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Les évêques québécois ne refuseront pas de funérailles aux personnes qui ont opté pour l'aide médicale à mourir

Ils répondent à des collègues de l’Ouest qui refusent les funérailles à ceux qui choisissent l’aide à mourir

Mgr Christian Lépine
Photo d'archives, Pierre-Paul Poulin L’archevêque de Montréal, Mgr Christian Lépine, préfère toutefois répondre à la souffrance par les soins palliatifs.

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L’archevêque de Montréal et le cardinal de Québec ne refuseront pas les funérailles aux malades qui optent pour l’aide médicale à mourir, contrairement à des évêques de l’ouest du pays.

«Les funérailles servent à prier pour quelqu’un et non pas à porter un jugement de valeur», soutient l’archevêque de Montréal, monseigneur Christian Lépine, qui assure qu’il ne refusera pas ces célébrations aux familles qui les demandent.

Comme à Montréal, le cardinal de Québec Gérald Cyprien Lacroix «n’envisage pas de directives» pour empêcher des personnes d’obtenir des funérailles religieuses.

Ils réagissent ainsi au guide publié par les évêques de six diocèses de l’Alberta et des Territoires du Nord-Ouest, dans lequel le choix d’opter pour l’aide médicale à mourir est qualifié de «péché mortel», qu’il ne faut pas encourager. Ces derniers réclament d’ailleurs aux prêtres de refuser les funérailles aux personnes qui font ce choix.

Mais si Mgr Lépine ne donne pas cette directive à ses prêtres, les funérailles ne doivent pas servir à célébrer le choix de fin de vie d’un malade, met-il en garde.

Il rappelle que l’Église offre depuis longtemps des funérailles aux personnes qui se suicident, mais il ajoute que ce geste n’est généralement abordé que discrètement lors d’une cérémonie.

Il prône cependant le choix des soins palliatifs et il invite les fidèles à «vivre jusqu’au bout».

«Zone grise»

Pour sa part, l’évêque de Valleyfield, monseigneur Noël Simard, y voit plutôt «une zone grise» et il refuse de répondre par oui ou par non à savoir s’il faut refuser les funérailles aux malades qui optent pour l’aide médicale à mourir.

Ce dernier agit aussi comme porte-parole de la Conférence des évêques catholiques du Canada, où sont actuellement réunis les hommes de foi à Cornwall, en Ontario. Cette épineuse question sera notamment à l’ordre du jour.

<b>Noël sSmard</b><br>
<i>Évêque de Valleyfield</i>
Photo courtoisie
Noël sSmard
Évêque de Valleyfield

Mgr Simard invite plutôt les malades à faire appel à leur pasteur avant de prendre leur décision.

«Il se peut que le malade change d’idée une fois qu’il prendra conscience des conséquences possibles», explique-t-il.

Il croit aussi que la tenue de funérailles pour quelqu’un qui a choisi l’aide médicale à mourir ne devrait pas devenir un «affront» à l’Église.

À Québec, le ministre de la Santé, Gaétan Barrette, veut laisser les évêques mener leur réflexion.

«Les gouvernements ne vont pas s’ingérer dans les affaires internes des églises», souligne-t-il.

Son homologue à Ottawa, la ministre Jane Philpott, s’est quant à elle contentée de dire qu’elle s’assurera que les Canadiens pourront avoir le choix de finir leurs jours comme ils le souhaitent.

Les évêques ignorent ce qu’est la souffrance

Les évêques qui refusent les funérailles aux malades qui choisissent l’aide médicale à mourir ignorent ce qu’est la souffrance, dénonce un aumônier d’hôpital à la retraite.

«Faire ça, c’est ajouter de la souffrance à la souffrance. Les gens ont assez d’avoir perdu quelqu’un sans qu’on ne les pénalise», déplore Gilles Fontaine, qui a accompagné des mourants pendant 38 ans à l’hôpital de Longueuil.

<b>Gilles fontaine</b><br>
<i>Ex-aumônier</i>
Photo Hugo Duchaine
Gilles fontaine
Ex-aumônier

Le prêtre diocésain juge que les évêques de l’Ouest canadien qui ont pressé leurs prêtres de refuser les funérailles à ceux qui ont demandé l’aide médicale à mourir s’immiscent dans une décision très intime.

Mais l’aumônier à la retraite Gilles Fontaine croit que l’Église ferme ses portes avec cette attitude qui est loin d’être miséricordieuse, comme le prescrit pourtant le Christ, rappelle-t-il.

Même si lui-même préfère aussi les soins palliatifs, jamais il ne refuserait d’offrir l’onction des malades à un patient qui choisit de mettre fin à ses jours.

«C’est imprévisible comment on va réagir dans la maladie, donc vaut mieux être accueillant et compréhensif», estime l’homme de 77 ans.

Recul de l’Église

«Ça m’a choqué, chaque fois qu’on fait un pas en avant, j’ai l’impression qu’on nous ramène deux pas en arrière», estime quant à lui l’intervenant pastoral Yves Côté, à l’Église Saint-Pierre-Apôtre de Montréal.

Ce dernier travaille d’arrache-pied depuis 21 ans dans son lieu de culte du Village gai pour montrer que l’Église peut être actuelle et ouverte.

«Pour garder la parole de Dieu vivante, il faut savoir l’actualiser», lance-t-il comme message aux évêques.

Pour sa part, l’avocat spécialisé en droit médical, Jean-Pierre Ménard, ne mâche pas ses mots à l’égard des évêques, les accusant de faire de l’intégrisme religieux.

«C’est comme lorsqu’on refusait la communion aux femmes qui ne faisaient pas d’enfants», dit celui qui trouve que l’Église se discrédite elle-même avec de telles prises de position.