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Des pitbulls au salaire minimum...

Des pitbulls au salaire minimum...
Photo Agence QMI, Joël Lemay

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Une partie du Québec se déchire sur le sort des pitbulls au point où même des avocats-vedettes se joignent à la partie.

Cela dit en tout respect pour ce combat, pendant ce temps-là, la question d’une salaire minimum à 15$ l’heure est appelée, espérons-le, à attirer elle aussi son lot mérité d’attention publique.

Il le faut parce que cette «cause» en vaut la peine. Socialement, économiquement et politiquement.

Il le faut parce que le Québec est loin d’être le seul État où ça se discute ou, plus précisémenet, devrait se discuter beaucoup plus.

Une pétition postée sur le site web de l’Assemblée nationale a d’ailleurs récolté plus de  5 000 signatures. Un mouvement social s’est également formé. Le 15 octobre prochain, un grand rassemblement public pour un salaire minimum à 15$ l’heure est aussi planifié.

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Un «salaire viable»

L’Institut de recherche et d’informations socio-économiques (IRIS) avance quant à lui le concept de «salaire viable» :

«Plusieurs diront qu’une hausse substantielle du salaire minimum n’est pas nécessaire, principalement parce qu’il serait uniquement question d’augmenter les salaires d’étudiant·e·s. L’idée est simple, puisque travailler au salaire minimum n’est qu’une réalité passagère, ce n’est pas vraiment nécessaire de l’augmenter.

Les faits ne sont pas si simples. Non seulement plus de 25 % des salarié·e·s font moins de 15$/h, mais 59 % d’entre eux sont âgés de plus de 25 ans. En clair, établir le salaire minimum au niveau du salaire viable, c’est surtout aider à sortir de la pauvreté de nombreuses familles dont il s’agit du principal revenu.

Laisser le salaire minimum dans son état actuel revient à demander aux salarié·e·s les plus pauvres de sacrifier leur qualité de vie. Ce sacrifice n’est ni nécessaire ni utile. En fait, on peut se demander si le Québec a les moyens de l’inaction en ce qui a trait au salaire minimum. Une hausse importante du salaire minimum ne serait pas seulement une bonne chose pour les gens directement concernés, mais aurait un impact direct sur l’ensemble des salaires.

Aussi, il a été démontré qu’une telle hausse peut s’avérer une bonne politique de stimulation économique, principalement dans des économies basées sur la consommation des ménages comme la nôtre. En plus, cela peut être bénéfique pour la santé publique puisque le niveau de revenu est un déterminant de santé important.»

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Pendant ce temps-là, en Alberta...

L’idée d’un salaire minimum à 15$ l’heure a pourtant fracassé le plafond de verre politique... en Alberta. Je répète, en Alberta.

La décision de hausser la salaire minimum à 15$ l’heure y est maintenant prise et officielle. Date butoir pour l’atteindre : le 1er octobre 2018.

Comme quoi, même en pleines difficultés économiques – voire même pour mieux contrer celles-ci -, le gouvernement néo-démocrate de Rachel Notley comprend l’importance de bonifier la qualité de vie et le pouvoir d’achat des Albertains qui travaillent au salaire minimum.

Ce qui, pour l’économie albertaine, devrait aussi lui injecter une solide dose d'activité et des revenus supplémentaires pour les services publics.

En planifiant une hausse graduelle jusqu’en 2018, le gouvernement Notley laisse aussi le temps aux employeurs pour se préparer et s’adapter en conséquence.

Ce qui, aux yeux de la population, devrait contribuer à tempérer les récriminations prévisibles du milieu des affaires.

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Pendant ce temps-là, sur la planète Québec...

Sur la planète Québec, par contre, c’est une autre histoire...

Malgré la tentative évidente du gouvernement Couillard d’adoucir son image d'austérité, le premier ministre, lui, ne bronche pas sur ce front.

Le Parti libéral du Québec (PLQ) a beau en avoir «jasé» en fin de semaine à son «Forum des idées», Philippe Couillard préfère attendre et réfléchir. Encore.

Dommage que ce même temps de «réflexion» n’ait pas été pris avant d’accorder des hausses faramineuses de revenus aux médecins.

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Blocage probable

Bref, le blocage est probable.

La Presse Canadienne rapporte d'ailleurs qu'aujourd’hui même:

«Les libéraux ont refusé (...) de tenir des consultations sur la proposition du salaire minimum à 15 $ l'heure.

Ils ont voté contre un mandat d'initiative qui aurait permis à la commission sur l'économie et le travail de faire des audiences avec des experts notamment. (...)

L'opposition péquiste dit être « catastrophée » par le refus des libéraux, tandis que Québec solidaire affirme être « consterné ».

Le débat sur le taux horaire minimum à 15 $ est lancé depuis quelques mois déjà. Les syndicats, Québec solidaire et même l'homme d'affaires Alexandre Taillefer en font la promotion.

Le semaine dernière, une pétition électronique de plus de 5000 noms a été déposée en Chambre par la députée Manon Massé, de Québec solidaire. Actuellement, le taux horaire au Québec est de 10,75 $.

On s'en remet à la ministre du Travail, a déclaré le député d'Argenteuil, Yves St-Denis, à la sortie de la séance de travail. On ne veut pas faire un travail en parallèle. »

L'opposition officielle, qui a proposé le mandat d'initiative, a rappelé que vivre avec le salaire minimum, c'est vivre sous le seuil de la pauvreté. (...) Toutefois, le PQ propose une hausse progressive du taux horaire et non un redressement rapide.

Pour sa part, Québec solidaire plaide pour 15 $ l'heure le plus rapidement possible. (...)»

Le Journal rapporte également la réaction de la CAQ, laquelle accuse le gouvernement de vouloir travailler sur le sujet «en cachette» :

«Fidèle à son habitude, le gouvernement de Philippe Couillard manque de transparence, a déploré mardi le chef caquiste. Même s'il estime qu'une hausse trop rapide du salaire minimum peut avoir des conséquences néfastes, François Legault aurait souhaité qu'une commission parlementaire étudie la question.

«Je pense que c'est un sujet important, c'est un sujet qui a été discuté dans plusieurs États américains, donc ce n'est pas farfelu, insiste-t-il. Mais là, les libéraux nous disent qu'ils veulent le faire, mais en cachette!»»

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Un indice qui ne ment pas

Un premier indice d’un probable blocage gouvernemental est pourtant venu dès la mi-août. Et ce, de la bouche même de Carlos Leitao, ministre des Finances.

Comme le Journal le rapportait: «selon le ministre des Finances, Carlos Leitao, il n'y a pas lieu d'augmenter substantiellement le salaire minimum au Québec, qui est actuellement de 10,75$.

«À notre avis, il est à l'intérieur de ce qui est souhaitable étant donné son lien avec le salaire médian des travailleurs québécois. Je ne vois pas de problème à ce niveau là», a-t-il laissé savoir dimanche, en marge du Congrès des jeunes libéraux, qui se tenait en banlieue de Québec.»

Voilà qui, fort malheureusement,  était déjà on ne peut plus clair.

Comme quoi, un gouvernement a beau tenter d'adoucir son «image», tant et aussi longtemps qu’il n’adoucit pas aussi ses politiques publiques pour les rendre plus équitables, ce ne sont que des paroles vides de sens.

Du moins, jusqu’à preuve du contraire...

Et vous? Pour ou contre une hausse, rapide ou graduelle, du salaire minimum à 15$ l’heure?