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Maladie: La famille d'un garçon qui n'a que neuf dents devra payer 60 000 $ d'implants

Les implants dentaires coûteront au moins 60 000 $ aux parents

dents
Photo Héloïse Archambault William Bernier, 7 ans, n’a que neuf dents d’«adulte» en raison d’une maladie rare. Fragiles, ses dents de lait sont encore en place, mais elles pourraient tomber. Ses parents déplorent que les implants ne sont pas couverts par la RAMQ dans les cas de maladie.

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Les parents d’un garçon de sept ans qui a seulement neuf dents «d’adulte» en raison d’une maladie déplorent de devoir payer 60 000 $ en implants dentaires puisque ces traitements ne sont pas couverts par le régime public.

«Ce n’est pas parce qu’il s’est battu à l’école et qu’il a perdu trois dents. C’est une maladie!» souligne Lina Corriveau, la mère de William Bernier.

<b>Lina Corriveau</b><br /><i>Mère</i>
Photo Héloïse Archambault
Lina Corriveau
Mère

«On ne parle pas d’esthétique, ajoute son conjoint Marc Bernier. C’est ça qui vient me chercher.»

Neuf dents sur 32

Âgé de 7 ans, William Bernier est atteint d’agénésie dentaire sévère. Quatre molaires, quatre incisives (dont les deux palettes) et une canine: il n’a que neuf dents «d’adulte», sur les 32 qu’ont les humains (incluant les dents de sagesse).

Rencontré par Le Journal, William montre fièrement «l’état» de sa bouche et assure que ça «ne le dérange pas». Mais un bref coup d’œil permet de constater le piètre état des dents.

«Sa dentition est fragile et propice à des caries, et son émail s’effrite. Ses molaires d’adulte n’ont pas de racine, elles pourraient tomber», résume sa mère.

Pourtant, rien ne laissait présager une telle maladie puisque l’enfant avait toutes ses dents de lait. Mais, à cinq ans, une radiographie de routine a tout chamboulé.

«On n’avait rien remarqué!» assure Mme Corriveau.

L’an dernier, une deuxième radiographie a confirmé leurs pires craintes.

«Sa dentition est complète. Il n’y en aura pas d’autres, confie la mère, qui avoue avoir beaucoup pleuré. Quel genre de vie il va avoir? On se pose plein de questions.»

Implants coûteux

Suivi à l’Hôpital Sainte-Justine, William a reçu son diagnostic récemment. Dès le départ, les parents ont été avertis que les implants dentaires n’étaient pas couverts (voir article plus bas).

À la Régie de l’assurance-maladie du Québec, on confirme que les implants (enfants et adultes) ne font pas partie du «panier de services couverts».

En moins d’un an, l’estimation de la facture totale est passée de 40 000 $ à 60 000 $. Dans les prochaines années, William recevra des traitements d’orthodontie et subira une opération à la mâchoire. Par la suite, il recevra ses implants (tiges de métal dans l’os).

«Je ne sais pas combien va coûter le 60 000 $ dans 10 ans, déplore Mme Corriveau. Le gouvernement ne paie rien, et la fondation de l’hôpital ne peut rien garantir.»

Partiel au secondaire ?

D’ici là, le petit sportif doit porter une attention spéciale à son hygiène buccale et essayer de se protéger.

«Il a un protège-dents pour le sport. Mais il a sept ans, il n’est pas conscient! C’est un stress quotidien», dit sa mère, qui prévoit que William aura peut-être un dentier partiel au secondaire.

Mme Corriveau a lancé une collecte de fonds pour payer les frais d’implants, mais elle espère surtout que l’article fera bouger les choses.

«Si au moins ça peut faire en sorte que d’autres enfants soient couverts, pour faire évoluer le gouvernement, c’est ce qu’on souhaite.»

► Pour aider William Bernier: www.gofundme.com/2mmpnzer

Beaucoup d’enfants dans cette situation

Les soins dentaires de centaines d’enfants malades reposent sur la capacité financière de leurs parents, déplore une dentiste de l’Hôpital Sainte-Justine.

«Ce n’est pas de la faute de ces enfants-là. Ils n’ont pas choisi d’avoir ces maladies», souligne la Dre Marie-Ève Asselin, chef du service de médecine dentaire de Sainte-Justine.

«C’est surtout très frustrant pour les familles. Elles passent leur vie à l’hôpital, dans les bureaux de médecin, doivent se battre pour obtenir des services, et on les assomme avec une autre triste nouvelle, ajoute-t-elle. [...] Ce n’est pas vrai que tout le monde peut payer ça.»

Pas si cher

Voilà maintenant plusieurs années que des médecins de cet hôpital pédiatrique font des représentations pour que le gouvernement rembourse des implants dentaires aux enfants malades. Chaque année, le service reçoit entre 3000 et 4000 visites.

En plus des enfants atteints d’agénésie dentaire comme William Bernier, plusieurs autres maladies créent des problèmes de dentition. Les traitements contre le cancer génèrent aussi souvent des malformations aux dents.

«On voit énormément d’enfants pour des problèmes de dents, on en voit tous les jours», explique Dre Asselin.

«Chaque syndrome est rare, mais si vous les rassemblez, c’est un problème commun», ajoute-t-elle.

Problèmes d’estime

Au total, environ 70 enfants aux prises avec la même maladie que William Bernier sont suivis à Sainte-Justine. Selon les médecins, il en coûterait environ 600 000 $ par année en implants pour soigner ces patients.

Problèmes à l’école, d’estime de soi, de nutrition: les répercussions touchent toutes les sphères de vie de ces enfants.

Par ailleurs, cette dernière souligne que plusieurs provinces canadiennes remboursent au moins en partie ces frais.

«On a fait beaucoup de représentations au gouvernement. Nos travaux n’ont pas porté leurs fruits, mais on n’abandonne pas», assure Dre Asselin.