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Savvé vou lirre é ékrire ?

Savvé vou lirre é ékrire ?
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Un excellent article de Daphnée Dion-Viens dans le JDM d’aujourd’hui nous apprenait que 15% des Québécois ne sont pas capables de comprendre un texte simple. Ce sont des analphabètes de niveau 1. Mais quel est donc le pourcentage d’analphabètes de niveau 1 dans le monde ?

Les chiffres de l’UNESCO et une simple règle de trois permettent de trouver la réponse inquiétante à cette question : 11%. Le Québec compte donc proportionnellement 4% de plus d’analphabètes que le reste du monde. Ce n’est pas acceptable.

Pas d’excuse

Bien sûr, certains signaleront que la définition de l’analphabétisme de niveau 1 est variable, que la collecte des données peut être déficiente, etc. Mais étant donné notre richesse, nous devrions faire beaucoup mieux. Il n’y a pas d’excuse valable. Ce chiffre signale notre propre incompétence à éduquer correctement nos enfants.

Va pour l’analphabétisme de niveau 1, mais qu’en est-il des autres niveaux? Les chiffres de l’article sont impitoyables : 53% des Québécois ne savent pas assez bien lire pour comprendre facilement ce blogue.

L’échec des réformes

On peut bien faire semblant que tout va bien et vanter de compétences transversales, verticales, horizontales, tangentes, parallèles, en spirales ou de la quatrième dimension, les résultats sont les mêmes. Nous ne réussissons pas à éduquer les Québécois correctement. Pour reprendre le style fautif à la première personne du singulier qu’affectionnent les pédagogues du ministère de l’Éducation : «je ne peux pas enseigner aux enfants québécois à lire correctement».

Ni le tableau blanc intelligent, ni l’apprentissage par la reconnaissance des mots, ni la nouvelle grammaire n’ont amélioré la situation. Des modes inquiétantes continuent à se répandre dans les écoles. Les uns font l’éloge de l’abolition des cours magistraux. Les autres assurent avec autorité que les élèves de demain seront de bons citoyens numériques. Des écoles donnent des tablettes numériques à des enfants qui ne savent encore ni lire, ni compter, pour les faire jouer à des jeux idiots censés éveiller l’esprit. Mais à la fin, 53% des Québécois sont incapables de lire et d’écrire correctement.

Et à l’université

L’année dernière, un de mes étudiants à l’université est venu me demander conseil pour sa carrière. Ce Québécois de souche était vif, intelligent, plein de curiosité. Mais il ne pouvait pas formuler une phrase complète sans commettre de grossières erreurs de français. Cet étudiant rêve d’aller travailler ailleurs dans le monde. Mais voilà, il aura face à lui 250 millions de francophones qui parleront beaucoup mieux français que lui. Le plus souvent, ils parleront mieux d’autres langues aussi. Ce n’est pas vraiment sa faute. Il a eu de très mauvais professeurs au primaire et au secondaire.

Je lui ai tout de même prodigué quelques conseils. Mais je crois à présent que j’aurais peut-être dû lui suggérer de poursuivre le ministère de l’Éducation pour dommages et intérêts. Je me demande également si dans quelques décennies nos enfants ne poursuivront pas les fabricants de tablettes électroniques, exactement comme de nos jours les fabricants de cigarettes sont traînés devant les tribunaux. Parce qu’à la fin, tous ces responsables-là ne comprennent eux-mêmes vraiment qu’une seule langue : celle de l’argent.

Ajout

Comme bien d'autres, j'ai été victime de notre système d'éducation. En secondaire 1, je faisais plus de 40 fautes par page. Il a fallu la patience de bons professeurs du système privé pour que je m'en sorte. Mais il en reste encore quelque chose. Par exemple, trois erreurs d'inattention dans le texte précédent, trois erreurs que j'ai corrigées. Je n'en suis pas fier. Mais si nos enfants ne commettaient que des erreurs d'inattention, personne ne discuterait de la mauvaise qualité du français qu'on enseigne.

Faut-il uniquement blâmer les mauvais professeurs ? Certainement pas. Ultimement, les ministres qui ont dirigé le ministère de l'Éducation sont les grands responsables de cette catastrophe. Entre ces deux pôles, chacun trouvera toutes sortes de facteurs aggravants: les horaires dingues des autobus scolaires, les programmes scolaires mal faits, les expérimentations pédagogiques, les écoles trop grandes, l'avarice des gouvenements, etc. En effet, depuis des décennies, les décideurs du milieu de l'éducation ont pris beaucoup de mauvaises décisions. La responsabilité est répartie entre les décideurs du milieu scolaire. Les mauvais profs et les mauvais ministres en font partie.