay, ancien exécutant à l’Association étudiante de l’ÉTS.

— Avec la collaboration de Dominique Scali

 

L’ÉTS en chiffres

  • 10 600 étudiants
  • Environ 15 % d'étudiantes
  • Un ingénieur sur 4 au Québec obtient son diplôme de l’ÉTS
  • Plus de 2000 nouveaux étudiants font leur rentrée cette semaine
  • 164 professeurs et 36 maîtres d’enseignement
  • 20 000 diplômés depuis 1974
Source : ÉTS