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Benhabib vs Écoles musulmanes, débats dérivés!

Djemila Benhabib
Photo Pierre-Paul Poulin

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Djemila Benhabib fait les frais d’un procès pour des propos tenus en ondes à l’égard des Écoles musulmanes de Montréal. Il est surprenant que la poursuite intentée par ces dernières n’ait pas soulevé l’ire des défenseurs de la liberté d’expression et il est encore plus paradoxal qu’elles soient représentées par Me Julius Grey après tous les efforts qu’il a déployés dans la défense de Mike Ward.

Il est malheureux que nos tribunaux, déjà lourdement congestionnés au point de relaxer des criminels endurcis à cause de délais indus, aient à traiter d’une telle poursuite assimilable à un délit d’opinion comme on en retrouve dans les similis républiques islamiques. J’ai en tête la professeure Homa Hoodfar retenue en détention durant de longs mois en Iran à cause de ses recherches et de ses opinions. Bien sûr, on ne jettera pas Djemila Benhabib en prison au Québec, mais on voudrait la faire taire en lui infligeant des sanctions économiques qui la rendront plus timorée dans ses propos à l’avenir.

Je ne partage pas en tout point l’opinion de Benhabib pour avoir moi-même été à la tête d’une organisation qui représentait le personnel de ces écoles, mais je lui reconnais le droit de pouvoir exprimer son point de vue malgré le caractère caricatural utilisé. Les Écoles musulmanes n’avaient qu’à  émettre leurs opinions et à s’inscrire dans le débat public pour contrebalancer les arguments de celle-ci. Cela m’apparait plus approprié pour la santé démocratique.

Au-delà de ce procès, le financement public des écoles religieuses ou ethniques est occulté. Il y a fort à parier que si l’intimée est condamnée à verser des dommages aux Écoles musulmanes, toutes ces écoles communautaires fondées sur une ethnie ou une religion utiliseront les tribunaux pour faire taire toutes critiques sur la pertinence de leur existence.

Le vrai questionnement s’impose sur l’existence même de ces écoles religieuses ou ethniques dans une société qui a déconfessionnalisé son système d’éducation publique. À défaut, nous pourrions tout au moins nous interroger sur la pertinence de les financer avec des deniers publics. Quant à moi, déjà fervent de la fin du financement public des écoles privées, j’y crois encore plus dans le cas de ces écoles qui peuvent s’avérer un fort risque de ghettoïsation.

Pour ceux qui y verraient une attaque islamophobe, ils doivent préalablement savoir qu’il y a plus d’écoles privées ayant un projet éducatif chrétien, que plusieurs écoles juives privées sont subventionnées à 100% et que  finalement, des écoles grecques ou arméniennes, pour ne nommer que celles-là, jouissent également des largesses gouvernementales.

Le débat est loin de concerner uniquement les musulmans. Au contraire, il nous interpelle tous au lendemain de la déconfessionnalisation de notre système d’éducation pour que toutes les écoles s’inscrivent dans cette mouvance. Ce serait un excellent début pour mieux vivre ensemble.