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Entente de dernière minute entre Québec et Uber

Une entente de principe a été conclue tard hier soir pour un projet pilote d’un an

GEN-UBER
Photo d’archives Jean-Nicolas Guillemette, d’Uber Québec, avait déjà déclaré que l’obligation d’avoir un permis de taxi signerait la mort d’Uber dans la province.

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Annabelle Blais et Charles Lecavalier
Le Journal de Montréal et le Bureau parlementaire

 

Une entente est finalement survenue entre Uber et le gouvernement du Québec, peu avant minuit. Jusqu’à tard hier soir, des chauffeurs se sont fait un sang d’encre, craignant de perdre leur emploi.

«Si je perds ce travail, je vais être obligé de déménager à Toronto», soupire Arif, un homme qui travaille jusqu’à 60 heures par semaine comme chauffeur UberX depuis 6 mois.

Le gouvernement de Philippe Couillard et Uber avaient jusqu’à minuit pour s’entendre sur un projet de loi qui permettrait à l’entreprise d’offrir ses services tout en respectant certaines conditions.

Hier soir, les usagers d’Uber ont reçu un courriel les informant que les services seraient suspendus à 11 h 59, à défaut d’une entente.

Vers 00 h 15, le gouvernement et Uber ont confirmé être arrivés à une entente. Davantage de détails seront connus dans les prochaines heures, mais le ministre des Transports Laurent Lessard a confirmé que l’entente respectait les principes et valeurs du gouvernement.

«Ça maintient aussi le principe québécois avec un seul type de permis et ça répond à l’équilibre fragile avec les détenteurs de permis», a-t-il dit.

Le projet pilote sera d’une durée d’un an. Les arriérés de taxes d'Uber ne sont pas inclus dans l'entente. Uber ne payait pas de TVQ et TPS avant cette entente.

Un conseil de ministres se réunira aujourd’hui pour entériner l’accord.

Uber poursuivra donc ses activités. «Dans les jours à venir, nous serons plus aptes à comprendre les impacts de ce projet pilote sur les utilisateurs, les partenaires-chauffeurs et le transport dans nos villes», a déclaré le responsable des communications de l’entreprise, Jean-Christophe de Le Rue.

Chauffeurs inquiets

Pendant ce temps, Arif attendait avec anxiété de savoir s’il allait devoir se chercher un emploi. Ce père de deux enfants travaillait comme livreur il y a six mois. Mais après une blessure, il s’est retrouvé sans emploi.

À 50 ans, les emplois ne pleuvent pas. «Je n’avais pas l’argent pour acheter un permis de taxi, mais en quelques jours j’ai pu travailler pour Uber. Ça m’a sauvé la vie», dit-il.

Farid, un autre chauffeur d’UberX, se trouvait aussi en situation de crise et avait un besoin urgent d’argent.

«J’avais une entreprise qui n’a pas marché, dit cet ingénieur informatique de 36 ans. Il fallait que je trouve quelque chose vite.»

Le Regroupement des propriétaires de taxi (RPTM) attendait toujours hier soir de connaître les conditions accordées à Uber. Il exigeait que le gouvernement impose les mêmes règles de l’industrie du taxi aux chauffeurs d’Uber.

«Nous n’accepterons rien de moins, on est à bout et il n’y a pas de limite à ce qu’on est prêt à faire», a affirmé le président du RPTM Max-Louis Rosalbert avant d’ajouter qu’un mouvement de grève n’est pas exclu.

 

Deux ans de lutte pour le service controversé

Octobre 2014 : Lancement d’Uber à Montréal. L’entreprise offre alors un prix de base plus une tarification à la minute ou au kilomètre, le tout en deçà du tarif des taxis réguliers.

Mars 2015 : Des chauffeurs de taxi lancent une escouade «anti-Uber», qui consiste à commander une voiture Uber, à piéger son chauffeur et à le dénoncer à la police.

14 mai 2015 : Revenu Québec perquisitionne au siège social d’Uber Canada, à Montréal, afin de s’assurer que l’ensemble des lois fiscales ont été respectées.

Août 2015 : Uber offre de verser au gouvernement une taxe de 10 cents la course afin de légaliser ses activités au Québec.

Novembre 2015 : Uber étend son service à Laval et à Longueuil.

Décembre 2015 : Des clients font les frais des tarifs majorés du service Uber lors du jour de l’An.

Février 2016 : Manifestations et blocus des chauffeurs et propriétaires de taxi contre Uber à l’aéroport Pierre-Elliott-Trudeau et au centre-ville de Montréal.

18 février : Début des consultations de la commission parlementaire sur l’industrie du taxi, Uber témoigne et refuse de suspendre son service de taxi.

Avril 2016 : Uber demande à ses clients d’interpeller leurs députés en leur envoyant un courriel intitulé «Sauvons Uber au Québec». L’entreprise lance également une offensive publicitaire contre Québec, et spécifiquement son ancien ministre des Transports, Jacques Daoust.

12 mai 2016 : L’ex-ministre des Transports Jacques Daoust dépose son projet de loi 100 qui interdit le modèle Uber.

10 juin 2016 : La loi 100 est adoptée, le gouvernement donne un sursis de 90 jours à Uber pour lui soumettre un projet pilote.

9 sept. 2016 : Entente de dernière minute entre Québec et Uber, qui donne un répit à l’entreprise.