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La Sûreté du Québec entre dans une nouvelle ère

Des policiers plus nombreux et mieux outillés, promet leur grand patron

Martin Prud’homme
Photo Chantal Poirier Le directeur général de la Sûreté du Québec, Martin Prud’homme, a passé ses deux premières années de mandat à gérer des coupes budgétaires et à assouplir la structure de l’organisation. Maintenant, «la priorité est d’investir dans notre mission», dit-il.

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Pour être «plus efficace sur le terrain», la Sûreté du Québec comptera bientôt sur 180 policiers additionnels, en plus d’investir 9 millions $ en armes et en véhicules mieux adaptés aux besoins de ses troupes.

Après s’être serré la ceinture avec un budget amputé de 30 millions $ l’an dernier, la police provinciale procède à un virage «majeur» pour «mieux remplir sa mission première», a annoncé son directeur général, Martin Prud’homme, en entrevue exclusive au Journal.

«Je ne veux pas entendre qu’on manque d’effectifs à la patrouille, à la gendarmerie et dans les enquêtes. Je veux qu’on soit capable de répondre à nos obligations. Et je veux aider nos policières et policiers à faire ce travail, qui n’est pas facile», a expliqué le patron de la SQ, en poste depuis l’automne 2014.

Il s’agit d’un «gros réinvestissement» étalé sur les deux ou trois prochaines années, a dit M. Prud’homme, vêtu du nouvel uniforme que ses 5600 policiers porteront tous d’ici le printemps 2017.

Moins de cadres, plus d’agents  

Dès le mois prochain, la SQ commencera à ajouter «graduellement» 180 policiers et enquêteurs «partout au Québec».

Il s’agit d’un bénéfice de la cure minceur imposée depuis l’an dernier à la structure administrative de la SQ, qui était «trop lourde» aux yeux du patron. Le nombre d’officiers-cadres a fondu de 388 à 316.

«Le but ultime, c’est de ramener nos policiers sur la route pour donner le service adéquat aux citoyens et remplir notre mission à pleine capacité. On a encore du chemin à faire», a noté l’ex-enquêteur de l’escouade Carcajou, qui fut aussi sous-ministre à la Sécurité publique.

‘Taser’, carabines et «4 x 4»

Les policiers en région se déplaceront à bord de 315 nouveaux véhicules (VUS) à traction intégrale, adaptés au climat.

De plus, deux nouveaux types d’armes feront partie de l’attirail de plusieurs policiers en vert olive.

Un millier d’entre eux, répartis dans les 120 postes, seront formés pour utiliser 250 pistolets à impulsion électrique (Taser gun) que leur employeur mettra à leur disposition.

La SQ va aussi acquérir des Forces armées canadiennes 150 carabines semi-automatiques Colt C8, notamment pour mieux outiller ses policiers en situation à haut risque, sur les lieux de prises d’otages ou d’individus armés et barricadés.  

«On avait besoin de changer certaines de nos façons de faire pour dégager la marge de manœuvre nécessaire, a fait valoir Martin Prud’homme, en chiffrant son budget annuel à 923 millions $. C’est à nous de le faire avec les budgets qu’on a, sans avoir à en demander plus au Conseil du Trésor.»

Les nouveautés, vues par le patron

180 policiers de plus

Martin Prud’homme
Photo Agence QMI, Éric Beaupré

Les 5600 policiers de la SQ avaient été avisés de la majeure partie du «plan de réinvestissement» de leur patron avant son entrevue au Journal. Mais pas de l’ajout de ces renforts. «Je pense que ce sera une nouvelle même pour le syndicat», a lancé Martin Prud’homme en riant. Le DG a ajouté que lui et l’Association des policiers provinciaux du Québec, qui sont toujours en négociation pour ratifier un nouveau contrat de travail, étaient «d’accord qu’il manquait de policiers à certains endroits». Plusieurs des mises en candidatures ouvertes à partir de novembre prochain seront «des postes d’officiers qui seront transformés en postes d’agents».  


150 armes militaires

Martin Prud’homme
Photo courtoisie

Dix ans après leurs collègues de l’Ontario provincial Police, 150 patrouilleurs de la SQ seront dotés de fusils d’assaut Colt C8, obtenus des Forces armées canadiennes. Une cinquantaine de corps policiers au pays sont déjà équipés de ces armes de longue portée. «Pour moi, c’est essentiel, affirme M. Prud’homme. Par exemple, dans les cas où on doit intervenir auprès de personnes barricadées et en crise, la courte portée de nos armes de services augmente le risque de confrontation de façon inutile et souvent fatale. L’objectif est de leur sauver la vie, pas de la leur enlever. C’est un outil adéquat pour nos intervenants de première ligne.»  


250 pistolets Taser

«C’est un incontournable. Pour avoir été responsable de 300 enquêtes indépendantes (menées à la suite d’interventions policières où il y a eu des blessés ou des morts) en carrière, je sais que cette arme intermédiaire est efficace et peut sauver des vies», a fait valoir le directeur général de la SQ. En retard sur plusieurs corps de police municipaux à ce chapitre, la SQ menait depuis six mois un projet pilote de mise à l’essai des pistolets à impulsion électrique dans cinq de ses postes. «En plein milieu du projet pilote, j’ai décidé qu’on devait déployer à grande échelle cette arme intermédiaire, le plus vite possible», a-t-il ajouté.


315 nouveaux VUS

Martin Prud’homme
Photo courtoisie

«On veut que nos policiers soient bien outillés. Ça commence par un véhicule adapté au climat de nos régions», a plaidé Martin Prud’homme.  Sur une flotte de 3351 véhicules, la SQ en compte seulement 140 à quatre roues motrices. Il va donc acheter 315 véhicules utilitaires sport (VUS) à traction intégrale, pour remplacer autant d’autopatrouilles conventionnelles qu’il fallait de toute façon changer. On estime que les VUS coûteront chacun environ 4000 $ de plus que les Ford Taurus et Dodge Charger, mais que les frais de réparation et d’entretien seront considérablement réduits


Sur les autoroutes

Martin Prud’homme
Photo Ben Pelosse

Martin Prud’homme redéploie ses «spécialistes de la circulation» sur les autoroutes de la Métropole et de ses environs. Qu’ils soient postés à Montréal, Laval, Candiac, Vaudreuil-Dorion, Mascouche ou Longueuil, ces patrouilleurs seront désormais regroupés à la «desserte autoroutière du Grand Montréal». «On va fermer des silos et ouvrir des frontières pour avoir une meilleure capacité de réponse et mieux supporter nos postes», a dit le dg, en soulignant le travail «stressant» de ses troupiers qui opèrent «dans la pollution et la congestion routière».   


Chiens MIRA en soutien

En collaboration avec la fondation Mira, la SQ fera l’acquisition de deux chiens «de soutien», sous la responsabilité de la Direction des enquêtes criminelles. «Essentiellement, on s’en servira pour apporter un peu de réconfort aux enfants dans des dossiers d’agression sexuelle. Ça se fait ailleurs et ça fonctionne très bien», selon le patron du corps policier provincial.