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Ni Ricardo ni Elle à Table n’ont à s’excuser

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Si je m’appelais Ricardo Larrivée, je serais drôlement heureux de l’article que vient de publier le magazine français ELLE à Table. Et si j’étais l’éditeur du magazine, je me frotterais les mains d’aise devant la publicité gratuite que me font, au Québec, des animateurs en mal de transformer en scandale ou en affaire d’État la moindre peccadille. Hier matin, à la première chaîne de Radio-Canada, toute l’équipe du si sérieux Alain Gravel était à pied d’œuvre pour retrouver Julien Bouré, ce journaliste français qui signe un portrait assez lyrique de Ricardo, notre vedette du fourneau.

Il n’y a pourtant pas de quoi fouetter un chat dans cet article écrit à l’occasion du lancement en France du livre de recettes Ricardo, un Québécois dans votre cuisine! par les Éditions Larousse. L’article brosse de Ricardo un portrait flatteur. Un portrait qu’il mérite bien. À force de bras et de sueurs, d’audace et de sourires, d’idées géniales, et parfois saugrenues, notre cuisinier le plus connu a fini par monter un petit empire culinaire dont le rayonnement ne cesse de s’étendre.

Quelques phrases un peu outrancières et plutôt amusantes ont suffi pour que montent au créneau des animateurs et des journalistes québécois qui souffrent encore de notre vieux syndrome de colonisés. Est-ce si offensant qu’un magazine parle de notre «vénération» pour les parties de sucre? C’est vrai qu’on n’y «sacrifie» pas de cochons à l’instar des musulmans orthodoxes qui égorgent des moutons pour la fête d’Aïd al-Kébir, comme le laisse entendre Julien Bouré, mais on ne s’empiffre pas moins joyeusement d’oreilles de crisse et de fèves au lard.

MA CABANE AU CANADA

Loin de m’insurger de cet article de Bouré pour lequel il n’avait pas à s’excuser, je trouve que l’article en fait plus pour attirer la curiosité des lecteurs pour le Québec que la plupart de nos encarts publicitaires. Il faut connaître l’avidité des Français pour nos grands espaces. Eux qui ont le sentiment de vivre dans un pays étriqué, vieillot et conformiste sont fascinés par la simple évocation de nos immenses forêts, de notre parler pittoresque, «qui francise tout», et par une joie de vivre qui a depuis longtemps disparu dans leur pays.

Ce n’est pas avec nos rues trouées et cabossées, nos interminables processions de cônes orange, notre urbanisme déficient, notre signalisation aberrante, notre patrimoine négligé et nos débats constitutionnels ennuyeux qu’on peut attirer les étrangers. Qu’on aime ça ou non, les traîneaux à chiens, les baleines et les cabanes en bois rond feront encore longtemps vibrer une corde sensible chez les Européens, les Français en particulier.

NOTRE JOIE DE VIVRE

Cette année, les chiffres préliminaires le confirment, le Québec enregistre une augmentation substantielle du nombre de touristes. Nos multiples festivals y sont pour beaucoup, mais sûrement pas plus, j’en suis certain, que notre joie de vivre, notre spontanéité, notre sens de l’accueil et notre cuisine de plus en plus remarquable jusque dans les coins les plus reculés du Québec.

Il n’y a rien d’outrancier à ce que l’article d’ELLE à Table qualifie Ricardo «de meilleur émissaire de l’art de vivre québécois». Cet habile cuisinier, qui n’a pas la prétention de quelques-uns de nos chefs, incarne à merveille toutes les qualités que je viens d’énumérer. Ce sont ces qualités qui attirent les touristes et ce sont d’elles qu’ils parleront au retour dans leurs pays.

TÉLÉPENSÉE DU JOUR

Le maire Jean Tremblay, du Saguenay, ne craint pas l’UPAC, mais seulement Dieu.