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Les défis du nouveau chef

Les défis du nouveau chef
Photo ANNIE T. ROUSSEL

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Jean-François Lisée a réussi ce qui paraissait impossible en mai dernier. Il dirige ce matin les destinées du Parti québécois. Après plusieurs mois intensifs de course au leadership, il doit avoir le goût de célébrer, avec un sentiment du devoir accompli. Or le travail ne fait que commencer.

Le PQ a des problèmes énormes. Certains le disent même condamné à disparaître. Je résume le chantier colossal qui se présente au chef fraîchement élu en quatre défis.

1. Refaire l’unité du parti

On dit cela après chaque choix d’un chef. C’est quand même très particulier cette fois-ci. Une course extrêmement «divisive» qui a brouillé le caucus et qui laissera des cicatrices. Le chef doit maintenant s’occuper des ego et redonner le goût à ceux qui ne l’appuyaient pas de continuer le combat.

Au-delà des ego personnels, le Parti québécois est profondément divisé sur deux grands axes: la stratégie référendaire et l’identité. Deux fractures très profondes, qui remontent plus loin que la campagne des dernières semaines. Sur la stratégie référendaire, le PQ est divisé entre les indépendantistes pressés, prêts à sacrifier le pouvoir pour la cause et les pragmatiques prêts à mettre la cause en veilleuse pour battre les libéraux.

Sur la question identitaire, le PQ abrite la faction des inclusifs qui cherche une version québécoise du multiculturalisme et les identitaires qui ont cru la Charte des valeurs et qui pensent encore que le PQ doit oser parler d’imposer les valeurs québécoises et réduire les seuils d’immigration.

2. Reconnecter le parti sur les jeunes

Rien n’effraie plus les péquistes que cet affaiblissement terrible dans le jeune électorat. Une étude au sujet de l’élection 2014 plaçait le PQ quatrième chez les 18-24ans (derrière le PLQ, la CAQ et même Québec solidaire).

Ne pas renverser cette tendance, c’est mourir, point. C’est encore plus vrai pour un parti qui se perçoit comme le porteur d’un grand projet comme l’indépendance. Le projet lui-même perd du lustre s’il ne mobilise plus la nouvelle génération. Aller chercher les jeunes? Facile à dire, beaucoup plus complexe à faire pour un parti politique.

3. Refaire du PQ une machine apte à gagner des élections

On l’oublie facilement, mais le Parti québécois fut durant quelques décennies une redoutable machine à gagner. Dès les lendemains de sa fondation, le PQ a obtenu 23 % puis 31 %. Il a pris le pouvoir dès sa troisième élection, moins de dix ans après sa fondation.

Entre 1976 et 1998, le PQ a remporté quatre élections sur six, majoritaire toutes les fois. Il faut rebâtir la machine organisationnelle, redonner confiance aux troupes... et rappeler l’importance de la discipline dans une armée qui veut gagner la guerre. De 1998 à aujourd’hui... un petit gouvernement minoritaire de justesse.

4. Élaborer un discours péquiste qui s’adresse aux gens

Calendrier référendaire et analyse des résultats de tous les échecs: les péquistes ont cultivé l’art de se parler entre eux depuis des lunes. Pas payant.

Jean-François Lisée a prouvé ses talents de stratège pour se hisser au sommet de cette course. Il en aura bien besoin pour relever le PQ maintenant.