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Critiquée de toutes parts

La crédibilité et la version des faits de celle qui accuse un député de viol sont mises à rude épreuve

Alice Paquet, qui accuse d’agression sexuelle le député Gerry Sklavounos, ne veut plus répondre à aucune question pour se concentrer sur l’enquête policière. Le député ciblé n’accorde pas d’entrevues à la demande de son avocat.
Photo Marie-Renée Grondin Alice Paquet, qui accuse d’agression sexuelle le député Gerry Sklavounos, ne veut plus répondre à aucune question pour se concentrer sur l’enquête policière. Le député ciblé n’accorde pas d’entrevues à la demande de son avocat.

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La jeune femme qui accuse un député libéral de l’avoir violée est la cible d’attaques non fondées visant à la discréditer, dénoncent des personnes qui viennent en aide aux victimes d’agression sexuelle.

«C’est très grave, le victim shaming, et c’est exactement ça, la culture du viol. Quand une femme a le courage de témoigner, on la ridiculise pour miner sa crédibilité», condamne sans équivoque Mélanie Lemay, cofondatrice du mouvement Québec contre les violences sexuelles.

Alice Paquet, âgée de 20 ans, a affirmé plus tôt cette semaine avoir été agressée sexuellement à deux reprises par le député Gerry Sklavounos, créant une véritable onde de choc partout dans la province.

Gerry Sklavounos
Photo Simon Clark
Gerry Sklavounos

Mais depuis son témoignage, de nombreuses personnes ont remis en question la version de la jeune femme, en soulignant les contradictions dans ses différentes entrevues et en soulevant des doutes sur un possible passé d’escorte.

Rien « d’anormal »

Pour Mélanie Lemay, elle-même victime d’agression sexuelle, il n’y a rien d’anormal à ce qu’une victime de viol puisse se contredire, compte tenu du choc effroyable qu’elle aurait subi. Elle rappelle du même souffle qu’il est faux de penser qu’il existe une «réaction typique de victime».

Pour sa part, la coordonnatrice du Regroupement québécois des centres d’aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuel, Nathalie Duhamel, précise que le consentement à une relation sexuelle peut être retiré à tout moment.

«Il ne faut jamais tenir pour acquis que, parce qu’une femme est d’accord pour embrasser ou monter dans une chambre d’hôtel, elle est d’accord avec tout le reste», expli­que-t-elle.

Passé d’escorte

Mme Duhamel s’étonne aussi de voir qu’on cherche à invalider un témoignage en évoquant un prétendu passé de prostituée. «Une prostituée peut être violentée et ne pas consentir», dit-elle, ajoutant d’ailleurs qu’au Canada «on ne peut pas revenir sur le passé sexuel d’une plaignante pour la discréditer».

Mélanie Lemay souligne quant à elle qu’il n’est pas rare pour des victimes de chercher ensuite à banaliser la sexualité en se tournant vers la prostitution.

La principale intéressée n’a pas confirmé ou nié, samedi, les allégations voulant qu’elle ait pu être escorte avant ou après sa rencontre avec le député.

Alice Paquet a écrit sur sa page Facebook qu’elle ne répondra plus à aucune question et qu’elle préfère désormais se concentrer sur l’enquête policière à venir.

Qu’est-ce que le victim shaming ?

Souvent traduit par «blâmer la victime» en français, ce phénomène est particulièrement répandu sur les médias sociaux, notamment, lorsqu’on lui attribue une partie des responsabilités pour le crime qu’elle a subi.

Il peut survenir dans tous les crimes, mais dans les cas d’agressions sexuelles, il prend souvent la forme de commentaires voulant que la victime ait «couru après» en posant certains gestes ou en s’habillant d’une certaine façon, par exemple.

Source: Centre canadien de ressources pour les victimes de crimes

Ses déclarations lui nuisent, selon des avocats

Des avocats soutiennent qu’Alice Paquet, qui accuse de viol un député libéral, a nui à ses chances d’obtenir justice en multipliant les déclarations.

«Ça multiplie les chances de se tromper et ça multiplie les versions contradictoires qui sont déjà assez sérieu­ses dans le présent cas», estime Danièle Roy, présidente de l’Association des avocats de la défense de Montréal.

Puisqu’un procès pour agression sexuelle repose entièrement sur la crédibilité des parties, il est important de préparer son témoignage, «non pas pour arranger la vérité, mais pour présenter les faits afin d’être crue».

Me Roy croit aussi que ces déclarations représentent un autre danger. «On descend en flammes quelqu’un d’encore innocent», déplore-t-elle.

Pour l’avocat-criminaliste Charles B. Côté, qui a souvent défendu des personnes accusées d’agression sexuelle, il sera difficile pour un procureur d’obte­nir une condamnation s’il y a un procès.

«L’avocat de la défense a l’avantage sur la Couronne, car il a la version de la plaignante», dit-il. Selon lui, le député ciblé par les allégations, Gerry Sklavounos, a tout intérêt à rester caché.

Consentement

Me Côté estime cependant que la présence de la jeune femme dans la chambre d’hôtel de celui qu’elle accuse de viol n’est pas un argument valable pour démontrer le consentement. Il ajoute aussi que la Cour suprême a déjà tranché qu’une personne avec les facultés affaiblies ne peut pas consentir.

Zone grise

Pour le psychologue spécialisé dans l’évaluation des présumées victimes Hubert Van Gijseghem, le consentement reste une zone grise.

«La séduction est comme une samba, avec un pas en avant et un pas en arrière. C’est difficile à interpréter», dit-il.

Ce dernier n’est toutefois pas contre la sortie publique de Mme Paquet et il croit qu’il faut plutôt l’applaudir pour son courage.