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Le plus grand parc national du monde

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Le parc national du Nord-Est-du-Groenland, Kalaallit Nunaanni nuna eqqissisimatitaq en groenlandais, représente l’aire protégée la plus septentrionale du monde. Son point le plus nordique dépasse en effet celui du parc national Quittinirpaaq sur l’île d’Ellesmere au Nunavut, dans l’extrême Arctique canadien.

Il est également le plus vaste, avec 972 000 km² de superficie, soit presque deux fois la taille d’un pays comme la France. Ce territoire sauvage de bout du monde, préservé et loin de l’écoumène, est un univers de glace, d’eau limpide, de montagnes et de toundra... d’une sauvagerie et d’une beauté renversantes.

Créé en mai 1974, ce parc national est reconnu comme réserve de biosphère par l’Organisation des Nations Unies pour l’éducation, la science et la culture (UNESCO) depuis janvier 1977.

Paysages arctiques

Chaque année, les courants de l’océan Arctique évacuent de grandes quantités de banquise vers le sud par le détroit de Fram, situé au large de la côte est du Groenland. Le littoral de ce joyau naturel est donc bien gardé, même en plein été. L’épaisse glace dérivant et les nombreux icebergs scellent parfois l’entrée des baies et fjords de cette région, même à de puissants brise-glaces.

Prise entre l’inlandsis et la mer, la toundra­­ de la bande littorale de cette région­­ du Groenland est étonnamment riche. Elle apparaît comme un fil de vie, un véritable pays de cocagne arctique, étreint entre l’hostilité et la démesure des glaces terrestres et marines.

Certaines zones au fond des immenses fjords arborescents de cette région sont même pourvues d’une toundra arbustive basse où vivent de très nombreux bœufs musqués. Jusqu’à 15 000 de ces animaux sont recensés dans les limites du parc national­­.

Derrière les montagnes, qui dévalent vers la côte et ce petit jardin arctique, l’inlandsis groenlandais règne par ses horizons­­ de désert polaire glacial et ses kilomètres d’épaisseur de glace. Cette immense­­ masse glaciaire qui couvre 80 % du Groenland peut atteindre en certains endroits jusqu’à 3000 m d’épaisseur. Cet inlandsis, qui représente aujourd’hui 10 % de l’eau douce mondiale, est responsable de la formation de ces géants, de ces véritables cathédrales de glaces que sont les icebergs qui parsèment les fjords et la mer du Groenland.

Voir des parties émergées de 20 à 40 mètres au-dessus des eaux, est ici monnaie courante.

Royaume faunique

En explorant la riche toundra de graminées bercée par les lumières rasantes de la fin de l’été polaire, j’aperçois un harfang­­ des neiges posté sur un rocher. Son envol est splendide et ses ailes le portent sans battements et sans bruit en contrebas de la vallée.

Les lemmings sont cette année extrê­mement abondants, pour la plus grande joie des renards arctiques, faucons pèlerins, gerfauts et hermines qui les traquent sans relâche dans ce jour continu de fin d’été. L’abondance des lièvres arctiques­­ est également surprenante.

Cette bande littorale terrestre abrite un concentré de vie inattendue dans des décors somptueux. L’entrée des fjords, qui connaissent une riche productivité biologique au cours de l’été, est un habitat de choix pour les baleines à bosse et parfois même des bandes d’épaulards.

Les ours polaires sont également fréquents dans cette région et passent l’été sur les côtes et la banquise de fjords à la recherche de leurs proies favorites, les phoques annelés et barbus. Quel spectacle d’observer un mâle se prélasser à l’ombre d’un coteau dans les restes d’un névé ou une femelle parcourir le littoral jusqu’au prochain front de glacier, où elle se mettra à l’eau pour chasser. Quelques morses dérivent également ici et là sur une plaque de glace.

Ce royaume sauvage est un concentré d’Arctique, préservé, isolé, magnifique. Un endroit pour méditer sur la place de l’Homme dans le monde et reprendre la mesure de notre environnement naturel. En effet, rares sont les endroits sur terre qui permettent de sentir si immédiatement les dimensions grandioses de notre planète au cours d’une simple ballade.


♦ Benjamin Dy est biologiste et photographe de faune sauvage. Il prend plaisir à parcourir des territoires peu explorés.