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Le millionnaire aux projets «flyés» raconte sa vie

Luc Poirier est connu pour sa participation à la téléréalité Occupation Double et ses projets audacieux

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Il a grandi dans un HLM avec une mère sur l’aide sociale. À l’âge de 14 ans, il gagnait 30 000 $ par année en vendant des cartes de hockey. En 2008, il est devenu célèbre après son passage à Occupation Double, dont il a fait les auditions par erreur. L’homme d’affaires de 41 ans rêve maintenant de construire un nouveau tunnel entre Montréal et la Rive-Sud. Dans une biographie parue jeudi, Luc Poirier raconte comment il est devenu millionnaire: en ne faisant rien comme les autres.

Est-ce que le fait d’avoir vu votre mère dépendre de l’aide sociale a façonné votre rapport à l’argent?

Oui. On finissait par ne manquer de rien parce que ma mère allait dans les sous-sols d’église [banques alimentaires], même si ce qu’on y trouvait, c’était du Kraft Dinner. J’ai vraiment pris conscience de mon rapport à l’argent quand j’ai réalisé que je n’avais pas de sentiment d’appartenance à un groupe, contrairement à la plupart des jeunes de 13-14 ans. Je ne pouvais pas suivre. J’étais habillé tout croche. [...] Je voulais jouer au hockey, mais je ne pouvais pas, je n’avais pas de patins. Je n’avais jamais appris à patiner. Ces événements ont fait de moi ce que je suis aujourd’hui­­. Et aussi, de voir sa mère se débrouiller constamment avec peu, ça fait qu’en affaires, tu es meilleur.

Comment êtes-vous arrivé à gagner 30 000 $ par année à l’âge de 14 ans en vendant des cartes de hockey?

Trois dimanches sur quatre, je me rendais dans les salons [de collectionneurs de cartes]. J’ai appris rapidement la notion de différence des marchés. Les cartes de joueurs anglophones, comme Wayne Gretzky, étaient beaucoup plus populaires à l’extérieur du Québec, où les joueurs francophones comme Mario Lemieux avaient la cote. Donc, je les échangeais avec des collectionneurs de l’Ontario. J’étais le seul jeune à négocier avec des adultes pour la plupart âgés de plus de 55 ans.

Qu’est-ce qui vous motivait?

À mes débuts, j’avais besoin d’argent [...]. Aussi, je m’ennuyais à rester sur les bancs d’école [...] Aussitôt que j’ai eu mon sentiment de sécurité, ça n’a plus été un besoin d’argent. C’est une passion. Ma passion, c’est de créer et d’apprendre. J’aime me dépasser. J’essaie toujours de sortir de ma zone de confort.

Comme quand vous avez grimpé en 2009 le Kilimandjaro, plus haute montagne d’Afrique, alors que vous n’aviez jamais atteint d’autre sommet­­ que le mont Saint-Hilaire?

Exact. Dans quatre ans, j’aimerais faire [la traversée de] Québec à Saint-Malo, et je n’ai jamais fait de voilier de ma vie. [...] On a juste une vie à vivre et je veux la vivre complètement. C’est mon mantra: profiter de la vie.

Ce qui contraste avec votre jeunesse, période pendant laquelle vous avez travaillé sans relâche dans un dépanneur, tout en vendant des cartes de hockey et en allant à l’école.

C’est vrai. Je travaillais 100 heures par semaine, facilement. Dans ma vie, la période que j’ai le moins aimée, c’est de 14 à 23 ans. Aujourd’hui je dis ça, mais je ne m’en suis pas rendu compte tout de suite. Ça m’a pris 10 ans avant de le réaliser. Je n’ai pas gardé beaucoup d’amis de cette époque.

Vous avouez vous-même que vos visions sont «parfois un peu trop flyées». Pourtant, plusieurs de vos projets semblaient voués à l’échec et ont finalement fonctionné.

Mon premier commerce était une boutique informatique. Je vendais des disquettes au prix du cost pour attirer les clients. Un de mes premiers achats en immobilier était un mini centre commercial. J’ai loué des espaces gratuitement à des commerçants afin d’en attirer d’autres

[...] Je fais toujours différent. Je pense que c’est ma force, de voir autrement. Quand on fait tous pareils, on a des résultats semblables.

Parlons de l’île Charron, ce projet de développement immobilier près du parc national des Îles-de-Boucher­ville, qui n’a jamais vu le jour. Vous en voulez au gouvernement, qui y a interdit tout développement, tout en vous demandant de payer les taxes sur le terrain de 21 hectares que vous aviez acquis. Mais en voulez-vous aussi aux environnementalistes qui sont montés aux barricades pour empêcher le projet?

Oui, parce que quand ils faisaient des manifestations, ils étaient maximum 21 personnes et ils ont bloqué un projet d’un milliard [...] Ce que je trouve horrible, c’est que juste avant d’acheter le terrain, tout le monde était en faveur du projet. [...] Et c’est pas vrai que tous les environnementalistes étaient contre. Ça devait être le projet de développement durable [le plus poussé] au Québec. C’est ça qui me fâche. Je voulais devenir le promoteur le plus vert du Québec. Depuis­­, il n’y a rien qui s’est fait [d’aussi ambitieux] au Québec en matière­­ de développement durable.

Un autre de vos projets immobiliers n’a pas vu le jour parce que vous avez refusé de verser 100 000 $ à un émissaire de la Ville de Trois-Rivières. C’était carrément un cas de corruption, n’est-ce pas?

Absolument [...] J’imagine qu’après la sortie du livre, l’UPAC va venir me voir et je vais dire ce que j’ai à dire. C’était la première fois que je faisais un appel d’offres auprès d’une ville. J’ai remporté l’appel d’offres. Peu de temps après, on m’appelle et on me dit: «Tu sais comment ça marche... faudrait que tu nous donnes 100 000 $.» Ce ne sont même pas des personnes qu’on a vu passer à la commission Charbonneau.

Vous vous décrivez comme un excessif. Avez-vous quelques exemples d’excès que vous avez faits?

Je suis excessif dans les voitures. J’en ai eu 89 [dans ma vie]. Cette année, j’ai acheté sept nouvelles voitures. Un autre exemple: on passait Noël en Floride en famille. Ma femme voulait un arbre de Noël, mais on n’était là que pour deux semaines. Je ne voulais rien savoir. Finalement, j’ai acheté pour 4000 $ en décorations­­.

Est-ce vrai que vous vous êtes retrouvé à faire les auditions d’Occupation double par erreur?

Oui. Je sais que ça a l’air pas vrai! [...] J’allais chercher un ami qui passait les auditions. Une dame m’a remis un questionnaire pour les candidats. Finalement, ils n’ont pas pris mon ami, mais ils m’ont pris, moi. [...] Au final, je suis content de l’avoir fait.

Que voulez-vous que les lecteurs en retiennent?

Que tout est possible. Le timing­­ est important pour réussir, mais on fait notre timing aussi. [...] Il ne faut pas arrêter de rêver, parce que quand on arrête, on meurt à petit feu.

Quelques-uns de ses projets actuels

Tunnel centre-ville

Construire un tunnel foré reliant la Rive-Sud au centre-ville de Montréal. Il serait situé entre le pont Jacques-Cartier et le pont Victoria. Il s’agirait d’un pont privé financé sans fonds publics, donc à péage, mais l’accès serait gratuit pour les véhicules de transport en commun.

Où en est-il ?

M. Poirier attend toujours d’avoir le feu vert des autorités pour pouvoir aller de l’avant. «Rien ne bouge depuis deux ans dans ce dossier», déplore-t-il. Le dossier ne sera probablement pas rouvert tant que le pont Champlain ne sera pas finalisé et surtout, que la question du péage ne sera pas réglée, estime-t-il.


Bewegen, « 1000 fois mieux que BIXI »

Même s’il croit que son système de vélo en libre-service Bewegen est «1000 fois mieux que BIXI», M. Poirier ne cherche pas à compétitionner avec ce qui est déjà en place à Montréal. Il vise plutôt à vendre le concept ailleurs dans le monde. Bewegen comprend notamment un système de verrouillage qui permet à l’usager de s’arrêter faire des courses en chemin et de laisser le vélo à une station même si elle est pleine.

Où en est-il ?

Le concept a été vendu à Birmingham aux États-Unis, à Wolfsburg en Allemagne et à Lagoa au Portugal. M. Poirier indique qu’une grosse ville américaine sera bientôt ajoutée à la liste, mais ne peut pas encore l’annoncer.


Hôpital de Montréal pour enfants

Le site de l’ancien Hôpital de Montréal pour enfants pourrait-il devenir un stade de baseball et permettre le retour des Expos? La nouvelle de son acquisition par M. Poirier a fait beaucoup jaser en 2015.

Où en est-il ?

Il est toutefois peu probable que le site soit transformé en stade de baseball. «Coderre m’a carrément dit d’oublier ça», raconte M. Poirier, qui considère qu’il s’agissait du seul emplacement intelligent pour attirer une équipe de ligue majeure. Un projet immobilier y verra quand même le jour: plusieurs tours, comptant des appartements, une résidence pour personnes âgées, des bureaux, une petite proportion de condos, une bibliothèque, un théâtre, et peut-être même une école primaire, énumère M. Poirier.


Réseau de bornes de recharge Azra

M. Poirier vise à mettre en service 2000 bornes de recharge publique pour véhicule électrique. Les tours de bureaux et centres commerciaux sont dans sa mire. Le projet inclut aussi l’importation de véhicules Twizy de la marque Renault.

Où en est-il ?

«C’est tout récent», indique M. Poirier, qui dit attendre les autorisations du ministère des Transports. Plus de 450 véhicules ont déjà été commandés, précise-t-il.

Extraits du livre

«Le jour même où j’étais devenu propriétaire de ma Porsche [à l’âge de 16 ans], j’ai reçu la visite d’un agent de police­­. On me questionna, on questionna ma mère­­. Une Porsche ne pouvait appartenir à un locataire de HLM: elle avait de toute évidence été volée. Je l’avais pourtant payée comptant. »

«Je n’avais que 19 ans, et ça faisait trois fois que je risquais tout. »

«Dans ma psychologie, plus on tente de me décourager de faire une chose que je veux faire, plus ça me tente, plus ça me pousse irrésistiblement à vouloir la réaliser. »

«Les belles maisons, les bateaux, les autos sport, c’est bien, mais la liberté, c’est mieux. La vraie richesse n’est-elle pas d’être maître de son temps [...] ? »

«J’ai toujours payé tous mes impôts parce que j’en comprends le principe et la justice, même si parfois je trouve la facture salée et que j’estime que nos gouvernements dépensent mal notre argent­­. »

«J’aperçois Isabelle. Au moment où elle se lève pour remercier tout le monde de la fêter ainsi. J’ai de la difficulté à avaler ma bouchée. En fait, je venais de tomber en amour “ben raide”, comme on dit en québécois. » [À propos de la rencontre avec sa femme]