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Honte à vous M. Couillard

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Ayant désormais devant lui un redoutable adversaire en la personne de Jean-François Lisée, Philippe Couillard est déjà passé en mode attaque d’une manière abjecte, indigne de son intelligence et de sa fonction de premier ministre, en associant le nouveau chef du Parti québécois à l’extrême droite européenne.

C’est tout simplement ahurissant. Au niveau d’un populiste américain bien connu.

Or, le formidable discours rassembleur qu’a prononcé le nouveau chef du PQ vendredi dernier a clairement établi qu’il n’a aucune affinité avec la détestable extrême droite nationaliste européenne.

Identitaire modéré

Ne pouvant l’attaquer sur le flanc d’un hypothétique référendum pendant un tout aussi hypothétique premier mandat, le premier ministre a conjuré les démons de l’intolérance et du repli identitaire pour déculotter Jean-François Lisée. Mais cela risque fort de se retourner contre lui, car les Québécois, qui n’ont de leçons de bonté et d’accueil à prendre de personne, sont mûrs pour un débat serein sur l’identité et l’immigration.

François Legault aussi l’a compris.

À condition que la discussion soit bien menée et qu’on ne laisse pas les Pineault-Caron de ce monde en définir les paramètres. Tout le monde a voix au chapitre, certes, mais l’ignorance, le racisme et la xénophobie sont toxiques pour l’identité québécoise. Mais il faut en tenir compte.

Bien des gens favorables à la laïcité, dont je suis, ont rejeté la charte, en tout ou en partie, en raison du ton du débat, et parce qu’ils ne supportaient pas l’idée que des femmes perdent leur emploi à cause d’un hijab, ce que rejette Jean-François Lisée.

L’identité, l’appartenance, la pérennité des langues et des cultures, l’avenir, s’il existe, de l’État-nation et la laïcité sont au cœur du débat politique partout en Occident, mondialisation oblige. Un débat sur mesure pour la petite nation qu’est le Québec qui ne peut se permettre, sous peine de disparaître, de devenir un État postnational comme le Canada de Justin Trudeau.

Mais Philippe Couillard refuse de tenir cette conversation. Depuis Jean Lesage, jamais les libéraux n’ont démontré aussi peu de fibre nationaliste. Et comme la nature a horreur du vide, l’intolérance s’est faufilée au cœur d’un certain discours populaire, tel un ver dans la pomme.

Fini la victimite

La semaine dernière, j’ai exprimé ma préférence de non-souverainiste pour la candidature de Jean-François Lisée à la tête du PQ, en partie pour entendre parler de nation d’une manière actuelle, mature.

Jean-François Lisée n’a jamais enrobé son discours souverainiste dans la victimite, ce mal qui oppose ces «petits pauvres de nous» fictifs et la «grosse anglaise chez Eaton» tout aussi fictive. Un point de vue qui m’a toujours gardée hors d’atteinte du Parti québécois.

Comme si le Québec n’avait pas évolué depuis 1976. Comme si les anglophones d’aujourd’hui ressemblaient aux anglophones de naguère-jadis. Jean-François Lisée a toujours tendu la main à la communauté anglophone et aux autres minorités historiques du Québec.

J’ose espérer que le nouveau chef ne cessera pas d’être un politicien hors-norme même quand le parti, et les militants, se plaindront parfois de son côté impétueux, un tantinet brouillon. C’est la créativité au travail.

Le Globe and Mail, qui n’a jamais rien compris au Québec, disait cette semaine que le Parti québécois pourrait disparaître si Lisée était élu chef.

Il vient plutôt de renaître.