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Il dit avoir été violé 300 fois par un frère de Granby

Une autre congrégation religieuse est visée par une demande de recours collectif

Collège Mont-Sacré-Coeur
Photo Pierre-Paul Poulin Un ex-pensionnaire réclame plus d’un million $ au Collège Mont-Sacré-Cœur et aux Frères du Sacré-Cœur pour de présumées agressions.

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Affirmant avoir été violé plus de 300 fois par un religieux qui voulait «l’aider» à se guérir de sa timidité, un ancien élève d’une école de Granby veut intenter un recours collectif contre les Frères qui ont dirigé l’établissement pendant des décennies et qui auraient pu faire jusqu’à une centaine de victimes.

Une demande en recours collectif a été déposée vendredi dernier à la Cour supérieure afin d’obtenir un dédommagement pour «toute victime d’agression sexuelle subie» au Collège Mont-Sacré-Cœur, dirigé par les Frères du Sacré-Cœur de 1932 à 2004.

Ce cas s’ajoute à la longue liste de cas allégués d’agressions sexuelles qui éclaboussent le clergé au Québec depuis quelques années.

La présumée victime, décrite dans la requête comme un homme de 56 ans qui aurait été alcoolique à la suite des présumées agressions, aurait vécu l’enfer selon son avocat, Me Robert Kugler.

En file

«Encore aujourd’hui, il est dans un état difficile. Il n’a pas parlé de ça pendant des années. C’était un lourd secret à porter», dit Me Kugler, précisant que pour cette raison, l’homme ne veut pas accorder d’entrevues.

Selon la requête, ce dernier aurait été agressé plus de 300 fois, à une fréquence de 3 à 6 fois par semaine, pendant qu’il effectuait son secondaire 3 et 4 comme pensionnaire au collège. Il aurait eu 13 ans au moment de la première agression.

«Le surveillant du dortoir, le frère Claude Lebeau, l’obligeait à se mettre en file avec d’autres élèves devant sa chambre et l’agressait quand il entrait. Ce qui est particulièrement troublant, c’est que d’autres enfants entraient avant et après la victime dans la chambre du frère», affirme Me Kugler.

Le frère Lebeau aurait masturbé le jeune pensionnaire à chacune des visites de celui-ci à sa chambre, dans le but de «l’aider à s’ouvrir et se dégêner».

Selon la firme Kugler Kandestin, qui a déjà piloté trois recours collectifs contre des congrégations religieuses, plusieurs autres enfants auraient pu être victimes de Frères du Sacré-Cœur.

Dizaines de victimes

«On estime que le frère Lebeau a été en poste au moins pendant 15 ans. Je ne serais pas surpris qu’on parle de 60 à 100 victimes», estime Me Kugler.

«On pense que des victimes d’autres frères vont aussi se manifester. Regardez le cas des Pères rédemptoristes. Ça a commencé avec une victime et il y en avait 110 à la fin», dit Me Kugler.

Hier, le porte-parole et frère, Donald Bouchard, s’est refusé à tout commentaire et nous a redirigés vers l’avocat des Frères du Sacré-Cœur. Me Messier n’a pas voulu commenter puisque la requête n’avait pas encore été signifiée aux Frères hier.

 

D’autres recours collectifs contre des congrégations religieuses

Les Frères de Sainte-Croix

2013 : Plus de 200 victimes reçoivent une indemnisation allant de 10 000 $ à 250 000 $ de la congrégation de Sainte-Croix, pour avoir subi des sévices dans les pensionnats du Collège Notre-Dame, du Collège de Saint-Césaire et de l’école Notre-Dame de Pohénégamook entre 1950 et 2001.

2014 : Un deuxième recours collectif est déposé pour des agressions sexuelles commises sur des élèves dans les années 1960 et 1970 à l’oratoire Saint-Joseph et dans trois anciens collèges: Maisonneuve, Saint-Laurent, et Marie-Victorin. Le dossier est toujours en cour.

Les Pères rédemptoristes

2014 : D’anciens élèves des rédemptoristes du Séminaire Saint-Alphonse ont gain de cause dans un recours collectif. Ils recevront une somme totale de 20 M$. Le nombre estimé de victimes s’élevait à plus de 200 anciens élèves.

Clercs de Saint-Viateur

2016 : Plus de 150 personnes sourdes ayant été agressées sexuellement par les Clercs de Saint-Viateur reçoivent 30 M$ en indemnisations.

Les Frères maristes

2014 : Un recours collectif est intenté contre les Frères maristes pour des sévices sexuels et physiques qui auraient été perpétrés dans un centre d’hébergement pour adolescents, à Saint-Hyacinthe, entre 1970 et 1986. Le dossier est toujours en cour.

Frères de la congrégation Notre-Dame-de-la-Miséricorde

2016 : Une entente à l’amiable survient dans le cadre d’un recours collectif visant le frère Jean-Paul Thibault de la congrégation des Frères de Notre-Dame de Miséricorde, qui a été directeur du Collège Saint-Hilaire pendant 20 ans. Selon l’entente, les victimes d’agressions sexuelles pouvaient recevoir une somme minimum variant entre 55 000 $ et 110 000 $.

 

Extraits de la requête

«Le frère Lebeau a alors dit au requérant qu’il était important de s’extérioriser et l’a donc invité à venir le rejoindre dans sa chambre au dortoir ce soir-là puisqu’il disait avoir une solution pour l’aider.»

«À son grand étonnement, le frère Lebeau a demandé au jeune de baisser ses pantalons de pyjama et s’est mis à le masturber puisque ceci était un moyen de l’aider à s’ouvrir et à se dégêner.»

«À la fin de la séance, le frère Lebeau donnait parfois de l’encouragement “tu fais du progrès” ou “on continue”, comme s’il s’agissait d’une thérapie, alors que d’autres fois, le frère Lebeau semblait frustré de l’absence d’érection du requérant en le critiquant et lui disant qu’il était trop “renfermé”».

«Il arrivait fréquemment que le requérant doive attendre en file alors que le frère était occupé avec un autre élève seul dans sa chambre [...] ce dernier attendait souvent assis sur son lit.»