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Deux capitaines, un monde de différence

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Photo d'archives, Ben Pelosse Être capitaine d’une équipe de la LNH actuellement, comme l’est Max Pacioretty, est une tâche bien différente de l’époque où Guy Carbonneau tenait le même rôle avec le CH.

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Qui de mieux qu’un ancien valeureux capitaine du Canadien pour parler des exigences de ce rôle? Guy Carbonneau fut un des trois derniers Québécois à avoir assumé ce poste chez le Tricolore, les deux autres étant Pierre Turgeon et Vincent Damphousse. Les joueurs l’avaient élu conjointement avec Chris Chelios, fait unique dans les 107 ans d’histoire de l’organisation.

Les candidats possèdent des prédispositions. En prêchant par l’exemple, ils gagnent le respect de leurs coéquipiers.

Ils sont rationnels et rassembleurs. Ils doivent être capables de dialoguer avec tous leurs coéquipiers sans exception et leur dire les vraies choses, les bonnes comme les moins bonnes, énumère Carbonneau.

L’université du hockey

Le triple lauréat du trophée Frank Selke répondait à ces critères. Il avait appris beaucoup de Larry Robinson et de Bob Gainey, avec lesquels il avait passé les sept premières de ses 12 saisons avec le Canadien. Jean Béliveau, Henri Richard et Yvan Cournoyer n’étaient pas loin aussi pour lui donner des conseils.

Tout ce monde était diplômé de ce qu’on surnommait l’Université du hockey.

Forts de leur expérience acquise avec le Canadien, Carbonneau et plusieurs coéquipiers ont aidé d’autres équipes à remporter la coupe Stanley après leur départ de Montréal.

Un gars d’équipe

Max Pacioretty n’a pas bénéficié de cette expérience.

Quel portrait Carbonneau trace-t-il du capitaine en place?

«Fait-il partie de l’élite des capitaines de l’histoire du Canadien? demande-t-il en premier lieu.

«Probablement pas», répond-il à sa propre question.

À sa défense, le rôle ne vient pas avec un mode d’emploi.

«Oh! que non», s’exclame Carbonneau.

L’homme de 56 ans estime que Pacioretty possède les qualités pour être capitaine.

«C’est un gars calme qui s’exprime bien et qui mène une vie rangée.

«C’est un type honnête. Rappelons-nous quand il avait dit, à ses premières saisons dans l’organisation, qu’il valait mieux qu’il reste avec les Bulldogs de Hamilton. Il jugeait qu’il lui était plus utile de jouer régulièrement dans la Ligue américaine plutôt que de jouer sporadiquement à Montréal.

«En pensant à son développement, il pensait aussi à l’organisation. C’est un signe qui en dit beaucoup sur le caractère d’un joueur.»

Manque d’appui

Sa première saison à titre de capitaine a été des plus éprouvantes. Dans l’univers fou du hockey montréalais, il a fallu peu de temps pour que les amateurs les plus virulents réclament sa tête.

Mais la situation n’était pas rose chez le Tricolore.

«Personne n’aurait fait la différence, pense Carbonneau.

«Oui, Carey Price aurait aidé, mais sa perte n’explique pas à elle seule les déboires de l’équipe.

«Cette expérience va faire de Pacioretty un meilleur capitaine. Il va être mieux préparé. Je ne lui souhaite pas, mais je ne pense pas qu’il revive une saison semblable.»

Il serait très étonnant que ça se répète cette saison, en tout cas.

«Pacioretty a bien répondu dans certaines situations et moins bien en d’autres circonstances, continue Carbonneau. Il aurait dû agir à d’autres moments, mais tu as besoin d’appui.»

Le vestiaire ne regorgeait pas de guerriers. Andreï Markov et Tomas Plekanec sont les doyens en termes d’années de service, ils ne sont pas les plus bavards et les plus actifs en termes de leadership.

Pas à Price de parler

Marc Bergevin a changé la chimie de son équipe en y insufflant du leadership et du caractère avec l’acquisition de Shea Weber et d’Andrew Shaw. Brendan Gallagher, Pacioretty et Price ne seront plus seuls à brasser la cage.

Cependant, Carbonneau apporte un bémol à propos du rôle de Price.

«J’ai toujours pensé que la position de gardien est la plus importante au hockey et je comprends que Price est probablement le meneur de l’équipe. Mais si tu te fais passer trois ou quatre buts un soir, c’est plus difficile de pointer du doigt dans la chambre le lendemain, fait-il valoir.

«Patrick Roy était capable de parler, mais quand il avait des messages à livrer, c’étaient Kirk Muller, Mike Keane ou moi qui les transmettions.

«Il m’est arrivé de piler sur les orteils de coéquipiers, mais quand je haussais le ton, c’était toujours pour aider l’équipe.

«Un capitaine doit parler avec sa tête et son cœur, mais l’important est qu’il le fasse pour bien de l’équipe. C’est ce que j’ai dit à Brenden Morrow [son gendre] quand il est devenu capitaine des Stars de Dallas.»

Un autre monde

Par ailleurs, Carbonneau fraie dans le monde du hockey depuis assez longtemps pour voir que bien des choses ne se passent plus comme dans son temps.

«Les joueurs sont des PME qui font de l’argent et qui veulent en faire, constate-t-il.

«Ils ont 28 coaches et ils gèrent leur carrière en disant que si ça ne fonctionne plus ici, ça marchera ailleurs. Il faut être plus diplomatique avec eux.»

Les vertus du concept d’équipe ne sont plus les mêmes.

«Je ne dis pas que les joueurs d’aujourd’hui ne passent plus de temps ensemble, mais ils ont davantage de sources d’intérêt à l’extérieur du hockey que les joueurs de mon époque en avaient.

«Dans notre temps, quand le mois de septembre arrivait, on tombait en mode hockey pour toute la saison. On ne possédait pas une business, un restaurant ou un bar. On pensait hockey tout le temps. Aujourd’hui, ils n’ont plus le hockey en tête quand ils sortent de l’aréna.»

Larry Robinson m’a dit les mêmes choses, il y a quelques années.

Mais comme me l’avait expliqué Robinson, Carbonneau n’affirme pas que c’était mieux autrefois. C’est seulement que les temps ont changé, disent les deux anciens coéquipiers.

«On a été chanceux, on a joué à une époque extraordinaire, ajoute Carbonneau.

«Le Canadien était encore une puissance. J’ai eu la chance de gagner deux coupes Stanley à Montréal [et une troisième à Dallas].

«Je ne dis pas que ça aurait été aussi merveilleux si on n’avait pas gagné. Mais on avait la tête au hockey à 100 pour cent.»