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Quand les dogmes triomphent de l’humanisme

Quand les dogmes triomphent de l’humanisme
Photo ISTOCK

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Nombreuses sont les inquiétudes qui, à travers l’Occident, montent face à l’islamisme radical et son déni, entre autres choses, de l’égalité hommes-femmes.

Tout en respectant la liberté de conscience et de religion - des libertés fondamentales individuelles protégées par les chartes de droits -, , il n’en reste pas moins que les dogmes religieux, lorsqu’ils ferment la porte à la modernité et aux droits humains, prennent en effet des airs d’oppression rétrograde.

Or, si l’on voit facilement la paille dans l’œil de l’autre, on semble vouloir oublier la poutre qui, encore et toujours, persiste dans l’œil du catholicisme et de ses dirigeants qui sont et demeurent exclusivement de sexe masculin.

Refusant non seulement la prêtrise aux femmes, mais également leur droit à l’avortement et à la contraception, les dogmes catholiques romains heurtent aussi de plein front le principe d’égalité hommes-femmes. Mais rares sont les voix publiques à le dénoncer de nos jours.

Seuls des propos aussi extrêmes que ceux d’un Cardinal Ouellet selon qui l’avortement n’est jamais justifié, même pas en cas de viol, finissent par provoquer quelques protestations publiques de passage.  Ces propos extrêmes sont pourtant le reflet des dogmes de son église.

Or, ce matin, Le Devoir nous apprend maintenant ceci :

«Une directive des évêques de l’Ouest canadien pressant les prêtres de refuser l’accès aux rites et funérailles religieux aux personnes ayant demandé l’aide à mourir soulève la colère des organismes qui protègent les droits des personnes malades. Cette position, qualifiée de « rétrograde » par certains, sème aussi la division chez les évêques canadiens réunis cette semaine en assemblée annuelle.

Le vade-mecum controversé des évêques de six diocèses de l’Alberta et des Territoires du Nord-Ouest de l’Ouest, émis le 14 septembre dernier, survient alors que la Conférence des évêques catholiques du Canada (CECC) a fait de l’aide à mourir l’un des thèmes centraux de sa rencontre annuelle qui se déroule cette semaine à Cornwall.
 
La position radicale des évêques de l’Ouest constitue une réponse à la nouvelle loi fédérale autorisant le recours à l’aide à mourir et au suicide assisté. Même si l’Église s’est toujours clairement prononcée contre toute forme d’aide à mourir, aucune directive n’avait encore été édictée par les autorités religieuses sur l’impact de cette nouvelle réalité sur la pastorale et les pratiques religieuses.
 
« Si l’Église refuse d’accorder des funérailles à quelqu’un, ce n’est pas en guise de punition mais en guise de reconnaissance de sa décision — une décision qui amène cette personne à poser un geste contraire à la foi chrétienne », tranche le document, transmis cette semaine à tous les évêques canadiens.
 
Le document souligne qu’il serait « scandaleux » que la cérémonie religieuse donne l’impression de cautionner ce « péché mortel » et « soit interprété comme un encouragement pour d’autres à commettre ce mal ».
 

Cette orientation divise grandement les évêques du pays, car aucun consensus n’a encore été arrêté sur cette question délicate, assure l’évêque de Valleyfield, Mgr Noël Simard. « Dans mon atelier, dit-il, les avis étaient partagés. »»
 
(...) l’Assemblée des évêques catholiques du Québec (AECQ) devra tôt ou tard se positionner elle aussi sur le sujet, car la réalité de l’aide à mourir soulève de nombreuses questions. « Qu’est-ce qu’on fait avec les préarrangements funéraires ? Avec l’extrême-onction, et que faire quand un geste devient public ? », soulève Mgr Noël.
 
À l’image de l’AECQ, qui a jusqu’ici prôné une pastorale « d’accompagnement » sans dicter de ligne à suivre en ce qui à trait aux rites de fin de vie, Mgr Noël estime que la décision doit être jugée « au cas par cas ». « Avant d’arriver à une norme et de dire non, il faut recevoir, accompagner et accueillir. Ces situations sont complexes et la pastorale essaie de comprendre cette nouvelle réalité », a-t-il dit.
 
Chose certaine, la position adoptée dans l’Ouest canadien trouve des émules, notamment à Ottawa, où l’archevêque Terrence Prendergast a déjà affirmé que ceux qui ont demandé l’aide à mourir ne devraient pas recevoir les derniers sacrements ou des funérailles religieuses.

Les évêques de l’Ouest font valoir que l’aide à mourir diffère du cas des personnes ayant commis le suicide — auxquelles l’Église accorde aujourd’hui le droit à des funérailles — puisqu’on reconnaît aujourd’hui que ce geste irréparable découle d’une détresse psychologique ou d’une maladie mentale. « Le problème avec l’aide à mourir, nuance Mgr Noël, c’est que c’est prémédité. »

Cette attitude jugée « rétrograde » a soulevé mercredi la colère d’organismes oeuvrant pour la protection des droits des personnes malades.

« C’est inacceptable, on retourne 50 ans, 100 ans en arrière. Refuser l’accès aux derniers sacrements, je trouve ça d’une barbarie sans nom », s’est offusqué Pierre Blain, président du Regroupement provincial des comités des usagers (RCPU), un organisme favorable à l’aide à mourir. À son avis, si la position des évêques albertains venait à être adoptée au Québec, ce serait clairement discriminatoire. (...)
 
Chose certaine, le sujet risque de faire surface au Québec et ailleurs, d’autant plus que les lignes édictées par les assemblées épiscopales constituent davantage des orientations que des obligations, selon les informations obtenues de l’Assemblée des évêques québécois. Ni l’AECQ ni la CECC ne peuvent dicter la conduite des évêques, puisque ces assemblées constituent davantage des lieux de réflexion sur la liturgie et la justice sociale. Chaque évêque est en effet libre d’adopter sa propre « approche pastorale. »»

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Un «péché mortel»?

Le clergé catholique, on le sait, est en effet et heureusement «divisé» sur la question. Malheureusement, les dogmes, par définition, demeurent néanmoins immuables.

C’est là qu’un écart abyssal se creuse de plus en plus entre les croyants catholiques qui, pour nombre d’entre eux, réussissent malgré tout à concilier leur propre modernité avec leur foi et de l'autre côté, une hiérarchie catholique patriarcale trop souvent déconnectée de la «vraie vie» et de la reconnaissance de certains droits humains fondamentaux, dont l’égalité hommes-femmes et le droit à disposer de sa propre vie.

Comme quoi, les valeurs d’humanisme et de compassion pourtant professées par le haut-clergé, sont rarement de taille face à des «croyances» qui, par définition, excluent trop souvent une réflexion éclairée et ancrée dans son époque.