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Notre-Dame-de-la-Défense et l’apparition des quartiers ethniques (1919)

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En 1919 fut consacrée une église italo-montréalaise, Notre-Dame-de-la-Défense, ou chiesa della Madonna della Difesa, qui est devenue le cœur de la Petite Italie et qui le demeure. Un de ses architectes, Guido Nincheri, d’origine italienne comme son nom l’indique, est un des grands artistes religieux du Québec. Mais Nincheri a aussi honoré des contrats profanes, notamment pour les frères Dufresne, dont le château, devenu un musée, borde le Parc olympique, rue Sherbrooke Est.

La communauté italienne a été la première à marquer Montréal par sa cuisine. Sans vouloir insulter les Anglo-Saxons, ni les Anglais, ni les Écossais, ni les Irlandais, dont les emblèmes occupent 75 % des armoiries de Montréal (ce qui est ridicule), ils n’ont rien apporté de mémorable sur le plan culinaire. Mais les communautés italienne, portugaise, vietnamienne, chinoise, indienne, mexicaine, marocaine, pour ne prendre que ces exemples, nous ont enrichis de leur cuisine! Si les querelles persistent à propos du voile islamique, tout le monde peut au moins s’entendre pour vanter la succulence des mets afghans.

Les fléaux survenus à l’étranger ont donc eu des retom­bées culinaires extraordinaires sur Montréal puisque, presque toujours, c’est la misère, la guerre ou la famine qui nous ont valu des vagues d’immigration. Les pogroms et l’antisémitisme ont chassé d’Europe des milliers de Juifs qui se sont installés rue Saint-Laurent et dans le bas d’Outremont. Les Portugais iront un peu plus au nord, toujours rue Saint-Laurent. On trouvera des Italiens dans Saint-Léonard, Ville-Émard, LaSalle, sans oublier la rue Jean-Talon. Les Irlandais, qui travaillaient souvent comme ouvriers au canal de Lachine et qui étaient des rivaux économiques directs du petit peuple canadien-français, se sont concentrés dans Pointe-Saint-Charles, le Village-aux-Oies et Griffintown. Les Chinois, eux, ont favorisé l’intersection des rues De la Gauchetière et Saint-Laurent.

N’oublions pas les français

Oh! J’allais oublier les Français! La haute cuisine française s’est souvent confondue avec la nôtre, du moins à titre de version haut de gamme, de pendant aristocratique aux repas gras et populaires du peuple. Pensez-vous que les grands bourgeois cana­diens français montréalais se régalaient de pâté chinois? Les conquérants eux-mêmes, n’ayant pas de tradition culinaire enviable, adoptaient la cuisine française... du moins une pâle imitation de celle-ci.

Contrairement aux Italiens, qui entretiennent à Montréal une vision idéale et fleur bleue de leur mère patrie (en oubliant qu’ils y mouraient de faim), les Français, arrivés en grand nombre dans notre ville, ne bâtiront pas d’église pour leur servir de phare et ils n’idéalisent pas la France, où bien souvent ils étouffaient. Le Plateau est nouvellement devenu une Petite France. Et c’est la gastronomie et non la religion, les restaurants et non les églises, l’élégance vestimentaire et non les colifichets sectaires qui distinguent ces nouveaux Québécois qui, malgré toutes les affinités culturelles qu’ils peuvent avoir avec les Québécois, vont, à mon avis, quand même se constituer petit à petit en communauté... un siècle après les Italiens et leur fameuse église.

Avec cette église, la communauté italo-montréalaise, issue surtout du Sud, où les gens mourraient de faim et partaient pour fuir la misère et le crime organisé, devenait un petit pays dans le pays. Malgré leur latinité, les Italiens, conformément à la prédilection de l’immigration pour l’ordre établi, vont massivement adopter les préjugés anti-Canadiens français des anglophones… Et ils parleront de préférence l’anglais… de sorte que le Québec a dû légiférer pour éviter le désastre d’une anglicisation volontaire systématique de l’immigration.
Photo courtoisie des Archives municipales de Montréal
Avec cette église, la communauté italo-montréalaise, issue surtout du Sud, où les gens mourraient de faim et partaient pour fuir la misère et le crime organisé, devenait un petit pays dans le pays. Malgré leur latinité, les Italiens, conformément à la prédilection de l’immigration pour l’ordre établi, vont massivement adopter les préjugés anti-Canadiens français des anglophones… Et ils parleront de préférence l’anglais… de sorte que le Québec a dû légiférer pour éviter le désastre d’une anglicisation volontaire systématique de l’immigration.

 

L’artiste Guido Nincheri a conçu le château des frères Dufresne, ces grands bourgeois Canadiens français qui rêvaient de créer un centre-ville francophone dans l’Est de Montréal, dans Ville de Maisonneuve.
Photo courtoisie des Archives municipales de Montréal
L’artiste Guido Nincheri a conçu le château des frères Dufresne, ces grands bourgeois Canadiens français qui rêvaient de créer un centre-ville francophone dans l’Est de Montréal, dans Ville de Maisonneuve.


- Avec la collaboration de Louis-Philippe Messier