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Une femme atteinte de tumeurs a choisi l'ablation de ses seins

Une femme atteinte de cancer a refusé la chimiothérapie et filmé son épreuve de trois ans

Majoly Dion
Photo Pierre-Paul Poulin Âgée de 50 ans, Majoly Dion ne regrette pas son choix d’avoir subi la double mastectomie.

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Atteinte de tumeurs cancéreuses aux seins, une Montréalaise de 50 ans a choisi de subir une double mastectomie plutôt que de passer à travers la chimiothérapie. Une épreuve de trois ans racontée dans un documentaire qui lui a permis de transformer la souffrance en positif.

«C’est une longue réflexion. Tu ne te lèves pas le matin en te disant: je me fais enlever les seins. C’est la décision la plus difficile que j’ai eu à vivre», confie-t-elle.

Artiste multidisciplinaire, Majoly Dion a vu sa vie complètement chamboulée le 22 février 2013. Diagnostic: lésions cancéreuses au sein gauche. Bien qu’une telle nouvelle crée souvent un choc immense, la femme était déjà convaincue d’avoir un cancer avant même de recevoir la nouvelle.

Elle exige l’échographie

Elle dit d’ailleurs qu’elle avait insisté pour subir une échographie, après le résultat négatif de la mammographie. «Ça me démangeait, c’était insupportable, se rappelle-t-elle. J’avais un feeling, comme un sixième sens.»

«J’étais rendue à un point où je voulais juste enlever ça (seins). Je voulais passer à autre chose pour être en santé. C’est très dur de vivre avec un nuage sur la tête chaque matin.» – Majoly Dion 

Opérée rapidement à Saint-Hyacinthe, elle a été référée pour suivi au Centre hospitalier de l’Université de Montréal (CHUM).

«Les médecins voulaient faire d’autres tests. Ils ont découvert d’autres cancers dans le sein gauche qui n’avaient pas été enlevés. Et des lésions dans le sein droit.»

Après trois mois de biopsies «atroces», Mme Dion avait pris sa décision.

«J’ai dit: on enlève les deux seins.»

«Je ne suis pas contre la chimio et la radio, clarifie-t-elle. Physiquement, je n’aurais pas été capable. [...] Chacun trouve ce dont il a besoin. Si tu y crois, tu vas guérir. Si tu fais quelque chose dans le doute, ça ne marchera pas plus.»

Mûre réflexion

Si la décision peut paraître draconienne, Mme Dion y avait bien réfléchi.

«Les seins, c’est la féminité, l’identité. Mon enfant a bu là. [...] En même temps, j’avais un désir de vivre plus grand que l’impact de perdre mes seins.»

Rapidement, elle a réalisé que l’information disponible sur la mastectomie se faisait rare. Heureusement, Majoly Dion a profité de l’expertise du CHUM, qui offre la reconstruction mammaire après la mastectomie (voir autre texte).

Pour diffuser l’information aux patientes, Mme Dion a décidé de se filmer tout au long du processus. Le documentaire «Quand sert la vie... Au-delà des frontières du cancer», sera lancé le 25 octobre.

«C’est une vision d’un patient. J’aurais aimé avoir cette information avant! Si j’aide juste une personne, je vais être bien contente.»

Aujourd’hui, elle croit que le documentaire l’a aidée durant des moments difficiles.

«Je pense que le bonheur existe aussi dans la souffrance. J’ai regardé comment je pouvais transformer ça en positif.»


♦ Pour visionner le documentaire ou contacter Mme Dion : www.commetoietmoi.tv

 

Une option trop peu connue des femmes

Un extrait du documentaire lors de la reconstruction de ses mamelons par son chirurgien-plasticien du CHUM, le Dr Joseph Bou-Merhi.
Photo courtoisie Zoombuzz films
Un extrait du documentaire lors de la reconstruction de ses mamelons par son chirurgien-plasticien du CHUM, le Dr Joseph Bou-Merhi.

Trop peu de femmes atteintes de cancer du sein savent qu’elles peuvent subir une reconstruction mammaire directement après la double mastectomie, déplore un chirurgien du CHUM.

«Ça donne de l’espoir! souligne le Dr Joseph Bou-Merhi, chirurgien-plasticien au Centre hospitalier de l’Université de Montréal (CHUM). On voit les patientes en pleurs qui vivent un drame, alors on représente du positif.»

«Perdre un sein, c’est important. Le but est de retrouver l’équilibre mental et physique» ajoute celui qui a opéré Mme Dion et participé au documentaire.

Moins de 15 %

Selon le Dr Bou-Merhi, le taux de reconstruction mammaire post-mastectomie est de moins de 15 % au Québec. Un retard important par rapport aux États-Unis, où près d’une femme sur deux choisit cette option.

Au CHUM, le Centre intégré de cancérologie a mis en place une organisation qui permet à la patiente d’être opérée par l’oncologue et le chirurgien plasticien dans la même journée. L’an dernier, le taux de reconstruction immédiat était de 29 %.

«Il faut démystifier la chose, dit le Dr Bou-Merhi. Ce n’est pas de l’esthétisme, mais plein de femmes ne savent même pas que c’est remboursé par la RAMQ! »

Plus facile

«En plus, la reconstruction est beaucoup plus facile dans l’immédiat, les tissus sont encore souples», ajoute-t-il.

Ce dernier avoue toutefois qu’un problème d’accès aux deux spécialistes dans la même journée est souvent en cause dans les hôpitaux régionaux.