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72 projets informatiques ont été annulés ou suspendus en un an

72 projets informatiques ont été annulés ou suspendus en un an
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Québec a dépensé près de 30 M$ dans des projets informatiques discrètement suspendus ou complètement annulés au cours de la dernière année, a découvert notre Bureau d’enquête.

Malgré les promesses de nettoyage et de chasse à l’incompétence, de nouveaux flops informatiques continuent de hanter les organismes publics.

Au total, 72 projets sont concernés par ces coûteuses péripéties informatiques des ministères et organismes. Le réseau de la Santé a aussi fait l’objet de l’analyse. Il y en a pour 29,7 M$ au total.

Ce ne sont pas uniquement les grands projets qui dérapent. D’autres, de moindre envergure, peuvent connaître le même sort. Les données ont été recueillies à partir de la dernière mise à jour du Tableau de bord des projets informatiques du gouvernement. Cet outil en ligne permet de suivre l’évolution des différents projets en technologie de l’information du gouvernement.

Nous vous présentons ici quelques exemples parmi les dizaines de cas recen­sés.

1,3 M$ dépensés avant l’abandon

En février, le ministère de l’Économie a annulé un projet pour mieux développer les services en ligne avec la clientèle.

La justification gouvernementale de l’annulation en dit beaucoup et peu à la fois: «Cette décision a été prise en tenant compte de l’utilisation de technologies et de services partagés au sein du gouvernement et par la réalité ministérielle des secteurs d’affaires qui ont vu leurs priorisations modifiées au cours des transformations ministérielles.»

Autrement dit, le ministère a réalisé que son projet devait se faire autrement. Le gouvernement soutient tout mettre en œuvre pour minimiser les répercussions finan­cières dans ce projet qui a débuté en 2011 et qui aura coûté 1 369 700 $ avant d’être abandonné.

100 000 $ partis en fumée

La Commission administratives des régi­mes de retraite et d’assurance (CARRA) a connu son lot de problèmes informatique depuis plusieurs années.

Depuis 2010, l’organisme a octroyé 63 contrats totalisant 43 M$ sans la moindre concurrence. La CARRA s’était donc placée en situation de dépendance envers quelques firmes privées.

Sagement, en 2014, l’organisme a donc lancé un projet afin de mieux soutenir ces décisions d’investissement en informatique; 108 600 $ ont donc été déboursés pour amorcer le projet. Mais la CARRA n’existe plus puisqu’elle a été, entre-temps, fusionnée avec la Régie des rentes pour devenir Retraite Québec.

La pertinence du projet a alors «été questionnée», argumente le gouvernement, qui a jeté le projet aux oubliettes.

5M $ épouvante agricole

En mars dernier, le ministère de l’Agriculture (MAPAQ) a abandonné son projet informatique visant à simplifier les services électroniques aux agriculteurs pour les crédits de taxes foncières.

Le projet devait se terminer il y a un an et demi. Au total, 5 037 370 $ ont été déboursés dans l’échec. Lorsqu’il a été abandonné, le projet n’était qu’au «début de son développement», a déjà révélé la Vérificatrice générale du Québec. Le MAPAQ avait perdu le contrôle.

La VG a même découvert qu’une firme privée mandatée sur le projet a continué à travailler avec le MAPAQ même si le projet était déjà suspendu depuis au moins un an. Le MAPAQ deman­dait à la firme de faire d’autres tâches, ce qui revient carrément à dénaturer un contrat.

La gestion d’une version simplifiée du projet a été transférée à Revenu Québec.

La SQ s’embrouille

Juste avant le début de l’année, la Sûreté du Québec a dû se résigner à jeter 225 000 $ à la poubelle en annulant un projet lancé en 2013 et évalué à 890 200 $.

La SQ voulait mettre en place un portail web afin d’aider ses partenaires à soumettre les demandes de vérification judiciaire. Mais la SQ a constaté que «c’était un projet qui générait peu de valeur en comparaison de l’investissement», nous explique, simplement, un porte-parole de la SQ.

Si, idéalement, les organismes ne doivent pas dépenser des centaines de milliers de dollars avant de réaliser qu’un projet est inutile, la SQ réplique plutôt qu’elle a été responsable en évitant de payer plus pour un projet sans valeur.

Suspendu pendant 2 ans

En mars, le ministère de Finances a annulé la refonte du site internet du Contrôleur des finances.

Le projet a commencé en avril 2014, mais il a vite dégringolé, si bien qu’il a été suspendu 663 jours avant que le ministre se rende à l’évidence et l’annule. «Les besoins d’affaires ainsi que le contexte technologique qui sous-tendent ce projet ont grandement évolué, ce qui fait en sorte que la solution envisagée est remise en question», expli­que le gouvernement.

Refaire un site internet et suspendre un projet durant plus de deux ans n’est jamais conseillé pour rester loin de l’échec, surtout avec l’évolution rapide des technologies. 30 500 $ ont été gaspillés dans ce flop.