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L’optimisme à son plus bas

Les producteurs canadiens se préparent à une longue bataille

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Photo Didier Debusschère André Tremblay, le PDG du Conseil de l’industrie forestière du Québec qui représente les principaux joueurs de l’industrie.

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Désignés comme des «communistes du Nord» par les Américains, les producteurs de bois d’œuvre canadiens se préparent à une longue bataille juridique pour protéger leurs marchés.

Sur une échelle de 1 à 5, André Tremblay, PDG du Conseil de l’industrie forestière du Québec (CIFQ), évalue à 1 son niveau de confiance par rapport à un règlement rapide dans cet épineux dossier.

Après le 12 octobre, date d’expiration du délai de grâce de l’accord sur le bois d’œuvre, les producteurs américains seront en droit de déposer une plainte devant l’International Trade Commission sur les préjudices subis ou susceptibles de se produire.

«Le pouvoir des autorités américaines, c’est de nous imposer une taxe. En vertu des ententes commerciales, ils ne peuvent pas instaurer de quotas, mais c’est ce que veulent les producteurs américains dans une entente future», a indiqué M. Tremblay.

Scénario catastrophique

Un long litige commercial se dessine encore une fois à l’horizon. Selon la CIFQ, il pourrait s’écouler jusqu’à quatre ans avant qu’un jugement soit rendu. En attendant, les producteurs canadiens pourraient se voir imposer dès mars 2017 une taxe pouvant atteindre 25 % de leurs exportations.

Ce scénario serait catastrophique pour les producteurs canadiens, estime M. Tremblay.

Actuellement, il en coûte 325 $ pour produire 1000 pieds mesure de planche (pmp), plus 50 $ pour l’expédier, ce qui laisse environ 25 $ de profit aux producteurs. Au Québec, cela se traduirait par des charges d’exploitation supplémentaires de 250 M$.

«Si on nous impose une taxe, c’est sûr qu’on tombe en déficit. Nos membres émergent d’une période difficile. Ils commencent à peine à se sortir la tête de l’eau. Il n’y a pas une seule scierie au Québec qui peut supporter une taxe de 25 % tout en restant rentable. C’est impossible, même pour les plus grosses», a poursuivi le PDG du Conseil.

Aide du gouvernement ?

Avec la mise en place du nouveau régime forestier, les producteurs québécois ont déjà subi une hausse importante de leurs coûts d’approvisionnement de l’ordre de 10 à 15 %.

La traversée du désert s’annonce longue et difficile, ajoute-t-il.

«On va nécessairement avoir besoin de l’aide des gouvernements pour supporter financièrement l’industrie pendant cette guerre commerciale là dans le respect des traités.»

Cette aide pourrait venir sous forme de prêts ou de garanties de prêts.

Survol de l’industrie au Québec

  • 130 scieries
  • 60 000 emplois ( ensemble du secteur )
  • Contribution de 3 % du PIB
  • 9,6 G$ d’exportations
  • 16 G$ de chiffre d’affaires

Une longue histoire entre les deux pays

L’historique du bois d’œuvre est ponctué de plusieurs différends commerciaux entre le Canada et les États-Unis.

«Il y a eu quatre conflits antérieurs et on a toujours obte­nu gain de cause. Les Américains n’ont jamais réussi à démontrer que notre bois était subventionné», dit André Tremblay, le PDG du Conseil de l’industrie forestière du Québec.

Ce dernier demeure confiant quant à l’issue du litige commercial qui se pointe à l’horizon, surtout avec l’adoption du nouveau régime forestier. En vigueur depuis deux ans, ce nouveau cadre réglementaire a justement été réformé pour échapper aux reproches des Américains.

Selon M. Tremblay, les producteurs canadiens ont gagné haut la main leurs deux derniers conflits, et ce, sur tous les plans. L’Organisation mondiale du commerce, l’ALÉNA et la Court of International Trade ont débouté les Américains dans leur détermination acharnée.

Prolongation

L’accord sur le bois d’œuvre, qui devait prendre fin en octobre 2013, a été prolongé jusqu’en octobre 2015.

Les États-Unis ont toujours prétexté que le Canada subventionnait les producteurs de bois, ce qui serait non conforme aux engagements inter­nationaux pris par le Cana­da. Les régimes forestiers qui sont en vigueur au Canada et aux États-Unis sont à l’origine de ces différends. Au Cana­da, la majeure partie des terres exploitées appartiennent au domai­ne public. Au Québec, 90 % de la forêt appartient aux Québécois.

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