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Un livre pour survivre à Montréal

Laurent Turcot et Stéphanie Neveu, auteurs de Vivre et survivre à Montréal au 21e siècle.
Photo 24 heures, Camille Dufétel Laurent Turcot et Stéphanie Neveu, auteurs de Vivre et survivre à Montréal au 21e siècle.

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Qu'on se le dise, Montréal a ses propres codes sociaux et ceux-ci font désormais l'objet d'un ouvrage qui permettra peut-être aux non-initiés de mieux les comprendre et d'y survivre.

«Dans les années 50-60 et avant on avait des guides de savoir-vivre; tous les aspects de la vie étaient réglés, aussi en fonction de la religion», rappelle Laurent Turcot, co-auteur de Vivre et survivre à Montréal au 21e siècle. «Avec la Révolution tranquille on a jeté le bébé avec l'eau du bain mais ça ne veut pas dire qu'on n'a plus de règles. Elles sont préétablies et on s'est dit qu'il fallait les lister.»

Un baiser et une gifle

Cet historien originaire de Québec et établi depuis dix ans à Montréal a ainsi décidé de se lancer en couple avec l’auteure Stéphanie Neveu, native de la métropole, dans la rédaction de cet ouvrage paru cette semaine aux éditions Septentrion. Ne pas y voir un guide de savoir-vivre au sens strict mais plutôt une déclaration d'amour irrévérencieuse pour la métropole et ses habitants, des êtres plus complexes qu'ils n'y paraissent. «C'est un baiser et une gifle, on dit à Montréal “on t'aime mais tu as parfois besoin d'être recadrée”.»

Voisinage, restaurant, salle d'attente, discussions politiques, small talk, code vestimentaire, tout y passe avec humour, sous forme d'anecdotes et de constats sur ce qui constitue l’identité montréalaise. N'importe quel nouvel arrivant devrait en ressortir prêt à affronter la métropole, même si les auteurs affirment ne rien vouloir imposer.

Il s'agit aussi d'une prescription adressée aux Montréalais, selon Laurent Turcot. «On ne peut s'empêcher de faire du jugement de valeur. Parfois on pense que les Montréalais gagneraient à être plus raffinés comme en voiture où ils peuvent perdre leurs moyens.»

Peur de s’assumer

«Ici les gens ont aussi peur de la montréalisation, ajoute Stéphanie Neveu. Les Montréalais ne veulent pas trop s'imposer pour ne pas écraser les régions.»

Rappelant pourtant que Montréal est l'une des plus grandes villes francophones au monde, les auteurs invitent ses habitants à s'assumer, remarquant chez eux une peur du jugement. «Cette peur régit nos interactions, croit Laurent Turcot. On va toujours trouver une formule pour dire les choses là où les Français vont dire “C'est de la merde”. Soyez moins faux-culs! Montréal est au niveau de Paris, de New York et de Toronto. Assumez-le.»

Six normes montréalaises observées par les auteurs :

-La plus visible : Faire la file dans les transports en commun et respecter l'autre. Les Montréalais sont dans leur bulle dans les transports en commun, fait remarquer M. Turcot, quitte à ne pas toujours réagir face à un comportement anormal.

-La nécessaire sociabilité au bureau : Ne pas échanger avec ses collègues de bureau est synonyme de mort sociale ici, pointent les auteurs. Cela est souvent très mal vu par les employeurs.

-L'intégration dans son quartier : Selon M. Turcot, les assemblées de quartier improvisées se forment très rapidement à Montréal, notamment dans les parcs lorsque l'on vient avec ses enfants, et il est bien vu d'y prendre part.

-Les rapports hommes-femmes : Le rapport de séduction se fait d'un côté comme de l'autre.

-L'invitation chez des amis : Ne pas arriver les mains vides, et pas non plus seulement avec une bouteille de vin que l'on risque de consommer le soir-même. Les auteurs conseillent d'apporter «un petit quelque chose pour la maison, simple mais pas cucu». On arrive à l'heure, un retard de 15 à 20 minutes peut être toléré mais il ne faut pas arriver en avance au risque de surprendre son hôte en mou.

-Les discussions politiques : Au cours d'un «gentil barbecue» avec des amis que l'on connaît peu, les auteurs déconseillent de vouloir créer de l'ambiance en demandant aux convives s'ils sont «pour ou contre l'indépendance du Québec et comment protéger la langue française à Montréal».