/entertainment/music
Navigation

Cri d’alarme de l’ADISQ

L'industrie du disque menacée par la montée du streaming

Coup d'oeil sur cet article

La montée en flèche des services d’écoute en continu (streaming) comme Spotify nuit à l’industrie de la musique d’ici. Parce que les revenus des artisans québécois ne cessent de diminuer, l’ADISQ demande au gouvernement d’agir. «C’est une situation très préoccupante», dit Solange Drouin, directrice générale de l’ADISQ.

Les musiciens québécois ont déjà connu des jours plus heureux. Alors qu’on parle depuis des années de la baisse des ventes d’albums, les ventes numériques ont elles aussi connu une importante descente.

Durant les six premiers mois de 2016, les ventes numériques ont diminué de 26 %. Les ventes d’albums physiques ont aussi baissé de 19 %. «En 25 ans d’ADISQ, je n’ai jamais vu ça», affirme Solange Drouin.

Solange Drouin, directrice générale de l’ADISQ
Photo Agence QMI, Ben Pelosse
Solange Drouin, directrice générale de l’ADISQ

Comment expliquer de tels chiffres? L’écoute en continu (streaming) ne cesse de prendre du terrain.

L’an dernier, ce sont 32 % des Québécois qui ont utilisé un service d’écoute en continu, une hausse de 7 % par rapport à 2014.

Mais alors que le consommateur a bonne conscience en utilisant des services légaux comme Spotify ou Apple Music, les créateurs de contenu, eux, voient leurs revenus fondre comme neige au soleil.

Moins d’albums produits

Ainsi, pour qu’une chanson d’un artiste québécois rapporte 1000 $, il fallait auparavant qu’elle soit vendue 1613 fois sur iTunes.

Avec le streaming, pour atteindre 1000 $, la même chanson devra être jouée près d’un million de fois sur YouTube ou 830 000 fois sur Spotify!

La crise que vit actuellement l’industrie musicale est plus importante que celle du téléchargement illégal, qui avait fait fureur au début des années 2000.

«À l’époque du piratage, il y avait encore des revenus. Depuis 10 ans, il y a eu plus de 60 % de pertes de revenus dans les poches de l’artiste et du producteur», indique Claude Larivée, président de l’ADISQ.

Claude Larivée, président de l’ADISQ
Photo Ben Pelosse
Claude Larivée, président de l’ADISQ

Les pertes de revenus pourraient entraîner une diminution du nombre d’albums produits au Québec, dans un futur très rapproché.

«Il y a cinq ans, un artiste qui avait un hit, qui était diffusé à la radio et qui remplissait ses salles pouvait avoir un disque d’or [40 000 albums vendus], mentionne Claude Larivée. Aujourd’hui, le même album va vendre 15 000 exemplaires. En ajoutant les revenus d’écoute en continu, on n’arrive même pas à rembourser les frais de production d’un album de qualité.»

Pistes de solutions

Jeudi prochain, l’ADISQ tiendra une conférence de presse où elle présentera des pistes de solutions pour régler cette situation problématique.

«Nous avons un plan d’action qui vise entre autres le gouvernement du Québec, dit Solange Drouin. Nous allons demander des sommes supplémentaires. Au fédéral, on sent qu’on a une bonne écoute. Madame Joly, il y a des choses qu’elle peut faire avec la loi sur le droit d’auteur.»

Pour qu'une chanson rapporte 1000$ au Québec, elle doit :

  • Être vendue 1613 fois sur iTunes
  • Être jouée près de 170 000 fois sur Spotify payant
  • Être jouée près d’un million fois sur YouTube
  • Dans l’industrie du disque, les artistes et producteurs ont perdu plus de 60 % de revenus depuis dix ans.
  • Pour les six premiers mois de 2016, les ventes numériques d’albums ont descendu de 26 %. Les ventes physiques ont diminué de 19 %.

Sources : Fast Company et ADISQ

La popularité du streaming aux États-Unis

  • En date du 30 juin 2015, 36 % des ventes de musique provenaient du streaming, une hausse de 20 % par rapport à l’année précédente.
  • Les ventes d’albums représentent 26 % et les ventes numériques s’élèvent à 20 %.
  • À lui seul, l’album de Drake, Views, a enregistré deux milliards d’écoutes en continu (streaming).
  • L’album de Chance the Rapper, Coloring Book, est devenu le premier disque uniquement disponible en écoute en continu à se retrouver dans le palmarès.
  • Les amateurs qui paient des abonnements mensuels de 10 $ pour des plateformes comme Spotify et Apple Music écoutent de la musique en moyenne 27 heures par semaine. C’est plus que le double d’heures d’écoute des consommateurs qui n’utilisent pas le streaming.
  • En ce moment, entre 15 et 16 millions de consommateurs américains ont des abonnements payants. Des projections estiment que ce chiffre pourrait bientôt atteindre de 50 à 60 millions d’abonnés.

Source : The Wall Street Journal

Ce qu’ils ont dit

  • « On refuse d’être sur des plateformes comme Spotify et Apple Music. Les redevances sont faméliques. [...] Je me joins à l’ADISQ pour passer cet appel à la volonté et au courage politique. » – Jérôme Dupras (Cowboys Fringants)
  • « Depuis le jour 1, je suis contre. Et je le serai tant et aussi longtemps que les artistes et les artisans ne seront pas rémunérés équitablement. Pour l’instant, je refuse que mes produits s’y retrouvent, parce que c’est complètement ridicule. » – Mario Pelchat
  • « J’en suis très détaché. Je ne suis pas allé sur Spotify une seule fois. Je sais que mes chansons sont là-dessus et que je reçois des droits d’auteur qui sont insensés. Comparé à ce que les radios nous rapportent, avec Spotify, c’est alarmant. » – Karim Ouellet