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Le retour de Tonino Benacquista

Le retour de Tonino Benacquista
photo courtoisie

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Un roman que nous espérions depuis un bon moment, l’écrivain français Tonino Benacquista ayant toujours eu le tour de nous surprendre et de nous amuser. Eh oui, il y est encore parvenu!

Cinq ans avant de pouvoir lire un nouveau roman de Tonino Benacquista, c’est long. D’accord, il nous a entre-temps offert Nos gloires secrètes, un recueil de nouvelles qui a été salué par l’Académie française, et, en 2013, le réalisateur Luc Besson a eu l’excellente idée d’adapter Malavita au grand écran. Ce qui nous a plus ou moins aidés à prendre notre mal en patience... en attendant que ce petit génie des lettres françaises revienne enfin à ses anciennes amours en signant un récit aussi truculent que Trois carrés rouges sur fond noir, La Commedia des ratés, Saga ou Quelqu’un d’autre.

«Moi, je travaille la fiction depuis 30 ans, explique l’écrivain, que nous avons eu la chance de joindre au téléphone juste avant la folie de la rentrée littéraire. Toutes sortes de situations me viennent donc régulièrement à l’esprit et, de temps à autre, je me dis que l’une d’elles gagnerait à être racontée sur 300 pages. L’histoire de ce couple ­maudit, par exemple...»

Une histoire d’amour totalement hors-norme qui, après près de 30 mois de gestation, finira par donner naissance à Romanesque.

Les fruits de la passion

Dans ce 11e roman, qui n’a vraiment rien à voir avec tout ce qu’il a écrit jusqu’à présent, Tonino Benacquista met en scène des amants d’origine française poursuivis par toutes les polices. Non pas à cause d’une série de meurtres particulièrement sordides ou d’une éventuelle filiation avec la mafia, mais à cause de ce qu’ils sont. Des électrons libres liés à la vie à la mort par leurs atomes ­crochus.

Après avoir réussi on ne sait comment à traverser l’Atlantique, ils échoueront à Chicago, où ils ne pourront résister à la tentation d’acheter deux billets pour voir incognito Les mariés malgré eux, une pièce de théâtre créée à Londres en 1721, basée sur des faits réels: à l’instar d’Héloïse et d’Abélard, qui ont eu la malchance de venir au monde et de s’aimer au tournant du 12e siècle, les gueux de cette tragédie ne tarderont pas à connaître le véritable enfer sur Terre.

Pauvres comme Job, le braconnier et la cueilleuse de fruits de cette pièce possèdent en effet une chose qui n’a pas de prix et qui fera rapidement l’envie des plus hauts dignitaires de France: une passion apparemment sans bornes que même les médecins du roi ou les meilleurs spécialistes de l’occulte ne sauront expliquer. Résultat? Les amants seront tour à tour mariés de force et maudits par la communauté, l’officialisation de leur union n’ayant pas su refroidir leurs ardeurs.

«Ces deux individus vont affronter le monde, précise Tonino Benacquista. Ou plu­tôt, c’est le monde qui va les affronter en les empêchant en permanence de vivre la suite de leur histoire et de les laisser s’installer ensemble quelque part. Ce couple, qui en est resté au coup de foudre, n’a pas vécu, n’a pas sombré dans le quotidien, et c’est ce qui lui donnera une certaine force.»

De la réalité au mythe

Avec Romanesque, Tonino Benacquista a surtout tenu à raconter la façon dont les légendes se fabriquent, la façon dont certaines histoires peuvent marquer les consciences et réussir à traverser les siècles. «Comprendre comment elles parviennent jusqu’à nous, découvrir à partir de quel moment elles trouvent leur juste forme, ça m’a toujours fasciné, poursuit l’écrivain. Les amants de Romanesque ne sont pas caractérisés, ils n’ont pas de nom. Ils se rencontrent, sont subjugués et leur histoire commence. Elle va ensuite être racontée un peu partout et elle finira par devenir légendaire lorsqu’elle sera polie par les années, les traditions et l’écriture. Ce qui m’amusait, c’est que quelque chose de l’ordre du fait divers, de l’anecdote, puisse devenir plus tard une légende.»

Tonino Benacquista se défend toutefois d’avoir voulu dénoncer quoi que ce soit avec ce livre – on songe notamment à l’emprise de la religion ou à l’intolérance face à la différence.

«Je suis auteur de romans, je n’ai pas de thèse, pas de démonstration à faire, ­affirme-t-il. Sinon j’utiliserais l’essai. Chaque lecteur s’empare de l’histoire et l’interprète avec son propre vécu, ses propres idéaux. Je n’ai donc pas de morale ni d’idées à faire passer. Et s’il y en a, c’est au lecteur de les trouver...»

Romanesque
Tonino Benacquista, aux
Éditions Gallimard,
 240 pages
photo courtoisie
Romanesque Tonino Benacquista, aux Éditions Gallimard, 240 pages