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Traverse laval-île-bizard

1975

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Courtoisie de SPHIB-SG. Le Paule I vers 1975.
Courtoisie de SPHIB-SG. Le Paule I vers 1975.

Traverser comme il y a cent ans

Avez-vous déjà traversé en bateau de l’île Bizard à Laval-sur-le-Lac? Pour 4,50 $ pour un automobiliste et 1,50 $ pour un cycliste, vous pouvez vous rendre à Laval grâce à l’une des rares traverses à traille toujours opérationnelle au Québec. Relatés en 1813 par Hugues Heney dans une missive à Jacques Viger, les bacs ont été longtemps la principale façon de voyager entre les îles. Établis sur les terres neuves au nord du lac des Deux Montagnes, les fils de cultivateurs pouvaient ainsi saluer leur paternel dans l’île Bizard avant d’amener leurs produits aux marchés de Montréal. Empruntant un premier bac depuis Saint-Eustache, les voyageurs mettaient d’abord pied à l’île Jésus (Laval), traversaient le village de Sainte-Dorothée et se dirigeaient vers l’ouest jusqu’à la traverse menant à la berge nord de l’île Bizard. Après une courte visite à la famille, un troisième bac les attendait au sud de l’île pour les mener à Sainte-Geneviève sur l’île de Montréal. Ce voyage vers la ville devait prendre au moins deux jours!

Un système ingénieux

Courtoisie de SPHIB-SG. Roger Labastrou, Le mécanisme de traille. 2007.

Armés de rames et de perches, les premiers bateliers bataillaient le fort courant de la rivière des Prairies pour mener leur bac à bon port. Le métier n’est pas sans risques. Certains se noient comme le passeur Zénon Clément en 1898. Ayant épousé la veuve Clément, Vitalien Bigras succède au défunt à la charge de batelier. En 1903, ce dernier décide alors d’utiliser la force du courant pour l’aider à traverser le bras de rivière. Il tend un fil d’acier entre deux mats plantés de chaque côté de la rive. Puis, le bac est attaché à ce fil à l’aide d’un câble muni de poulies. En exerçant une pression sur le côté du bac bien arrimé au fil, le courant pousse naturellement le bac vers la rive opposée, comme l’aurait fait le vent sur une voile. Les Bélanger, Bastien, Sévigny, mais surtout les Bigras se succèdent à la charge. Assisté par un système hydraulique depuis 1987, le bac à traille est toujours en place plus de cent ans plus tard.

À l’arrivée du pont

Courtoisie de Pointe-à-Callière, musée d’histoire et d’archéologie, Collection Christian Paquin, Pont Ile Bizard vers 1953. Charpentier éditeur.

Au sud de l’île Bizard, le bac demeure incontournable pour se rendre à Sainte-Geneviève de 1790, année de sa mise en fonction, jusqu’à la construction du premier pont en 1892-93. Vers 1850, le marchand Guillaume Gamelin-Gaucher fait même l’acquisition d’un «horse boat», un navire doté de roues à aubes activées par un manège à traction équine. Précédant les bateaux à vapeur, ce type d’embarcation est aussi utilisé à Longueuil et à Lachine, où le fort courant se fait sentir. L’expérience du «horse-boat» semble avoir été de courte durée. Mais la modernité ne manque pas d’arriver à l’île Bizard. Honoré Mercier mandate l’ingénieur belge Gérard Macquet pour doter l’île de son premier pont. Exposée à Bruxelles en 1880, la travée parabolique fut importée de Belgique pour la construction du pont. Belle invention... fragile dont l’accès est limité aux chevaux allant au pas et aux voitures circulant à moins de 30 km/h. Démoli et remplacé en 1966, le pont aura tenu bon plus de 80 ans.