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Les bullys de cour d’école sont parmi nous

Les bullys de cour d’école sont parmi nous

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Dans le monde de la chronique journalistique, s’arracher les cheveux génère du click. Un petit rythme fâché, un bon mépris déguisé en sainte-nitouche scandalisée, et c’est pas mal joué. Idem pour la radio : suivez la recette pour atteindre les cotes d’écoute de vos rêves.

Nos débats sociaux deviennent donc plus agressifs d’année en année. J’ai essayé de lire une chronique cette semaine qui bashait sur la gauche, sans même se donner le trouble de faire semblant d’avoir une raison de le faire. Gratuitement, comme un gros dans la cour d’école passerait à côté d’un gars en lui disant : « Tu pues » et se retournerait ensuite vers les autres avec sa face de « Avez-vous vu, j’ai écoeuré un gars! Hahaha! »

Elle est spéciale, cette agressivité systématique de certains animateurs/chroniqueurs envers la gauche. On ne parle pas de pédophilie ou de terrorisme, là, on parle d’un ensemble d’idées politiques, du calme. Mais non, ils tapent tout en se plaignant, arguant qu’une pensée obligatoire s’abat sur le Québec : ils n’ont jamais le droit de parler contre les femmes, contre les races, contre personne. C’est fatigant, surtout pour ceux qui cherchent à s’arracher les cheveux sur le dos de quelqu'un sans trop risquer de représailles. Déjà, les ethnies, les B.S. et les femmes, c’était des cibles faciles, mais si le monde pouvait arrêter de leur dire de prendre leur gaz égal quand ils se défoulent dessus, ils seraient plus confortables.  

« Maudits gauchistes, on n’a jamais le droit de critiquer l’islam ». Yeah, right, ça doit être pour ça que la couverture médiatique de l’élection de 2015 tournait essentiellement autour de l’histoire d’une madame qui ne voulait pas enlever son niqab pour prêter serment à la Reine d’Angleterre (une autre madame dont on devrait se contrefoutre, en passant).

Ça, c’est drôle : le traitement qu’ils font de l’initiative « Faut qu’on se parle ». Dans des chroniques fortement biaisées, ils lui reprochent un débat public biaisé. Sauf que les citoyens qui y participent (en grand nombre, en passant) le font précisément parce que les têtes d’affiche du projet, du monde de gauche, les inspirent. Où est le problème?

C’est comme s’ils critiquaient Roger Waters parce qu’il va faire un show à Québec qui se dit ouvert à tous mais qui, en réalité, ne s’adresse qu’à ceux qui aiment Roger Waters! Et, scandale, Roger Waters ne va faire QUE des tounes de Roger Waters et de Pink Floyd!!

Si la gauche dominait vraiment, on n’entendrait pas toujours ce disque qui saute sur la dette, le péril islamiste, la « gogauche » et les « enverdeurs »...

Si la gauche dominait vraiment, le disque qui saute nous parlerait sans relâche des riches qui cachent leur argent dans des paradis fiscaux, des compagnies qui font des milliards avec l’obsolescence programmée, de ceux qui perdent leur job parce que leur usine déménage en chignant que 15% d’impôt c’est encore trop, de notre obsession du travail et de la performance qui fait le bonheur des fabricants de pilules pour tous, de la petite enfance à la retraite, des lobbys alimentaires qui dépensent des milliards pour s’assurer que personne ne sache qu’ils nous rendent malades, des guerres et des déstabilisations politiques que mènent nos pays à l’étranger et qui remplissent le monde de migrants, du lobbying frauduleux de Transcanada qui pèse plus lourd que l’opinion de tout un peuple, etc, etc.

Elle en aurait en masse, la gauche, des sujets pour s’arracher les cheveux en ondes. Sauf qu’au lieu de diviser le Québec, elle l’unirait. Parce que ceux qu’elle attaquerait, ceux qui ont intérêt à nous rendre malades, à nous vendre de la cochonnerie, à scraper le territoire et à délocaliser nos jobs, sont très peu nombreux. Tellement peu nombreux qu’on les appelle aujourd’hui le 1%.

C’est ce 1% d’ultra-riches qui, directement ou indirectement, fait en sorte qu’autant d’animateurs et de chroniqueurs régurgitent quotidiennement leur haine de la gauche. C'est pourquoi les grandes gueules ne s’arracheront jamais les cheveux publiquement à propos du 1% : ils risqueraient leur job. Mieux vaut s’attaquer à ceux qui n’ont pas de moyens, à ceux qui n’ont aucune influence - bref, mieux vaut taper sur plus faible que soi.

Mais j’ai confiance en l’avenir. Les époques se suivent et ne se ressemblent pas, et les bullys de cour d’école sont toujours pas mal moins hot quand on les recroise dans la rue quinze ou vingt ans plus tard.

Attention! Danger!
Les bullys de cour d’école sont parmi nous
Ils sont partout!
Les bullys de cour d’école sont parmi nous
Tiré du n° 113-114 du Collectionneur de bandes dessinées (10/08).