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Cultiver le bonheur

Cultiver le bonheur

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Comme plusieurs, je suis sous le choc de la disparition de David Pelletier, aka Le Sommelier Fou dont le blogue était très suivi dans le petit monde du vin.

 

Dans les vignes, en Californie, la mort a sournoisement cogné à sa porte et l’a fauché sans prévenir. Pour un tripeux de vin, c’est probablement comme ça qu’on aimerait quitter la scène. Sauf qu’avec David, c’est arrivé beaucoup trop vite.

 

La vie ne tient à rien. Ça fait réfléchir.

 

Je l’ai croisé la première fois au salon des vins grecs, dans le Vieux-Port, il y a 6 ou 7 ans. Levi’s slaque, t-shirt weird sur manches longues de coton. Barbe trash, limite pas propre. iPad scotché au bras, porte-verre en bandoulière. Le gars buvait du vin depuis 3-4 ans et venait de terminer sa sommellerie. Les yeux pétillants. On a discuté des vins d’Haridimos Hatzidakis. 

 

Criss que c’est du vin, ça! 

 

On s’est tout de suite entendu.

 

Régulier comme une montre suisse, doté d’une superbe plume, il a développé une image qui inspirait passion, rigueur, humilité, sensibilité. Intransigeant, grand débatteur des réseaux sociaux, David restait dans la vraie vie un gros teddy bear attachant. Jamais un mot plus haut que l’autre. Timide. Toujours gentil (trop?). 

 

La dernière fois qu’on a dégusté ensemble, c’était il y a deux semaines, pour les vins d’Eben Sadie. Vous auriez dû voir David tout excité de skyper avec Eben et boire ses pinards, parmi les plus intéressants d’Afrique du Sud. Après la dégusse, au lunch, on sentait bien que le Sommelier Fou avait fait des pas de géant dans sa façon de parler du vin. Je lui ai montré quelques clichés sur mon téléphone de ma visite chez Sadie, trois ans auparavant. Il m’a dit « Wow! Nice. C’est sur ma whish list ». Je lui ai proposé de le mettre en « relation » pour aller visiter le Cap. Je n’ai pas eu le temps de lui revenir.

 

La vie tient à un fil. Je le redis.

 

C’est pour cette raison qu’il faut saisir pleinement chaque moment. Qu'il faut cultiver le bonheur, sans relâche, jusque dans les petits détails de vie. Et Le SommFou savait bien le faire. Il savait surtout bien l’exprimer. C’est pour ça qu’on le lisait. C’est pour ça qu’on l’aimait. Et c’est pour ça qu’il va nous manquer.

 

Salut Pelletier!