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Philippe Couillard, le poète

Le chef intérimaire du Parti québécois Sylvain Gaudreault et le premier ministre Philippe Couillard ont bien rigolé cette semaine à l’Assemblée nationale.
Photo Agence QMI, Simon Clark Le chef intérimaire du Parti québécois Sylvain Gaudreault et le premier ministre Philippe Couillard ont bien rigolé cette semaine à l’Assemblée nationale.

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Surréaliste! Le mot n’est pas trop fort pour qualifier cette coquetterie du premier ministre cette semaine qui a fait ses adieux au chef intérimaire du PQ Sylvain Gaudreault en composant des alexandrins:

De nos courtes vies, les parques filent la toile.

Bien osé pour nous d’en deviner le cours.

Le PQ bientôt montrera un troubadour.

Philippe Couillard a voulu démontrer à la fois son tempérament poétique et un humour satisfait. L’exercice a fait sourire l’Assemblée nationale, mais dans le contexte actuel où les statistiques sur l’analphabétisme fonctionnel font état de 53 % des Québécois, cette habileté de diplômé du cours classique indique à quel point le premier ministre est décroché de la réalité québécoise.

Le dossier sur la détérioration du français publié dans Le Journal de Montréal/Québec n’a pas suscité d’indignation publique chez celui qui nous dirige. Certes, cette déficience tragique du système d’éducation à apprendre aux Québécois à lire n’est pas le fait de Philippe Couillard.

Les gouvernements successifs semblent avoir été absents depuis des décennies de cette lente dégradation. Leur préoccupation portait plutôt sur la diplomation où le Québec se compare mal au reste du Canada. D’où l’abaissement du niveau des diplômes afin d’afficher des statistiques de diplomation plus élevée.

La désalphabétisation

Nous sommes dans une situation d’urgence­­ nationale. Mais ni le gouvernement ni d’ailleurs les partis d’opposition ne semblent vraiment perturbés par le courant de désalphabétisation menant à long terme à notre disparition culturelle.

Le premier ministre est certainement à même de constater ce phénomène. Certains de ses ministres dont nous tairons­­ le nom par charité chrétienne sont incapables de s’exprimer dans une langue le moindrement soutenue. Cela pourrait être symptomatique de difficultés majeures à saisir et à comprendre les textes abstraits qui leur sont soumis.

Contrairement aux stéréotypes, le phénomène s’étend aux personnes scolarisées, des diplômés universitaires sont eux-mêmes handicapés. Ce sont des gens qui ne lisent pas, sauf des textes techniques. Or, comme le dit le dicton, le besoin crée l’organe. Sans une pratique régulière de la lecture, la désalphabétisation les guette.

Défense du français

À la suite de ma récente chronique sur ce sujet, j’ai subi des critiques de gens pour qui la défense de la qualité de la langue et la douloureuse interrogation que cela suscite sont une expression de mépris pour le peuple. Je deviens donc une «commissaire à la rectitude grammaticale», «une traîtresse à la patrie», une snob et l’incarnation de la bour­geoisie faisandée.

Comment expliquer que le Québec se distingue aussi par le nombre de gens qui associent la défense de la langue parlée et écrite, la valorisation d’un large­­ vocabulaire, l’éloge de la beauté de l’expression verbale et de l’élégance de la pensée à une trahison de classe? Nous sommes la seule société occidentale où bien s’exprimer et chercher à se dépasser intellectuellement sont considérés comme une tare sociale.

Je viens d’un milieu où l’on était à peine scolarisé, sauf ma mère. Ma langue affective première est le joual. Ce serait faire insulte à ma mère et à mes tantes adorées qui auraient souhaité être «instruites» que de parler cette langue malade, incommunicable au reste de la francophonie. Et j’assume mon statut de parvenue, au sens propre du terme, à la langue française qui m’apporte tant d’émotions et de joies.

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