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Saint-Hyacinthe a rendu 80 % des poissons anormaux

Un déversement d’eaux usées dans la rivière Yamaska en a aussi tué des milliers

Des riverains et citoyens avaient été fâchés à la vue des milliers de poissons morts sur les rives de la rivière Yamaska, à Saint-Hyacinthe.
Photo Magalie Lapointe Des riverains et citoyens avaient été fâchés à la vue des milliers de poissons morts sur les rives de la rivière Yamaska, à Saint-Hyacinthe.

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SAINT-HYACINTHE | En plus de tuer des milliers de poissons le 28 juin dernier en déversant des eaux usées dans la rivière Yamaska, la Ville de Saint-Hyacinthe a rendu anormaux 80 % des poissons qui ont survécu.

La Ville de Saint-Hyacinthe a déversé 8,5 millions de litres d’eaux usées dans la rivière Yamaska le 28 juin, pendant une panne de courant prévue lors des travaux d’agrandissement de l’usine d’épuration des eaux usées, ce qui a entraîné la mort de milliers de poissons.

Or, le jour de ce déversement, le niveau de l’eau était excessivement bas en raison de la chaleur et du manque de pluie, ce qui a beaucoup affaibli le débit de l’eau.

Déformation

Des matières organiques, de l’huile et de la graisse s’étaient donc accumulées en très grandes quantités dans la rivière. Les poissons sont morts par manque d’oxygène.

L’enquête qui a suivi la catastrophe écologique montre que 80 % des poissons qui ont survécu présentent des anomalies causées par la dégradation de la rivière.

À titre d’exemple, moins de 5 % des poissons ont des anomalies dans une rivière en bonne santé.

Selon les autorités, cependant, les poissons ne sont pas contaminés et peuvent être consommés.

Toutefois, selon Alex Martin, directeur général de l’organisme de bassin versant (OBV) de la Yamaska, les taux de déformation sont élevés, surtout en ce qui concerne les nageoires dorsales et caudales (queue du poisson). L’habitat très pollué des poissons lors des analyses de juillet et septembre expliquerait ces déformations. «La population des poissons est petite et en mauvais état», a ajouté M. Martin.

Après l’accident écologique, la Ville se disait prête à ensemencer la rivière Yamaska pour compenser la perte de milliers de poissons, mais l’OBV Yamaska préfère laisser l’écosystème faire son œuvre.

L’expert a tenu à préciser que des alevins (bébés poissons) étaient présents en différents endroits dans la rivière, ce qui signifie que les poissons ont réussi à se reproduire cette année.

Pas coupable

Une semaine après l’événement, le maire de Saint-Hyacinthe, Claude Corbeil, avait confirmé que l’erreur d’un employé avait entraîné la mort de milliers de poissons.

Or, hier matin, la Ville a refusé de désigner un coupable, soutenant plutôt qu’une multitude de circonstances, additionnées les unes aux autres, avaient entraîné l’accident écologique.

Lors de la coupure de courant, les deux dégrilleurs de l’usine d’épuration, qui ont pour but d’enlever les matières plus grosses, n’étaient pas fonctionnels.

Or, ceux-ci n’avaient jamais été utilisés puisque le débit de l’eau de la rivière est habituellement plus rapide, ce qui permet de diluer davantage les eaux usées lorsqu’il y a un déversement.

La Ville a confirmé que les dégrilleurs n’étaient pas en fonction depuis la fin des années 1980.

 

La Ville dit avoir appris de son erreur

 

SAINT-HYACINTHE | La Ville de Saint-Hyacinthe affir­me avoir appris de ce déversement d’eaux usées qui a mal tourné et elle a mis en place des solutions pour éviter qu’une telle chose se reproduise.

«Il est clair que, pour nous, cet événement n’est pas très heureux. Il faut s’assurer de comprendre pourquoi. On ne veut plus revivre ça», a dit le maire de Saint-Hyacinthe, Claude Corbeil, jeudi dernier.

Mesures

Depuis le 28 juin, plusieurs inspections ont eu lieu à l’usine d’épuration. Saint-Hyacinthe assure avoir pris des mesures concrètes pour corriger certaines déficiences techniques. Un nouveau plan de communication a été mis en place, le rôle des employés en matière de gestion de l’eau a été revu, un comi­té consultatif a été formé et une évaluation de l’impact du déversement est en cours.

Cette équipe d’experts en gestion durable de l’eau a déjà fait des tests et sera présente l’été prochain pour le suivi de l’écosystème aquatique.

Avec ce suivi, il sera plus faci­le d’obtenir des données et de connaître le véritable impact du déversement.

L’organisme de bassin versant (OBV) de la Yamaska a suggéré à la Ville de favoriser l’écosystème plutôt que d’aider directement les poissons. Planter des arbres près de la rivière pour diminuer la température de l’eau, par exemple, pourrait certainement aider les poissons. Selon L’organisme, la Ville devrait aussi travailler avec Pêches et Océans Canada.

Recommandations

Le maire Corbeil a lancé un message de sensibilisation à la population. «La rivière est la responsabilité de tous», a-t-il dit.

Le direc­teur général de l’OBV Yamaska, Alex Martin, n’a pas hésité à dire que la rivière Yamaska a un lourd passé, qu’elle n’est pas très aimée, mais qu’elle est pourtant encore très utilisée. Les riverains et les habitants auraient un rôle très important à jouer concernant la qualité de l’eau.