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Pointe-Saint-Charles: un documentaire sur le quartier et ses gens

Pointe-Saint-Charles: un documentaire sur le quartier et ses gens

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Prêts à tout pour que leur quartier leur appartienne encore face au déploiement des blocs à condos, des habitants de Pointe-Saint-Charles se retrouvent au cœur d’un documentaire en salle dès demain.

«Ce sont des gens qui transforment la société, des personnes lumineuses et j’ai eu beaucoup de plaisir à les observer», explique Ève Lamont, l’auteure du documentaire Le chantier des possibles. Ce long métrage, que la réalisatrice présente comme l’histoire d’un petit quartier populaire du sud-ouest de la ville se tenant «debout contre les géants de l’immobilier», sort demain à la Cinémathèque québécoise.

Documenter un héritage

Celle qui a découvert ce quartier il y a 25 ans raconte y avoir rencontré un bastion de citoyens «engagés pour le mieux être de leur communauté». «J’ai découvert toute l’histoire de ce vieux quartier industriel qui a subi la désaffection des usines au milieu du 20e siècle, ce qui a entraîné du chômage et des problèmes de pauvreté.» La culture communautaire s’est alors développée à grands pas:  la première clinique de santé communautaire établie dans un quartier populaire au Québec y est d'ailleurs mise sur pied.

«Les habitants travaillaient à développer de nombreux services, ils démarraient des coopératives d’habitation, des garderies, ils ont été entreprenants, poursuit-elle. Pointe-Saint-Charles est un quartier d’innovation sociale et c’est intéressant de voir ça dans un endroit où les gens n’ont pas eu tout cuit dans la bouche, de voir que des gens ordinaires ont fait avancer l’histoire en se regroupant et en se mobilisant.»

Des projets du présent

Remarquant que cet héritage du passé était toujours aussi ancré chez les citoyens du quartier,  Ève Lamont a documenté dix ans durant leur bataille pour défendre leur vision de l’aménagement urbain face aux promoteurs immobiliers, tout en assistant à la la gentrification du quartier.

La documentariste revient sur la mobilisation de la population contre le projet de relocalisation du Casino de Montréal aux abords du quartier en 2005. Elle s’intéresse à deux grands projets menés par les citoyens, dont la Cité des bâtisseurs, une résidence à but non lucratif pour les aînés. On suit également les efforts d’habitants pour sauver un ancien édifice du CN de la démolition, le bâtiment 7, afin d’y mener un vaste projet collectif.

«Ce n’est pas un film sexy, c’est un film de manifestations, de réunions, de conférences, mais ce qui irradie  ce sont les sentiments d’entraide et de solidarité, conclut-elle. En étant persévérant, on peut faire changer les choses, ça porte ses fruits et c’est le processus qui est important.»

Bon à savoir

-Pointe-Saint-Charles en quelques dates

1668 : Achat de la terre et la maison de Jacques Le Ber, l’actuelle maison Saint-Gabriel,

par Marguerite Bourgeoys.

1825 : Inauguration du canal de Lachine élargi et recreusé à plusieurs reprises ; vente de lots hydrauliques permettant l'installation de turbines et déploiement d’industries sur ses rives ;

1854 : Construction d’une raffinerie de sucre au sud-est de l’écluse Saint-Gabriel par John Redpath ;

1860 : Inauguration du pont Victoria, premier à traverser le Saint-Laurent  pour desservir le trafic ferroviaire et construit par la compagnie du Grand Tronc ;

1913 : Construction de l’immense usine Northern Electric par la compagnie Bell, qui emploie quelque 8000 travailleurs jusqu’en 1975.

1923 : Rachat du Grand Tronc par le gouvernement fédéral qui crée le Canadien National. Celui-ci est privatisé en 1995 par le gouvernement Mulroney puis contrôlé par des actionnaires américains.

Années 1950 : Fermeture d’industries dans ce secteur du sud-ouest avec le développement routier, l’ouverture de la voie maritime du Saint-Laurent et l’implantation de parcs industriels en banlieue;

Source : Société d’histoire de Pointe-Saint-Charles