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Souriant dans l’épreuve

Atteint d’un cancer incurable, le lutteur Frenchy Martin conserve sa joie de vivre

Frenchy Martin
Photo jonathan guay

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QUÉBEC | Il y a eu Mad Dog Vachon, Jacques Rougeau, mais les partisans les plus invétérés de lutte québécoise se souviendront de Frenchy Martin, qui a connu une brillante carrière dans les années 1970 et 1980. Âgé de 66 ans, celui-ci est de retour pour une dernière fois dans le ring pour y affronter l’adversaire le plus coriace de sa vie.

Au cours de sa carrière de 20 ans dans les cordes, Martin a pratiqué un sport où le résultat était connu d’avance. À l’instar de la lutte, l’issu du combat qu’il mène depuis plus d’un an contre un cancer généralisé des os et de la vessie est sans équivoque: il ne lui reste que quelques semaines à vivre.

«C’est un scénario que je connais bien, explique l’homme né Jean Gagné à la Maison Michel-Sarazin, à Québec, un centre hospitalier qui offre gratuitement des soins aux personnes en fin de vie. En connaissant le résultat d’avance, c’est plus facile à vivre.»

Sur le plan physique, l’homme est ravagé par la maladie: ses articulations lui font mal, l’eau s’accumule dans ses poumons et la liste continue. Mais personne ne pourra lui décrocher le sourire qu’il affiche fièrement sur son visage.

«J’ai mené une vie extraordinaire, reconnaît-il, très serein face à son sort. Je suis fier d’avoir réussi dans le monde de la lutte. Je ne suis pas plus brave qu’un autre, mais je n’ai pas peur de la mort. J’accepte le résultat. »

Débuts professionnels

Travaillant comme portier dans les bars de Montréal à barioler les plus tannants, Martin est tombé en amour avec la lutte par pur hasard.

«Michel Martel, le frère de Ricky, m’a demandé d’essayer la lutte, se souvient cet aîné d’une famille de cinq enfants. Il voulait que j’aille à Calgary pour tenter ma chance et prendre du galon. Je ne comprenais rien de ce qu’il me disait, mais je lui ai dit oui.»

La piqure fut, comment dire... à retardement?

Frenchy Martin
Photo Courtoisie Danielle Aubut

«Après mon premier combat dans la Stampede Wrestling, Stu Hart – propriétaire de la fédération et le père de Bret – m’a dit: ’’j’en ai vu des verts dans ma vie, mais toi tu es plus vert que les autres’’. Et c’est comme ça que ma carrière a débuté!»

Le natif du quartier Saint-Roch dans la basse-ville de Québec possède plus d’une vingtaine de ceintures de championnat dans sa garde-robe, dont trois réservées au champion nord-américain.

Il a pris sa retraite de la WWF en 1990 à la suite d’une crise cardiaque.

Outre-mer

Martin a rapidement compris le sens de l’expression «Nul n’est prophète dans son pays».

De Porto Rico jusqu’au Japon, en passant par la Nouvelle-Zélande et plusieurs pays européens, ce dernier s’est fait brasser dans les cordages aux quatre coins du globe.

«Quand je revenais à Montréal, je n’étais plus un gars de la ville. J’étais un gars de l’extérieur», indique-t-il.

Frenchy Martin
Photo Courtoisie Danielle Aubut

C’est d’ailleurs à Porto Rico qu’il a établi pignon sur rue et qu’il a trouvé l’amour de sa vie.

«Elle ne parlait pas anglais et moi je ne parlais pas espagnol, se souvient-il. Ça allait bien! Son père nous accompagnait quand on allait manger au restaurant.»

De cette union, deux enfants et trois petits-enfants ont vu le jour.

«J’ai une fille de 35 ans, Lisa-Michelle, qui est coiffeuse à Porto Rico. J’ai également un garçon plus jeune, Jean-Joseph, qui habite à Salt Lake City, aux États-Unis.

«J’aimais bien le nom de Jean-Joseph à l’époque, mais je réalise aujourd’hui que c’est vraiment laid, alors on l’appelle ‘’JJ’’!», souligne celui qui n’a rien perdu de son humour.

Martin et sa femme ont été unis pendant 25 ans par les liens du mariage, avant que celle-ci meure d’un cancer généralisé il y a quelques années.

Héritage

Tout au long de l’entretien d’une heure avec le représentant du Journal, Martin n’a pas écrasé une seule larme du doigt.

Son sourire et ses nombreuses blagues ont fait oublier l’instant d’un moment que la vie a un début, mais également une fin.

«Je veux que les gens se souviennent d’un gars qui était souriant. C’est tout. J’ai toujours souri et pourtant, je jouais le méchant!», a-t-il conclut, avec le sourire.

L’histoire derrière Frenchy Martin

Jean Gagné a essayé quelques noms de ring avant de trouver celui qui allait lui coller à la peau.

S’il a brouetté des adversaires sous Don Gagné, Destroyer, Mad Dog Martin et on en passe, c’est sous le nom de Frenchy Martin que Jean Gagné s’est véritablement fait connaître.

C’est d’ailleurs à Édouard Carpentier, ­célèbre lutteur français bien connu du ­peuple québécois dans les années 1950 et 1960, qu’il doit ce pseudonyme.

Frenchy Martin
Photo Courtoisie Danielle Aubut

«C’était un dimanche matin à Sherbrooke, se souvient Martin. Dans ce temps-là, c’était la messe ou la lutte. Il manquait un gars pour un combat. Je venais tout juste de me battre et j’avais dit à Carpentier que ça ne me dérangeait pas d’y retourner.»

Surnommé Destroyer à ce moment-là, Martin se couvrait le visage d’un masque, car il ne se trouvait pas assez bon pour ­lutter.

«C’est toi qui vas faire le combat, lui dit alors Carpentier. Avec ton béret, tu as l’air d’un frenchie, alors ce sera... Frenchy ­Martin. Voilà! Ton nom sera Frenchy Martin, de Moncton, au Nouveau-Brunswick.»

«Ce nom ne m’a jamais quitté», confirme le Québécois.

Souvenir

Dans ses plus hauts faits d’armes, Frenchy Martin n’oubliera jamais son affrontement contre le célèbre Ric Flair.

«Flair s’en venait à Porto Rico pour le championnat de la NWA. J’étais une vedette locale et on voulait que ce soit moi qui affronte Flair. Disons que j’ai dû me mettre en forme.

«Ma femme a embarqué dans l’effervescence du combat en disant aux autres que je regardais des vidéos de lui pour me préparer, ce qui n’était pas vrai du tout! Mais c’était bon pour le spectacle.

«On s’est battus pendant 60 minutes devant 22 000 personnes. C’était incroyable!»