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Comment le Parti libéral jette les enfants par les fenêtres

Comment le Parti libéral jette les enfants par les fenêtres

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Quand ma deuxième a eu neuf mois, j’ai visité une garderie privée. Bas-de-gamme. Les enfants y étaient installés devant le canal Disney dans la moiteur d’un sous-sol mal éclairé. La gardienne a essayé de me les présenter mais elle ne se souvenait pas de tous les prénoms.

Ça ne coûtait pas cher la journée. Un excellent exemple de bonne gestion, dirait le Parti libéral.

Un CPE est incapable d’accoter ce coût-là, mais il n’y a rien à comparer : les éducatrices en CPE ne sont pas des gardiennes. Disons qu’il y a autant de différence entre une éducatrice et une gardienne qu’entre un prof d’astrophysique et un surveillant de classe.

Quand un enfant va au CPE, son destin change, carrément. Normal : il y passe le tiers de son temps d’éveil à évoluer avec une experte du développement des enfants en bas âge. À l’inverse, parmi les enfants issus de milieux difficiles, ceux qui n’ont pas fréquenté de CPE sont trois fois plus nombreux à arriver à l’école avec un retard de développement.

Trois fois plus nombreux. Plein de précieuses petites vies au creux de cette statistique.

Pourquoi? Parce que, les psys le disent, presque tout se joue avant 6 ans. Plus direct encore : 90% du développement cérébral se fait avant 3 ans. Le gros problème, ce n’est donc pas que les CPE coûtent plus cher que les garderies privées. C’est qu’il n’y en a pas assez pour tout le monde.

Périodes sensibles du développement précoce de l'enfant
Comment le Parti libéral jette les enfants par les fenêtres

« Non, dit le Parti libéral, il faut enlever nos lunettes roses, on n’a plus les moyens de jeter cet argent-là par les fenêtres. »

Le Parti vient de couper encore un gros chunk dans les CPE. Puis, très heureux d’avoir trouvé plus cheap, il pousse tout le monde vers le privé.

Tes économistes ne te l’ont pas dit, cher Parti libéral, que chaque piasse investie dans les CPE nous en sauvait huit ? Huit dollars qu’on n’aura pas à payer plus tard pour ramancher ceux qui auront poussé tout croche ? C’est un prix Nobel d’économie qui le dit.

On parle d’un retour d’investissement de 800%, là.

Est-ce qu’elle nous coûte 800% d’intérêts, la dette, Parti libéral ?

« J’ai rien entendu! dit le Parti en se bouchant les oreilles et en chantant nanananana. Garderies privées, ne faites pas d'efforts inutiles : gardez les enfants à l’intérieur tout l’hiver. Laissez la petite insécure brailler toute la journée parce que vous ne comprenez pas c’est quoi son os**&? de problème, parce que vous n’êtes pas outillées pour savoir quoi faire avec ça. Le seul truc qui compte, c’est que ça ne coûte à peu près rien. Ok? »

Des garderies-Dollarama. C’est ça qui le fait triper, le Parti libéral. Même si le taux d’insatisfaction y est neuf fois plus élevé qu’en CPE. Même si elles reçoivent trois fois plus de plaintes. Pas grave si c’est de la scrape qui sort du Dollarama. On n’aura pas le temps de s’en rendre compte avant la prochaine élection.

Pendant ce temps-là, le monde entier vante nos CPE et leur succès. Le monde entier ne sait pas que le Parti s’en fout, qu’il ne change pas d’idée, qu’il est bocké comme un enfant dans son terrible two qui ne veut pas se rendre à l’évidence. (Le Parti aurait dû fréquenter un CPE dans sa tendre enfance. Les éducatrices l’auraient réchappé, c’est sûr. Aujourd’hui, il est trop tard : il a poussé tout croche et il coûte très cher à la société.)

Une gang de parents de Québec ont créé un groupe, « Parents mobilisés pour leur CPE », dont le nombre grossit. Rien pour faire s’exciter les médias, mais ils s'en foutent : les braises sont bien là. Samedi, ils pique-niqueront au parc Durocher. Des citoyens ordinaires sortiront de leur quotidien, de leur gros jus constant de parents qui travaillent, pour se demander ensemble comment sauver ce réseau des CPE qui faisait des jaloux dans le monde entier.

Des gens ordinaires, qui n’aiment pas qu’on gaspille à la pelletée des petits humains en chair et en os, ceux-là mêmes dont on aura besoin lorsqu’on sera des vieux ploucs pus capables de se faire une omelette.