/finance/business
Navigation

La Banque Laurentienne abolit 300 postes

Banque Laurentienne
Photo Archives / Reuters

Coup d'oeil sur cet article

MONTRÉAL |  Le suspense est terminé, les employés de la Laurentienne en savent plus sur les intentions de leur employeur: 50 succursales seront fusionnées au cours des dix-huit prochains mois, entraînant la suppression de 300 postes, «majoritairement par attrition naturelle».

La Laurentienne compte 3631 employés.

C’est François Desjardins, président et chef de la direction de la Banque Laurentienne, qui en a fait l’annonce mercredi après-midi, lors d’une réunion extraordinaire réunissant les employés au Palais des congrès, et qui a provoqué la fermeture des 148 succursales de l’institution financière.

Il a fait le point sur l'avancement du plan de transformation et de croissance de la Banque, qui s’échelonnera sur sept ans. L'objectif est de doubler la taille de la Banque à 70 milliards d'actifs d'ici sept ans.

François Desjardins a invoqué les défis technologiques auxquels feront face la Laurentienne. «La technologie et la démographie sont en évolution rapide, a-t-il dit. Pour progresser, nous devons évoluer au même rythme que les besoins de nos clients dont les habitudes transactionnelles changent.»

Ces modifications de comportement se traduisent par moins de visites en succursale.

Le grand patron estime que le mode de fonctionnement du modèle bancaire traditionnel est désuet. Il souhaite que la Laurentienne se concentre sur «quelques attributs», au détriment de d’autres. «Nous souhaitons être reconnus pour la compétence de nos conseillers et nos directeurs de compte, et pour une offre de services transactionnels automatisés», a-t-il précisé.

La fin des caissières?

Le syndicat n’est pas contre le progrès, mais il souhaite que les choses se fassent «dans le respect des parties», a dit Kateri Lefebvre, directrice exécutive du Syndicat des employés (SEPB-Québec), affilié à la FTQ, et qui représente près de 1800 employés.

«C’est faux de dire que s’il y a des abolitions de postes, c’est parce que le syndicat n’a pas voulu collaborer, a-t-elle déclaré. On ne portera pas le chapeau si ça ne nous fait pas. Ce qu’on dit, c’est que si on veut transformer ces emplois, qui sont occupés par 80 % de femmes, il faut leur donner la formation pour qu’elles puissent obtenir ces nouveaux postes.»

Le syndicat reproche aussi à la Laurentienne de vouloir rouvrir la convention collective, qui vient à échéance le 31 décembre 2017. «L’employeur veut mettre la hache dans la sécurité d’emploi, procéder avec la sous-traitance des emplois administratifs, changer les horaires de travail. On est prêt à regarder la transformation, on est déjà passé à travers bien des changements. Mais on ne va pas mettre la hache dans la convention d’un syndicat qui existe depuis 50 ans.»

Les banques en restructuration

La Laurentienne, la plus petite des banques québécoises, doit faire des choix, et elle n’a pas le loisir de se tromper, dit Michel Nadeau.

« Le jeune président de la Laurentienne, François Desjardins, veut s’assurer que la banque est dans le coup, a-t-il expliqué. Elle n’a pas la marge de manœuvre de la Banque Royale, par exemple, qui a 20 fois plus d’actifs. À cause de sa petite taille, elle a un défi plus grand. Elle doit offrir à ses clients la même technologie, mais elle a moins de revenus pour assumer les coûts.»

Cela dit, toutes les banques canadiennes sont en restructuration.

À son arrivée à la tête du Mouvement Desjardins, Guy Cormier a réduit le comité de direction à onze membres, soit un de moins. Par la suite, 28 postes de vice-présidents ont été éliminés, et la semaine dernière, 83 postes de directeurs principaux et de directeurs ont été abolis, soit 8 % des effectifs.

En mai, la Banque de Montréal a annoncé vouloir supprimer 1847 emplois, soit 4 % de sa main-d’œuvre, afin de s’ajuster au virage numérique des services bancaires.

En novembre dernier, la Banque Nationale a aboli 300 postes, dont une dizaine de vice-présidents, dans un exercice de «révision de l’efficacité».

Le numérique va tout changer

«Les banques sont vont très bien, a ajouté Michel Nadeau. Elles ont fait des profits records cette année, soit 40 milliards $. Mais le défi technologique devant elles est colossal.» Il a déjà touché le courtage immobilier, le taxi, le commerce de détail, le tourisme...

La technologie apporte de gros changements dans la distribution des produits, avec l’utilisation des téléphones intelligents, et les transferts électroniques. «Il y aura des modifications majeures dans la manière dont l’argent se promène et s’échange, a dit Michel Nadeau. Les banques essaient d’ajuster leur structure à une réalité nouvelle.»

C’est d’ailleurs l’argument invoqué par François Desjardins mercredi après-midi.

Des Airbnb ou des Netflix des banques (notamment les robots conseillers) vont bouleverser leur univers. «Pendant qu’elles ont de l’argent, les banques en profitent donc pour investir dans les technologies, revoir leur budget informatique, la sécurité des données, etc. Ça va coûter cher.»

La Laurentienne pourrait devenir une des premières à abolir ses caissiers en succursales. Un pari risqué? «Il y a encore des opérations plus complexes, ou pas claires, qui sont faites par les caissiers, a dit Michel Nadeau. Par ailleurs, si vous voulez encaisser tout de suite l’argent d’un chèque, c’est la seule manière. En la déposant dans un guichet, ou en la scannant dans votre téléphone, l’argent est gelé durant trois à cinq jours. Les caissiers ont encore leurs raisons d’être.»

La Laurentienne, une cible?

La rumeur d’un rachat de la Laurentienne sera sûrement relancée par les annonces d’aujourd’hui.

«Il y a cinq ans, dit Michel Nadeau, le scénario souvent invoqué était que les six grandes banques canadiennes se fusionneraient par groupe de deux.» Au Québec, la Banque Nationale pourrait ainsi racheter la Laurentienne.

En août, la Laurentienne a conclu une entente pour regrouper ses bureaux montréalais au sein d’un même édifice. En 2018, elle déménagera son siège social de l'avenue McGill College dans la Cité du commerce électronique, près du Centre Bell, où elle occupera neuf étages.